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Lu dans Le Monde : «Les crimes du colonialisme et de la guerre d’Algérie doivent être reconnus, non par ‘‘repentance’’ mais par souci de vérité»

09 février 2021 à 10 h 02 min

«Loin de réconcilier les mémoires blessées, le repentir est un guet-apens qui empêche la reconnaissance des faits et de la responsabilité politique des événements du passé», relève Le Monde.

Le signataire de la chronique du quotidien du Soir français, Philippe Bernard, écrit que «les crimes du colonialisme et de la guerre d’Algérie doivent être reconnus, non par “repentance” mais par souci de vérité». Il commence par rappeler qu’«il avait fallu cinquante ans pour que la France ose se regarder en face à propos de la déportation des juifs»

Puis venant à l’Algérie, le chroniqueur signale que «presque soixante ans après les Accords d’Evian – l’anniversaire tombera en pleine campagne de l’élection présidentielle de 2022 –, la France n’est toujours pas parvenue à la sérénité à propos de la guerre d’Algérie». «Des milliers d’ouvrages et d’articles de presse ont pourtant mis au jour les crimes commis au nom du maintien d’une domination coloniale que les livres scolaires ont cessé d’occulter»….

Chargé par Emmanuel Macron de lui proposer «des gestes susceptibles de contribuer ‘‘à l’apaisement’’», l’historien Benjamin Stora préconise «une méthode fondée sur l’éducation, les savoirs, la connaissance mutuelle de tous les groupes impliqués, plutôt qu’une déclaration de ‘repentance’, concept que M. Stora qualifie de ‘piège politique’».

…. «La communication de l’Elysée, focalisée sur le refus des ‘excuses’ et de la ‘repentance’, a accrédité l’idée d’un recul par rapport aux déclarations d’Emmanuel Macron de janvier 2020. ‘‘Le défi mémoriel de la guerre d’Algérie, avait-il dit, a à peu près le même statut que la Shoah pour Chirac en 1995.’’»

«Or, en 1995, Jacques Chirac n’avait parlé ni d’‘excuses’ ni de ‘repentance’. Ce dernier terme a tant envahi et pollué le débat sur l’histoire depuis lors, qu’il a masqué le sens initial de la parole présidentielle : la reconnaissance solennelle du rôle de l’Etat français dans la Shoah, une réalité jusque-là niée». «Si le discours de 1995 est fréquemment associé à l’idée de repentance, c’est probablement par confusion avec la ‘déclaration de repentance’ faite deux ans plus tard par l’Eglise catholique sur ses silences et sa compromission dans la persécution des juifs.

Hors du strict champ religieux où il aurait dû demeurer, la montée de la notion de ‘repentance’ date des tentatives de Jacques Chirac pour soulever le couvercle de l’histoire coloniale dans la foulée des révélations du Monde de 2000 sur la torture en Algérie. ‘‘Ce passé [algérien], encore douloureux, nous ne devons ni l’oublier ni le renier’’, déclare-t-il sous les acclamations à Alger en 2003, alors qu’un traité d’amitié est envisagé avec le président Bouteflika. Le vote de la loi de 2005 prévoyant des programmes scolaires ‘reconnaissant (…) le rôle positif’ de la colonisation ruinera ce projet. Et c’est Nicolas Sarkozy qui, en dénonçant la suppression de cette disposition sur initiative de Jacques Chirac, se fera élire en 2007 en candidat de ‘l’anti-repentance’, installant ce mot en marqueur central du discours de droite et d’extrême droite.

Un rôle qui n’a cessé de s’amplifier depuis lors». «La ‘‘repentance’’ fonctionne ainsi à la manière d’un guet-apens tendu pour empêcher tout regard lucide et tuer dans l’œuf tout discours reconnaissant les épisodes sombres de notre histoire.» «Mais si l’idée religieuse de ‘‘repentance’’ n’a pas grand sens pour un Etat et conduirait à s’aliéner une partie des ‘‘mémoires’’ qu’il s’agit de réconcilier, la reconnaissance des faits et de la responsabilité politique en a un, d’une immense portée. Les crimes du colonialisme et de la guerre d’Algérie doivent être reconnus, non par masochisme mais par souci de vérité.»

«…Il reste au Président à trouver les mots et le moment pour accomplir, à l’image de Jacques Chirac en 1995, un libérateur devoir de vérité»… 


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