Clarifications sur l’opposition de l’ORP au coup d’Etat du 19 juin 1965 | El Watan
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jeudi, 03 décembre, 2020
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Putsch de Boumediène contre le président Ben Bella

Clarifications sur l’opposition de l’ORP au coup d’Etat du 19 juin 1965

Par respect envers les faits tels qu’ils se sont déroulés, on peut relever une inexactitude majeure dans l’article paru dans le journal El Watan du 19 juin 2020, s’inspirant d’un article publié par la revue Naqd.

L’article affirme : «Furent arrêtés les initiateurs de l’ORP, parmi lesquels Mohammed Harbi, Hocine Zahouane, Lemnouar Merouche, Tahar Zeggagh, Bachir Benzine, Madjid Bennacer, ainsi que d’autres militants communistes (dont Abdelhamid Benzine, secrétaire général du PCA) ou de la gauche du FLN.» En réalité, parmi les «initiateurs» de l’ORP (l’Organisation de la résistance populaire, ndlr) cités ci-dessus, Lemnouar Merouche, Tahar Zeggagh, Madjid Bennacer ne furent pas arrêtés.

De fait, ils étaient déjà partis en mission en France pour y organiser l’opposition dans l’émigration et y constituer la Délégation extérieure (de l’ORP) avec Henri Alleg et Ali Boudjakdji, tous deux membres du comité central du PCA. Abdelhamid Benzine non plus ne fut pas arrêté et il continua la lutte en Algérie dans la clandestinité.

A l’échelle des réponses politiques au coup d’Etat, il y eut deux grands pôles potentiels d’opposition de gauche qui allaient se rencontrer pour se retrouver et agir ensemble contre le coup d’Etat.

Des dirigeants du PCA et des responsables du FLN, situés à gauche, dont Hocine Zahouane et Mohammed Harbi ainsi que Merouche Lemnouar, Madjid Bennaceur, Youssef Fethallah et moi-même, se rassemblèrent pour préparer l’opposition au coup d’Etat.

Plusieurs réunions préparatoires entre des dirigeants du bureau politique du PCA (Hamid Benzine, Boualem Khalfa, en accord avec leur secrétaire général Bachir Hadj Ali et Sadek Hadjeres) et des éléments de gauche du FLN débouchèrent sur l’appel à la résistance contre le coup d’Etat par la déclaration de l’ORP du 28 juillet 1965.

1/ Dans le FLN, la majorité de ses membres eut d’abord des positions attentistes. D’autres éléments du FLN étaient plus actifs et cherchaient à se retrouver pour se déterminer un peu plus tard en fonction de la lecture que faisaient les uns et les autres des nouvelles orientations énoncées à la suite du coup d’Etat. Les positionnements politiques des fédérations du FLN étaient, en général, en attente pour se déterminer.

Ces potentialités étaient en observation de l’évolution des manifestations populaires contre le coup d’Etat spontanément déclenchées dans plusieurs villes d’Algérie.

Les interrogations à chaud sur le nouveau pouvoir de Boumediène, issu du coup d’Etat, étaient en cours pendant plusieurs jours, à travers des contacts interindividuels à Alger, ce qui démontrait concrètement l’impréparation des structures du FLN à l’égard d’un éventuel coup d’Etat, dont Ben Bella n’avait pas voulu considérer l’éventualité ni l’imminence alors que des informations parvenues au bureau politique alertaient sur ses préparatifs déjà avancés.

2/ Dès la deuxième semaine, parallèlement à cette phase attentiste au sein du FLN se tenaient des contacts et des réunions interindividuelles à Alger en liaison avec des personnalités en vue acquises aux orientations socialistes affirmées dont les premiers rôles étaient assumés par Hocine Zahouane et Mohammed Harbi.

Hocine Zahouane était à la tête de la commission d’orientation du FLN et Mohammed Harbi était considéré comme l’un des initiateurs des orientations socialistes du gouvernement Ben Bella, dont il était un conseiller depuis le 6 avril 1963. Il avait soutenu les décrets de mars 1963 sur l’autogestion.

De plus, il avait un statut de théoricien et d’intellectuel expérimenté depuis la période du GPRA et par ses écrits lorsqu’il assumait la direction du journal Révolution Africaine.

Autour de ces deux personnalités déjà en vue en tant que porteurs d’orientations progressistes à visée socialiste, nous nous sommes retrouvés (Zeggagh, Merouche, Bennacer, Fethallah, et des militants avec lesquels nous étions en contact comme Hachemi Cherif, et d’autres encore…) pour organiser des actions politiques contre ce coup d’Etat.

C’est à ce moment que des contacts établis avec des responsables du PCA ont débouché après plusieurs réunions à Alger sur la nécessité de rédiger une déclaration politique commune. Son contenu principal devait s’opposer au coup d’Etat et à ses conséquences négatives sur le cours des orientations socialistes comme l’autogestion. La déclaration de l’ORP dénonçait aussi le coup d’Etat en tant que processus antidémocratique aventuriste.

L’ORP dénonçait la destitution par la force des armes de dirigeants politiques investis et reconnus légitimes par le vote démocratique souverain du peuple qui s’était prononcé déjà plusieurs fois (de 1962 à 1964) pour désigner les députés de l’Assemblée nationale et le Président Ben Bella.

Cette déclaration appelait aussi au regroupement des forces progressistes en s’inscrivant dans une optique de gauche dans le sens le plus large du terme. Ce regroupement réalisait pour la première fois le rassemblement de tous les éléments progressistes du FLN se réclamant des options socialistes avec le PCA.

Les potentialités du PCA étaient infiniment plus cohérentes idéologiquement et surtout plus opérationnelles, parce que disposant d’une organisation structurée, ce qui lui donnait d’emblée une capacité d’organisation des initiatives à une échelle nationale et internationale plus importante.

Les trois missions de la Délégation Extérieure de l’ORP

Les membres désignés pour former la Délégation extérieure de l’ORP (DE) devaient quitter le territoire national, pour raison de sécurité, avant la diffusion de la déclaration de l’ORP. Ce fut mon cas. Et le 28 juillet, je rencontrais pour la dernière fois à Alger Mohammed Harbi qui me confirma les orientations de ma mission dans l’émigration en France.

La Délégation extérieure de l’ORP formée après le coup d’Etat de Boumediène le 19 juin 1965 se composait de Merouche Lemnouar, Madjid Bennacer, Youssef Fethallah, Henri Alleg, Ali Boudjakdji et moi-même. Ses principales missions visaient à créer et développer une organisation de résistance au coup d’Etat dans l’émigration en France, tout en menant une activité internationale pour susciter la solidarité auprès des partis progressistes et des médias en France et au Moyen-Orient notamment.

Lors de notre première rencontre à Paris quelques jours plus tard, les membres de la DE devaient s’organiser et se répartir les trois missions qui nous avaient été confiées :

1/ Organiser l’opposition politique dans l’émigration en France dont le rôle était considéré si important pour assurer la pérennité de l’ORP en Algérie, car plusieurs arrestations avaient déjà eu lieu à partir du mois d’août.

2/ Clarifier par une information périodique la nouvelle situation politique instaurée par le coup d’Etat militaire. Nous devions expliquer les tenants et les aboutissants du coup d’Etat et les risques de remise en cause des options révolutionnaires de l’Algérie indépendante.

3/ Informer et sensibiliser les forces démocratiques en Europe, mais aussi dans les pays arabes et en Afrique, sur l’incertitude concernant le sort du Président Ben Bella, de Hadj Benalla, président de l’Assemblée nationale, des ministres Dr Nekkache et Abderrahmane Cherif, tous mis au secret depuis leur arrestation dans la nuit du coup d’Etat.

Pour alerter l’opinion, un comité de défense de Ben Bella fut créé à Paris, présidé par l’écrivain Robert Merle, auquel participaient notamment l’écrivain Daniel Guérin et les avocats maîtres Douzon, Laffue-Véron et d’autres personnalités.

Nous voulions aussi dénoncer la répression qui frappait en Algérie plusieurs dirigeants de l’opposition : M. Harbi fut arrêté en août, et dès septembre furent arrêtés H. Zahouane, Bachir Hadj Ali, Boualem Makouf, Haïdar Hassani, Hamida Djazouli, Mourad Lamoudi ainsi que plusieurs autres militants du FLN et du PCA.

Pendant cette période d’activité de l’opposition dans l’émigration en France (1965-1974), nous avons pu rencontrer, à Paris, M. Bennacer et moi-même, lorsqu’ils y étaient de passage, grâce aux liens étroits entretenus par Merouche et Fethallah, plusieurs membres de gouvernements en exercice du Moyen-Orient, tels que le Dr Brahim Makhous, ministre des Affaires étrangères de Syrie; Tarek Aziz et Chenchel, ministres d’Irak ainsi que des journalistes illustres comme Lotfi El Khouli du journal El Ahram d’Egypte et Charara, directeur d’un journal de Beyrouth…

Toutes ces personnalités arabes nous ont manifesté leur solidarité en intervenant auprès du président Boumediène avec une réelle volonté de suivi, et auprès d’autres personnalités influentes du gouvernement algérien, pour obtenir la libération des membres de l’ORP emprisonnés à partir de septembre 1965.

Certains avaient été détenus d’abord à Alger, puis à Lambèse et à Annaba, avant d’être assignés en résidence surveillée à Adrar et Timimoune, au Sahara, puis enfin à leur domicile pendant plusieurs années. A partir de ce contexte, la question de la lutte du PAGS contre le pouvoir de Boumediène allait entrer dans une phase de recherche de rapprochement, voire d’entrisme, en liaison avec le lancement du premier plan quadriennal en 1969.

Le PAGS subissait des poussées géopolitiques de la part de l’URSS pour cesser son opposition au pouvoir de Boumediène. A mon retour de Moscou, où j’avais étudié l’histoire et l’économie politique de 1969 à 1972, je découvris que le ralliement implicite et pratique au pouvoir était chose faite au niveau des analyses que développait le PAGS sur la nature anti-impérialiste du pouvoir en Algérie.

Les options de développement et la mise en œuvre de la révolution agraire en Algérie allaient dans le sens de la lutte anti-impérialiste menée par les pays socialistes et l’URSS dans le contexte de la guerre froide. A mon retour à Paris, je constatais que l’appréciation du pouvoir de Boumediène faite par le PAGS devenait de plus en plus positive, au point que celui-ci sortait de son opposition pour se positionner dans un soutien de moins en moins critique à l’égard du pouvoir.

Sans être formellement légalisé pour autant, le PAGS donnait une appréciation infiniment positive de l’action du pouvoir, sans que les instances dirigeantes de l’ORP/PAGS n’aient eu à en débattre clairement, ni à statuer sur sa position de soutien qui allait crescendo au pouvoir. Tout ceci se faisait au niveau pratique en mettant les principaux dirigeants issus du FLN, comme Harbi et Zahouane, ainsi que les membres de la Délégation extérieure devant le fait accompli.

Ceci donna lieu à un rapport critique de ma part pour souligner qu’une question politique aussi importante et engageant l’avenir du PAGS n’avait pas donné lieu à un débat démocratique au sein des instances de notre organisation. Cette même année 1974, je rencontrais à Paris pour la première fois, depuis juillet 1965, nos amis Harbi et Zahouane qui venaient de s’échapper de leur résidence surveillée en quittant clandestinement l’Algérie en 1973.

 

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