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Agriculture 4.0 : les raisons pour se lancer

16 décembre 2021 à 10 h 00 min

Les changements climatiques engendrent souvent des phénomènes météorologiques intenses et extrêmes.

Ces événements peuvent, selon Djamila Halliche, docteur d’Etat en chimie organique appliquée, entraîner des dégâts incommensurables au niveau des rendements agricoles, de l’élevage et des pêcheries, «d’autant plus que nous faisons face à des défis multiples, tels que la raréfaction des ressources naturelles, notamment l’eau, à une forte croissance démographique et une urbanisation des espaces toujours plus importante», ajoute-t-elle. Et cela n’est pas sans conséquences sur la sécurité alimentaire des populations, la productivité, l’emploi et même l’économie au sens large.

En 2050, Halliche affirme que le seuil des 10 milliards d’habitants sur terre sera probablement atteint, ce qui devrait entraîner une hausse de la production agricole mondiale de 70%. Le challenge est donc considérable, car il faudra, non seulement, produire plus avec des moyens moindres tout en réduisant l’empreinte écologique de façon à maintenir l’équilibre de l’équation : besoins et bien-être des populations – environnement – croissance économique et compétitivité.

Cela ne serait, toutefois, pas envisageable sans réviser le modèle actuel de production/consommation en y introduisant technologies, innovations et connaissances, et ce, dans le but aller vers un nouveau modèle efficient «Vert et Durable». Selon la chercheuse, c’est là que les outils technologiques et numériques peuvent intervenir pour transformer les modes de production, de gestion, de transformation, de transport et de stockage de la productivité agricole et alimentaire à travers l’agriculture 4.0, qui ne reste pas moins une agriculture traditionnelle ou classique à laquelle sont intégrés des solutions et outils numériques et technologiques.

Ces outils numériques peuvent toucher l’ensemble de la chaîne de valeur de production agricole. L’objectif étant d’atteindre plus de productivité et d’efficacité. Toutefois, Mme Halliche assure que les nouvelles technologies ne vont pas résoudre, à elles seules, les défis auxquels nous faisons face mais peuvent, en revanche, permettre de mieux appréhender et mesurer les évolutions, à anticiper les événements et à améliorer leur prévisibilité afin d’adapter les pratiques et les activités. «Il existe en effet des solutions technologiques efficientes, non énergivores et qui permettent économie de l’effort du temps et des ressources», précise-t-elle.

Est-elle réalisable chez nous ?

Pour la spécialiste, Halliche, l’ensemble des nations vont ou iront aux technologies. «Il s’agit donc d’une condition sine qua non de survie des économies et des nations.» Il est donc question, selon elle, d’introduire, petit à petit, de nouveaux savoirs, pratiques et métiers pour transformer l’activité agricole actuelle tout en tenant compte de l’effet que nous pouvons produire sur l’environnement. «En Algérie, nous dépassons aisément les 40 millions d’habitants à nourrir.

Répondre à leur besoins de subsistance, en terme d’accessibilité, disponibilité et qualité nécessite avant tout meilleure réorganisation (humaine et logistique et stratégique) des activités en rapport avec l’agriculture et /ou métiers annexes. L’Algérie est déjà engagée dans ces sillons technologiques. Elles sont déjà nombreuses les start-ups, PME et micro-entreprises qui émergent dans ces champs d’activités», affirme-t-elle.

Serait-elle accessible au simple Fellah ?

«Être Fellah est certes un métier des plus traditionnels mais qui est appelé à évoluer», affirme Mme Halliche. Précisant que la transformation vers des modèles plus Smarts et Verts se met en place graduellement et est souvent tributaire de plusieurs facteurs. Le premier concerne, selon elle, la mise en place d’une nouvelle réglementation, dans le cas, notamment, des technologies de localisation et de surveillance intelligente, de systèmes de navigation GPS…).

Il y a ensuite la formation des agriculteurs modernes. «Il faut également penser à la diffusion du savoir et de la connaissance auprès des communautés agricoles», poursuit Mme Halliche. Autre facteur important selon la spécialiste : la sensibilisation et la promotion des nouveaux outils pour faciliter et améliorer les activités diverses des fellahs en terme de production de stockage, de logistique et de traitements (irrigation et autres aspects).

C’est donc via ce cheminement que le fellah se transformera progressivement, au fil des besoins et des nécessités à un agriculteur 4.0. «Il pourrait être un chef d’entreprise avec de nouvelles pratiques de mobilité, de coopération et d’innovation. Il devra être désormais qualifié dans les domaines techniques et économiques pouvant s’inscrire dans un processus de développement vert et durable», explique-t-elle.

Quels sont les prérequis de ce type d’agriculture ?

Selon Djamila Halliche, il faut s’assurer tout d’abord de la disponibilité des moyens en termes de coûts, de savoir-faire, de la maîtrise des outils technologiques et, bien entendu, une étude de marché au préalable. Réussir cette transformation ou cette transition est également tributaire, selon elle, de l’équipe en charge de ce business, des formations que l’on consent à suivre et bien entendu du profil entrepreneurial de l’agriculteur. «A ce moment-là, nous pouvons même parler d’Agriculteur 4.0», assure-t-elle.

Que gagne-t-on à la développer ?

«Développer l’agriculture 4.0 nous permettra d’accéder à des marchés d’outre mer. Ces marchés, partout dans le monde, sont structurés autour et avec des technologies, intelligence artificielle, outils numériques et savoirs-faire, et ce, dans tous les domaines confondus !», explique Mme Halliche.

Pour elle, adopter l’agriculture 4.0 comme modèle de production permettra, entre autres, d’améliorer la qualité de production mais aussi sa capacité. Elle augmentera également les revenus, réduira la main-d’œuvre, permettra de gagner en temps et en efficacité et surtout d’optimiser les quantités d’eau, de pesticides et engrais. Développer l’agriculture 4.0 contribuera de gagner en visibilité pour d’éventuels marchés et cela en intégrant un annuaire ou plateforme virtuelle.

Quels sont les obstacles qui entravent sa mise en œuvre ?

La première entrave se situe, selon Mme Halliche, sur le plan sociétal et culturel. En d’autres termes, nous sommes trop habitués à des mécanismes de production classiques ou traditionnels et ou le profil même du l’agriculteur ne permet pas utilisation des objets connectés ou outils hautement technologiques de gestion et de production.

En second lieu, la chercheuse pointe du doigt le cadre réglementaire, juridique et administratif, qui souvent, nécessitent une «mise à jour» pour s’adapter aux nouvelles normes et exigences des stratégies économiques mondiales, notamment pour la collecte des données (photos, données météorologiques ou autres via drones).

En troisième lieu il y a le coût. A cet effet, Mme Halliche explique : «Les outils modernes et technologiques nécessitent une maintenance régulière et des coûts de mise en place qui peuvent être parfois importants ; ce qui pourrait représenter une contrainte !»

Précisant au passage que d’autres contraintes, supposées classiques et traditionnelles, sont propres au secteur de l’agriculture : comme les questions en rapport avec le foncier, autorisation, éloignement et isolement de certains agriculteurs des zones de bonne connectivité, qui peut retarder et/ou empêcher d’accéder rapidement au mode de l’agriculture 4.0.

Comment l’Agriculture 4.0 pourrait façonner notre avenir ?

L’avenir de la sécurité alimentaire et de l’agriculture fait face à des défis majeurs et à des incertitudes sérieuses, notamment en matière de performances et de durabilité. C’est pourquoi, soutenir l’environnement et assurer la sécurité alimentaire n’est plus une option.

De l’avis de Mme Halliche, des compromis à multiples dimensions sont à envisager afin d’aller vers un développement durable, vert, et «smart» pour les citoyens et les économies des nations qui veulent garder leur niveau de compétitivité.

Expliquant à cet effet qu’il est nécessaire d’orienter les systèmes alimentaires vers des trajectoires stratégiques qui prennent en compte l’évolution mondiale d’un certain nombre de facteurs tels que le mode et le choix de consommation, le degré d’intégration des technologies dans le processus de production, la croissance démographique, la répartition des revenus, la situation et l’utilisation des ressources naturelles et enfin les efforts que vont consentir les politiques pour la réduction des émissions de GES et aussi en matière de prévention et de règlement des conflits.

Technologie et protection de l’environnement : Un paradoxe ?

«Les technologies de pointe peuvent, au contraire, contribuer de manière incontestable pour protéger et conserver la biodiversité sur la planète», assure Mme Halliche. A cet effet, elle explique que dans certains projets européens, les chercheurs ont recours aux technologies telles que les réseaux de communication, l’IA, l’Internet des objets et le Cloud pour favoriser les conditions de conservation des espèces, de la nature et de sa biodiversité et même d’identifier les menaces planant sur les espèces et leurs habitats. «Il existe plusieurs exemples qui prouvent que les nouvelles technologies, dans leur ensemble, peuvent être ‘’amies’’ par excellence de la planète», poursuit-elle.

Citant comme exemple l’existence de systèmes d’alarme très réactifs en cas de défaillance de l’écosystème ou d’interférence humaine illégale, comme le braconnage ou la chasse. «Il y a aussi cette bouée ‘’smart’’ équipée de capteurs bioacoustiques qui a été déployée au large des côtes irlandaises et qui peut détecter les cris des dauphins jusqu’à 13 km2, et ceux des baleines jusqu’à 80 km2», ajoute-t-elle.

En effet, ces cris sont transmis sur une plateforme Cloud puis analysés par une IA qui produira des données sur la distribution, le comportement et l’impact de la pollution sonore.

Ces données serviront les politiques quant aux décisions et aux stratégies à adopter pour engager la protection des espèces et leur conservation.

Sofia Ouahib
[email protected]

 


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