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mardi, 26 octobre, 2021
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SÉMINAIRE SUR LES MASSACRES DU 8 MAI 1945 À GUELMA

La polémique autour des archives nationales persiste

08 mai 2021 à 11 h 10 min

Le séminaire organisé jeudi dernier par l’université du 8 Mai 1945 de Guelma sur les massacres perpétrés par la France coloniale, un tristement célèbre 8 mai 1945 à Sétif, Kherrata et Guelma, a eu son lot de rebondissements.

Les historiens chercheurs qui y ont pris part ont répondu sans détour lors des débats, en jetant l’anathème sur les détenteurs des archives, quelles soient françaises ou nationales. «A Aix-en-Provence (France), ils nous donnent ce qu’ils veulent et chez nous aux Archives nationales, c’est la bureaucratie sans limite, sans jamais savoir si ce que nous demandons à consulter existe ou pas», a déclaré à El Watan, un chercheur universitaire en histoire contemporaine. Et de préciser : «Nos étudiants doctorants subissent le même sort.» Voilà en clair, les difficultés auxquelles sont confrontés les historiens nationaux taxés de trop se focaliser sur les archives françaises.

Dans cette optique, il a été suggéré de consulter d’autres institutions étrangères. «Les services secrets américains sont au fait de ce dossier. La consultation des archives de la CIA peut apporter toute la lumière sur cette page sombre de l’histoire coloniale française en Algérie», a révélé un intervenant. Le nombre des civils massacrés entre mai et août 1945 a été aussi sujet à questionnement. «Il est impossible de déterminer avec exactitude le nombre de personnes massacrées. Il y a certes un chiffre politique de 45 000 morts côté algérien et 1165 musulmans tués, pour la France coloniale. Mais faute d’être reconnues officiellement comme martyrs au même tire que ceux de la Guerre de Libération nationale ici en Algérie, les personnes qui ont été exterminées sont de parfaits anonymes ou du moins la grande majorité», a-t-on avancé lors des débats. Dans ce contexte, Mohamed Nemamcha, député et ex-recteur de l’université de Guelma, a réagi. «Le ministre des Moudjahidine a annoncé récemment que cette question sera étudiée», dira-t-il, sans apporter plus de précision. Ainsi, 76 années se sont écoulées depuis les massacres du 8 Mai 1945 et les débats s’animent toujours à chaque séminaire qu’organise, depuis des années, l’université de Guelma. «Mais le devoir de mémoire restera inébranlable, tant que l’histoire n’a pas livré tous ses secrets», selon le professeur Ellaggoune Salah, recteur de l’université 8 Mai 1945. «Nous avons un sérieux problème avec nos archives nationales. Et d’abord avons-nous des archives ? Ont-elles étaient détruites par l’humidité, l’eau des caves et les rongeurs. Ou tout bonnement cachées des regards pour éviter de graves conséquences ?» a lancé un conférencier. Bien évidemment s’appuyant sur des archives françaises déclassées depuis très longtemps, le professeur Mohamed Chergui de l’université de Guelma donne quelques exemples de massacres perpétrés à Guelma sur des civils, à l’image de l’exécution sommaire de neuf habitants de la ville par les milices de l’époque, sous ordre du tristement sanguinaire André Achiary, sous-préfet de Guelma.

La chronologie des faits, telle qu’elle est rapportée par voie orale ou transcrite à travers un procès-verbal du commissariat de police de l’époque, révèle à quelques détails près qu’il y a eu un crime contre des civils, généralement arrêtés au hasard, par les milices en furie créée par André Achiary, ancien commissaire de police, superviseur et meneur de cette même milice coloniale qu’il venait d’armer, en mai 1945, de 75 fusils puisés dans les stocks de la gendarmerie de la ville. Il mourut en chef exilé de l’OAS à Madrid en 1983. En effet, c’est le commissaire Buisson, chef de la brigade mobile à Guelma dans son rapport n°943 du 25 mai 1945 qui a adressé, au directeur de la sûreté générale d’Algérie, une correspondance dont voici le contenu : «J’ai l’honneur de faire connaître à monsieur le directeur de la sûreté générale de l’Algérie que les excitateurs ci-après qui avaient dirigé et participé aux manifestations du 1er au 8 Mai 1945 à Guelma ont reconnu avoir déclenché ‘le mouvement partout’ sur ordre d’Alger. Ils ont été fusillés sur ordre de M. le sous-préfet. 1- Ouartsi Mabrouk, commerçant – trésorier des Amis du manifeste. 2- Abda Smaïl, commerçant 24 ans – secrétaire général. 3- Ouartsi Amar, étudiant – 19 ans – propagandiste. 4 – Bensouilah Abdelkrim – 32 ans – propagandiste 5 – Chourfi Messaoud – gargotier – 22 ans – propagandiste. 6- Abda Ali – 20 ans 7- Douaouria Hamid, négociant, 20 ans- propagandiste. 8 – Oumerzougue M’hamed – 28 ans – négociant – propagandiste. 9 – Benazzoug Smail, négociant- 24 ans – propagandiste.» Des intervenants à ce séminaire ont souligné : «Les jours qui suivirent cette exécution sommaire, et afin de ne pas attirer l’attention du ministère de l’Intérieur de l’époque, ce sont les mêmes milices sous les ordres du sous-préfet André Achiary qui procéderont pendant 10 jours à alimenter le four à chaux vive d’Héliopolis en cadavres de personnes qui furent froidement assassinées quelques heures auparavant et parfois même déterré à la hâte des fosses communes et nombreux charniers dans la région de Guelma.»

Les chiffres de toutes les controverses

La propagande, la désinformation et les représailles coloniales françaises menées par le général Raymond Duval donnèrent les chiffres de 1165 musulmans et 102 colons tués. Des chiffres devenus officiels de ce côté de la barrière et repris en 1946 par le gouverneur général d’Algérie Yves Chataigneau. Deux années plus tard, en 1947, le journal Egalité du principal leader nationaliste algérien, Ferhat Abbas, donna les chiffres de 15 000 à 20 000 musulmans tués lors des massacres de Mai 1945 entre Sétif et Guelma. Le journal des Oulema musulmans cita 90 000 morts. L’Algérie libre et indépendante, quant à elle, retiendra officiellement 45 000 morts, ont confirmé les enseignants chercheurs à Guelma. Quoi qu’il en soit, faute de ne pouvoir pleinement exploiter les archives françaises, les archives nationales demeurent sujette à quiproquo. «Ce qui semble une évidence pour nos archives, notamment celles du MALG (ministère de l’Armement et des Liaisons générales) qui était le service de renseignement de l’ALN durant la guerre d’Algérie, ici chez nous, demeure un mystère complet. Où sont-elles entreposées ?» s’interroge-t-on. 


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