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Adrien Rivollier. documentariste

«Un portrait équilibré d’un imam, un homme comme tout le monde»

12 mars 2019 à 10 h 00 min

Il se dégage une certaine sérénité du documentaire écrit et réalisé par Adrien Rivollier, intitulé Imam, celui qui est devant*. Et même une respiration spirituelle réconfortante vers la fin du film, amenant tranquillement le spectateur à se laisser aller à une méditation paisible. Pour le réalisateur, il s’agissait de faire un portrait sur un imam. Il a choisi Mondher Najjar, depuis 2002 imam de la Grande Mosquée de Lyon, dirigée par le recteur Kamel Kabtane. Il est originaire de la petite ville de Ksour Essaf, en Tunisie. On le voit à la fois chef spirituel des très nombreux croyants qui viennent à la mosquée, formateur des convertis, directeur de conscience, conseiller conjugal, médiateur, psychologue… L’imam tient chaque jour des permanences où hommes et femmes viennent chercher les réponses de l’islam sur tous les problèmes de leur vie quotidienne.

– Pourquoi avoir tourné ce film ?

Il fait partie d’une série d’émissions de France 3 programmées sur les antennes régionales. Elle s’intitulera «D’ici et d’ailleurs». Chaque région propose un film à sa façon pour parler des gens installés en France, où ils ont construit une vie. Pour France 3 Lyon, la maison de production Les films du Balibari souhaitait faire un film sur un imam. Vu le contexte de l’islam aujourd’hui, cela pouvait être un sujet sensible.

Je ne voulais pas faire une enquête dans les milieux salafistes ou chez les prêcheurs de haine, cela ne m’intéressait pas. Cela existe et d’autres s’en chargent de façon pas toujours très bienveillante, je n’ai pas envie de participer à ça. Je me suis contenté de tenter de répondre à des interrogations : qu’est-ce qu’un imam, que fait-il au quotidien ? Comment vit-il  ? A-t-il un métier à côté ? L’exercice du portrait m’intéressait. Avec une approche assez intimiste et une grande proximité.

– De votre documentaire, il ressort une émotion, une couleur, quelque chose de simple et de profond. Est-ce que cela est venu naturellement au cours du tournage ?

J’avais une intention. Je ne voulais pas faire un documentaire à charge ni un documentaire de prosélytisme ou de promotion d’une religion. Il fallait donc que je trouve un imam bienveillant, d’où la douceur qui peut se dégager du film. Ensuite, l’écriture se fait en fonction des repérages. J’ai passé beaucoup de temps avec lui sans caméra, pour le voir travailler, rencontrer les gens dans ses permanences, vivre.

Pendant ce temps, j’ai écrit et j’ai dégagé une ligne narrative. J’ai notamment remarqué la charge d’activités qui repose sur ses épaules. Pression de ce qu’il fait à la mosquée, pression aussi extérieure venant de la société française sur les questions de radicalisation. J’ai construit le film sur la fatigue qui s’abat sur cet homme et comment il doit faire avec.

– Peut-on justement parler de ce qui vient de l’extérieur ? Vous montrez une réception officielle du recteur Kabtane pour la rupture du jeûne pendant le Ramadhan avec la présence du ministre Gérard Collomb. Pourquoi avez-vous gardé cette scène ?

Gérard Collomb est très attaché au dialogue avec les musulmans. Il a plutôt raison. Lors de cette soirée, nous étions à un moment où le président Emmanuel Macron allait annoncer la formation de nouvelles instances pour organiser le culte musulman en France. Kabtane, dans son discours, a son franc-parler. Il demande à Collomb des précisions sur ce qui se passe à Paris en ce domaine. Il reproche devant le ministre que la base ne soit pas consultée. On sent dans cette séquence l’intervention de l’Etat au sein de cette religion en France.

– Autre élément intéressant dans ce documentaire, le moment où vous filmez la rencontre du conseil théologique des imams du Rhône, une particularité unique en France. Pour vous cela a-t-il été une surprise, ce type de concertation ?

Je savais que c’était l’un des intérêts de la Grande Mosquée de Lyon d’avoir participé avec d’autres mosquées à créer une coordination pour se concerter sur des sujets divers liés au culte ou à des sujets de société.

– En un mot, qu’elle est votre plus grande satisfaction d’avoir réalisé ce documentaire ?

Je pense que c’est d’avoir pu faire un film qui m’a permis de dérouler un portrait équilibré d’un imam, l’histoire d’un homme comme tout le monde, comme vous et moi, qui a une famille, qui va au travail en costard. Cela rééquilibre la vision que les gens peuvent avoir d’un imam et de sujets qu’ils pensent connaître mais qu’ils ne connaissent pas.

Imam, celui qui est devant, sera projeté en avant-première ce jeudi 14 mars à 19h30 au cinéma UGC Ciné Cité Confluence 112, cours Charlemagne, à Lyon. Il sera diffusé sur l’antenne de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes le lundi 18 mars après le journal Soir 3.


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