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Camps d’internement de nationalistes algériens en France : Une stèle inaugurée au camp de Thol

21 décembre 2021 à 10 h 05 min

Dans le département de l’Ain, à Neuville-sur-Ain, une plaque commémorative a été inaugurée au camp d’internement de Thol dans lequel furent enfermés des militants nationalistes algériens durant la Guerre d’Algérie.
Il ne reste que quelques traces de ce lieu.

En 1997, le camp est mis en vente par le ministère de la Justice. La commune se porte acquéreur, le camp prend alors le nom de «Domaine de Thol». Petit à petit, divers travaux et aménagements sont effectués (théâtre, écomusée, bâtiment CEL, hangar tennis et boules, skate-parc, hangar pour les artisans…).

En 2008, une partie du domaine est vendue à un promoteur qui construit des maisons accessibles à la propriété. Des artisans se sont installés au domaine ainsi que la bibliothèque. Les travaux de la salle polyvalente et du parc photovoltaïque devraient être terminés en 2022, lit-on sur le site municipal.

Pourtant, le passé du camp de Thol reste vivace. Le rapport Stora remis au président Emmanuel Macron recommandait de rappeler le souvenir douloureux de ces assignés à résidence parfois sans procès, d’autre fois après avoir purgé leur peine mais maintenu à l’écart. Certains avant d’être renvoyés dans d’autres camps en Algérie.

Pascaline Boulay, sous-préfète de l’Ain, a inauguré la plaque, en faisant ainsi un lieu de mémoire reconnu à part entière «afin d’aller vers une meilleure connaissance de l’histoire par chacune des parties concernées et, in fine, un meilleur vivre ensemble.»

Elle reprenait ainsi les propos de Benjamin Stora qui portait dans son rapport la nécessité de la «la création de lieux de mémoire donnant à comprendre des pans de notre histoire méconnus.»
En France, entre 1956 et 1959, quatre centres d’assignation à résidence surveillée furent créés : Mourmelon-Vadenay (Marne), Saint-Maurice-l’Ardoise (Gard), Thol (Ain) et le Larzac (Aveyron).

ENFERMéS POUR UNE DURÉE INDÉTERMINÉE

L’historienne Sylvie Thénault, qui a beaucoup travaillé sur le sujet, expliquait dans un article sur les camps d’internement : «Concrètement, le circuit répressif suivi par un Algérien arrêté en France pouvait prendre des cheminements complexes. Le parcours le plus simple le conduisait des locaux de police, où il avait été amené lors de son arrestation, vers d’autres lieux de détention policière appelés ‘‘centres de triage’’.

Il pouvait y rester, en théorie, jusqu’à 15 jours, en vertu d’un arrêté signé par le préfet du département. Ensuite, le ‘‘suspect’’ pouvait être dirigé vers l’un des quatre camps d’internement, pour une durée indéterminée, en vertu cette fois d’un arrêté signé par le ministère de l’Intérieur. En région parisienne, les hommes arrêtés pouvaient avoir été détenus, en premier lieu, au Centre d’identification de Vincennes (CIV), ouvert en 1959 et géré par la Préfecture de police de Paris.

La guerre se prolongeait à l’intérieur des camps. Côté français, des conseillers techniques aux affaires musulmanes (CTAM) y furent nommés. Il s’agissait d’administrateurs rapatriés d’Algérie, chargés de mener une action dite ‘‘éducative’’, ‘‘économique’’ et ‘‘sociale’’.»

Pour Benjamin Stora (revue L’Histoire), «le 16 septembre 1959, au moment où le général de Gaulle prononce son discours sur l’autodétermination algérienne, 11 018 militants algériens sont sous le coup de mesures répressives : 5971 purgent des peines de prison et 5047 sont internés dans des camps en Métropole.

Entre 1957 et 1962, on peut estimer à environ 10 000 le nombre d’Algériens qui, après avoir été jugés, ont passé entre un et deux ans dans les camps en France. Ils ne sont pas comptabilisés dans les statistiques officielles concernant la détention algérienne pendant cette période. Les 5000 internés de février 1961 sont répartis dans les différents camps de la manière suivante : 3000 au Larzac, 900 à Thol, 600 à Saint-Maurice-l’Ardoise, 500 à Mourmelon-Vadenay.»

PROTESTATION DE GERMAINE TILLION, ROBERT BARRAT OU LOUIS MARTIN-CHAUFFIER

Sur la stèle historique de Thol, on peut lire un rappel de ce qu’était cet endroit chargé de sang et de peine. «En décembre 1958, pendant la guerre d’indépendance algérienne, Thol devint l’un des quatre centres d’assignation à résidence surveillée (CARS) de France métropolitaine, conçus à l’imitation des nombreux camps d’internements créés en Algérie depuis 1956.

En vertu d’un décret d’octobre 1958, plus de 2600 Algériens résidant en France y ont été enfermés sur arrêté ministériel, pour une durée indéterminée, sans décision de justice, parce que soupçonnés d’être impliqués dans des organisations indépendantistes, principalement le FLN.

Administré par le ministère de l’Intérieur, le camp était capable d’accueillir dans une extrême précarité un millier d’hommes à la fois. En 1960, le mouvement de l’Action civique non violente manifesta contre cette politique d’internement, trouvant le soutien d’intellectuels tels l’ethnologue Germaine Tillion, le journaliste Robert Barrat ou encore l’écrivain Louis Martin-Chauffier.

Transformé en établissement pénitentiaire en 1962, le camp servit à regrouper les détenus algériens de différentes prisons françaises avant leur libération, dans le cadre des accords d’Evian. Par la suite, et jusqu’en 1965, des activistes de l’OAS condamnés à des peines légères les remplacèrent avec un régime carcéral spécial. En 1997, la commune de Neuville-sur-Ain a racheté le camp pour le transformer en domaine aux fonctions économiques, résidentielles, culturelles et récréatives.»

La plaque commémorative est enrichie d’une citation du philosophe Joseph Pyronnet datant de 1960 : «Les camps d’internement administratif sont en France l’expression permanente et tangible de la guerre que nous poursuivons en Algérie sous le nom de pacification.»

 

«Décongestionner les prisons centrales»

Publié le 21 décembre 1961, un article du quotidien Le Monde écrivait à propos du camp de Thol : «L’administration pénitentiaire a décidé, afin de ‘‘décongestionner’’ plusieurs prisons centrales, d’y transférer un certain nombre de détenus musulmans condamnés à de longues peines de détention dont l’expiration est postérieure au 31 décembre 1964. D’importants aménagements y ont été effectués. Sa capacité totale est actuellement de sept cent cinquante lits. Deux cents musulmans détenus dans les prisons de Douai, Rennes, Strasbourg y ont été transférés depuis quelques jours. D’autres suivront. Les transferts s’effectueront par petits groupes de vingt-cinq à trente hommes.

Cent à deux cent cinquante des prisonniers musulmans sur les deux cent quatre-vingts qui sont actuellement détenus à Fresnes pourraient également purger leurs peines dans ce camp. (…) Des cours en commun seront organisés à l’intention des détenus, qui pourront pratiquer divers sports. L’horaire des visites sera plus souple».


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