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mercredi, 16 octobre, 2019
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«Une contribution de l’art aux débats d’idées en Algérie et dans la diaspora»

08 octobre 2019 à 9 h 01 min

C’est entre les murs de la galerie La Fabrique Made in Bagnolet (est de Paris) que onze artistes, issus de notre diaspora, expriment leur amour pour leur pays et l’espoir qu’ils portent sur la révolution citoyenne en cours, entre le 5 et le 10 octobre, à travers l’exposition «L’Algérie, un rêve d’artistes».

Pour sa commissaire Nadia Agsous, «l’idée de départ était de regrouper les œuvres réalisées par des artistes en s’inspirant de la révolution du sourire, qui a nourri leur imaginaire et leur geste créateur». Deux catégories d’œuvres sont exposées : individuelles et collectives.

Néanmoins, pour la plupart, elles partagent un point commun, en l’occurrence elles ont été créées lors des rassemblements parisiens de la communauté algérienne en soutien au hirak (place de la République et place de Stalingrad). Au total, une quarantaine de peintures et objets d’art sont présentés au public. «Au fond, il s’agit d’une contribution de l’art d’une manière générale aux débats d’idées enclenchés depuis le 22 février partout en Algérie et dans la diaspora.

Les artistes ont effectivement un grand rôle à jouer dans la construction de l’Algérie de demain et ce genre d’événements leur offre plus de visibilité et de possibilités pour s’exprimer librement», affirme notre interlocutrice. Ce sont d’ailleurs les artistes qui ont opté pour la date du 5 octobre pour inaugurer l’exposition, voulant célébrer à leur façon le soulèvement de 1988.

Justement, parmi eux, on trouve l’artiste-peintre Zerty Reza. Elle consacre l’essentiel de son travail artistique au peuple qui se soulève. «J’écoute profondément la colère et les aspirations du peuple algérien, puis j’essaye de les transcrire et de les transmettre à travers mes œuvres, à l’instar de ‘‘D  ! GAGE !’’ tel prononcé d’ailleurs par les Algériens», explique-t-elle.

Et d’ajouter : «En tant qu’artistes, nous continuerions à espérer qu’elle va aboutir à ce que les Algériens retrouvent leur dignité et leur liberté.» Dans ce sens, elle a eu l’idée de créer «L’Arbre de l’espoir», une sorte d’arbre de noël sur lequel chacun pouvait accrocher un bout de carton portant une transcription d’un rêve concernant une Algérie démocratique, plurielle et égalitaire.

C’est aussi le souhait ou plutôt la revendication de sa collègue Zahra Agsous, reporter-photographe et militante féministe. Participant à l’exposition avec sa collection «Femmes en mouvement», elle pense qu’il est du devoir des intellectuels en général et des artistes en particulier de porter le projet d’une Algérie progressiste.

«Il y a un besoin urgent de discuter des questions liées aux libertés individuelles et à l’égalité femmes-hommes. J’ai voulu faire émerger la forte présence des femmes dans le hirak, en Algérie et ici en France, auxquelles on ne donne pas vraiment la parole.

Sur plusieurs semaines, j’ai pu sonder leurs préoccupations et je n’ai souvent retrouvé que les termes de l’hif (misère), la hogra, la violence, etc.», regrette-t-elle, avant de marteler : «Nous devons nous exprimer davantage et défendre une citoyenneté pleine et entière pour les Algériennes et abroger toutes les lois faites contre les femmes, à commencer par le code de la famille.» Dans son œuvre, il ressort également un rejet de toutes formes, légales soient-elles, de pénalisation du croit des femmes, mais aussi des hommes, à disposer librement de leur corps.

Dans ce sillage d’une société qui bouge et qui cherche son salut dans sa jeunesse, le plasticien Chérif Ahmed-Chaouche, spécialiste de la laque chinoise, a consacré plusieurs toiles majeures à la révolution du 22 février. «D’abord, il y a ‘hirak 1’ et ‘hirak 2’, des mouvements calligraphiques pleins de couleurs, qui dégagent un grand espoir. Ensuite, il y a un troisième tableau intitulé ‘L’ombre’, une façon de dire : ‘‘L’ombre passe, la lumière demeure !’’.

L’ombre serait donc les gouvernants algériens actuels et la lumière le peuple», précise-t-il. «La présence d’énormément d’Algériens ici signifie que nous partageons tous le même idéal d’une Algérie de demain. Il y a aussi une volonté de transmission puisque beaucoup sont venus en familles avec enfants», se réjouit-il.

Anouar Boudia, artiste-peintre, s’est, de son côté intéressé, à l’expression extraordinaire de solidarité et d’unité entre Algériens depuis plus de 33 semaines. Il s’explique : «Les Algériens ont exprimé d’une manière inédite leur fierté et leur attachement à leur diversité culturelle.

Ce que je retrace dans mon œuvre Khawa Khawa». Ses toiles dénoncent par ailleurs la répression, la censure des médias, mais aussi la corruption. «Je mes suis inspiré du slogan ‘‘klitou l’blad ya sarrakine’’ (Vous avez bouffé le pays, voleurs) pour faire l’une de mes œuvres exposées. Les gens du peuple sont réceptifs à ces messages qui leur parlent. Ils sont contents de voir des artistes porter leur parole. Ils s’expriment à travers nos œuvres», affirme-t-il.


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