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mercredi, 13 novembre, 2019
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A l’ère de la culture de masse, quel avenir pour l’huile d’olive de qualité ?

07 novembre 2019 à 9 h 04 min

Les quantités de l’huile d’olive produites annuellement en Algérie ne couvrent toujours pas les besoins des consommateurs en la matière. En dépit des efforts des opérateurs qui manifestent leur engouement pour l’investissement dans ce domine, la production n’arrive toujours pas à satisfaire la demande du marché national.

Cependant, en plus du défi d’un bon rendement qui nécessite de protéger les oliviers (contre les maladies et les ravageurs d’olives), un autre défi majeur s’impose : la préservation du caractère «bio» de l’huile d’olive, du moins celle relevant du terroir. Mais cela est-il possible à l’heure où la stratégie globale vise à booster la filière oléicole ?

Actuellement, les oliviers occupent de grandes superficies et l’agriculteur est en quête de rendements de bonne facture. Mais ces deux objectifs vont-il toujours ensemble ? Parmi les insectes qui menacent sensiblement la récolte des olives, on trouve la mouche de l’olive ; ce ravageur qui risque d’anéantir complètement la récolte oléicole, a fait encore son apparition cette année. Peut-on lutter contre cet insecte d’une manière écologique ? «C’est possible», assure Boudjemaa Kemiche, chargé de communication du Conseil interprofessionnel de la filière oléicole en Algérie. «La mouche de l’olive a toujours vécu avec nous.

Cette mouche, on la trouve aussi en Kabylie cette année. Elle est nuisible. Elle ne détruit pas à 100%, mais on aura une mauvaise récolte», explique cet investisseur dans la filière oléicole. M. Kemiche, qui ne semble pas inquiété par l’apparition de ce parasite, préconise le recours aux méthodes traditionnelles qui préservent le caractère bio du produit final. «La mouche de l’olive a toujours existé. Pour lutter contre ses effets, il faut utiliser les pièges comme le faisaient nos ancêtres. Cela permet de préserver le caractère bio et assurer la meilleure qualité de l’huile d’olive».

Ce remède ancestral tel qu’il est connu dans les différentes régions d’Algérie et même dans d’autres régions du monde permet de mettre fin à la nuisance de la mouche de l’olive sans altérer la qualité de l’olive. «Pour 4 à 5 oliviers, on met un piège. Si on veut avoir une traçabilité de l’huile d’olive, d’une bonne l’huile d’olive, il faut utiliser des pièges. On l’appelle le piège de la mouche d’olive. C’est une solution écologique», recommande M. Kemiche. Pour les solutions chimiques, ce dernier pose une autre difficulté que peut rencontrer un producteur de l’huile d’olive qui vise à placer son produit sur le marché international. «On n’a pas une autre possibilité, on est régi pas l’export. Dès que l’exportateur met des pesticides, son produit risque d’être rejeté».

Par ailleurs, le Dr Sihem Tellah, enseignante-chercheure au département des sciences végétales à l’Ecole nationale supérieure agronomique, précise que l’utilité des remèdes traditionnels est déterminée par le «seuil de nuisibilité de l’attaque que ce soit dans des petits ou de gros investissements». A cet effet, cette enseignante-chercheure au Laboratoire suggère : l’Amélioration intégrative des productions végétales (AIPV), et indique que ce seuil est de trois individus par piège durant la journée. Dès que ce seuil est atteint, le recours aux pesticides est préconisé. Le Dr Tellah précise que l’intervention se fait à l’aide d’un insecticide spécifique et homologué.

Marché

A l’heure actuelle, seuls deux exportateurs algériens ont réussi à faire des petits pas sur le marché international de l’huile d’olive. La filière oléicole connaît-elle l’usage excessif des produits chimiques contre les maladies et ravageurs de l’olive, comme cela été le cas pour les cultures maraîchères ? De l’avis des spécialistes en oléiculture, l’usage des pesticides pour l’oléiculture de masse est inévitable. Les oliviers récents ont la particularité d’être irrigués au goutte-à-goutte. Ils ont une durée de vie de 10 ans. Pour booster la production, il faut utiliser des pesticides.

L’huile d’olive algérienne n’arrive toujours pas à trouver sa place sur le marché international. Et ce, en dépit des efforts fournis pour booster la production ces dernières années. Cela est-il dû aux résidus des pesticides ? En premier lieu, la demande du marché interne n’est toujours pas satisfaite. Son prix sur le marché demeure excessivement cher et ce produit n’est toujours pas à la portée des petites et moyennes bourses, comme l’expliquent certains producteurs. A cela s’ajoute la non-conformité d’un grand nombre d’investisseurs dans ce secteur aux standards internationaux (le taux d’acidité et les résidus des pesticides).

Qu’en est-il de ceux qui ont rempli ces conditions ? «Nous sommes confrontés à l’absence de laboratoires organoleptiques. Pour l’analyse sensorielle, il faut un panel de 16 dégustateurs. Alors qu’à l’heure actuelle, l’Algérie ne compte que quatre experts en dégustation de l’huile d’olive», relève Boudjemaa Kemiche, exportateur de la marque Ifri. L’analyse organoleptique est l’un des paramètres qui permettent de placer l’huile d’olive algérienne sur le marché international. En dépit des efforts de certains oléiculteurs, l’huile d’olive algérienne n’est toujours pas certifiée «bio».

Pour obtenir le label de l’huile d’olive bio, il faut répondre à un cahier de charges minutieusement élaboré. Ce cahier concerne à la fois la culture et le mode de production. Ainsi, le produit naturel ne doit subir aucun traitement chimique. Les contrôles des organismes spécialisés s’effectuent sur des parcelles très étendues. «C’est l’équivalent de toute une commune chez nous», explique Bouedjema Kemiche.

Ce dernier affirme qu’actuellement l’huile d’olive algérienne est très loin de ces normes. «Il y a eu une tentative dans la région d’Azazga. Mais cela na pas abouti», regrette ce producteur d’huile d’olive qui rappelle que l’obtention de la certification bio nécessite l’adhésion de tout le monde. «Même si je respecte les normes exigées, mon produit ne peut pas être certifié si l’agriculteur des vergers mitoyen du mien utilise des pesticides», souligne M. Kemiche précisant que les organismes certifiant sont des labos européens.


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