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Société et économie de l’Afrique du Nord : Ces facteurs qui aggravent l’instabilité sociale

10 décembre 2019 à 9 h 03 min

Dans son ouvrage Transition et transformations sociales en Afrique du Nord, l’universitaire Kamel Kateb décode les impasses politiques qui reposent sur des complications démographiques et sociales.

C’est à la fois un livre érudit de sociologie doublé d’une analyse démographique très pertinente des pays du nord de l’Afrique : Algérie, Maroc, Tunisie et Egypte. Kamel Kateb, chercheur démographe à Paris au sein de l’Institut national des études démographiques (Ined), offre dans Transition et transformations sociales en Afrique du Nord  (éditions APIC Alger et Quatifa France – 2019), quelques clés des changements sociaux dans nos pays et leurs incidences contraignantes sur l’organisation politique de la société.

A deux jours d’un hypothétique scrutin présidentiel en Algérie, alors qu’un vaste mouvement de revendication sociale et politique agite l’Algérie depuis le 22 février, cet ouvrage donne en regardant le rétroviseur un regard édifiant sur les évolutions et les difficultés objectivement posées et les blocages induits. Il pose clairement des jalons pour l’Algérie en butte au besoin contrarié des populations qui imaginent une nouvelle gestion politique plus saine et harmonieuse.

Alors que les responsables politiques répondent par des propositions décalées face à la réalité des enjeux sociaux et économiques : «Quelles implications pourraient avoir les changements démographiques dans le fonctionnement global des sociétés maghrébines et dans leur mode de gouvernance ? (…) Les processus de libéralisation de l’économie seront-ils accompagnés de libéralisation de la vie publique», se demande Kamel Kateb. Jeunesse, place grandissante des femmes, domination du facteur religieux, naissance d’une société civile, l’analyste pose finement un point essentiel : comment pourrait s’opérer «le passage de différentes formes de légitimité (traditionnelle, religieuse, révolutionnaire) à la légitimité des urnes».

 «La restructuration du système global en minimisant les coûts sociaux»

Dans le foisonnement des pistes explorées par l’universitaire et chercheur, il en est une qui mérite qu’on s’y arrête, celle de l’émigration, vue sous deux angles : c’est d’abord une échappée des blocages objectifs induits par le développement désordonné auquel les pays de la région font face. Dans les pays d’accueil, c’est une manne qui abonde leurs économies en besoins humains, même si au plan politique l’immigration est source de tension.

Kamel Kateb introduit le sujet en estimant que «devant les perspectives démographiques et les difficultés qui s’annoncent irrémédiablement, il est légitime de s’interroger si la migration vers l’Europe serait une solution possible et envisageable ?» A la lumière d’études de ces dernières années, conduites par plusieurs chercheurs (dont Philippe Fargues, cité par l’auteur), «les tendances actuelles (effectifs nombreux de jeunes à l’entrée du marché du travail, l’accroissement de la population active féminine et l’élévation du niveau d’instruction au sein des nouvelles générations), favoriseraient la migration des Nord-Africains vers l’Union européenne dont la population active a diminué de près de 4 millions entre 2010 et 2015» puis de 5,6 millions entre 2015 et 2020.

Ainsi, selon Kamel Kateb, «cette migration, nécessaire dans les prochaines années à l’activité économique des pays d’accueil, continuerait probablement de soupape de sécurité pour les pays de départ en allégeant les tensions sur le marché du travail et en favorisant les transferts financiers des pays du Nord vers ceux du Sud». A ce sujet l’auteur note également que «les vingt dernières années sont marquées par des changements substantiels dans le champ migratoire Afrique du Nord-Europe aussi bien au niveau des pays de départ que d’arrivée.»

Il rappelle que «la première phase migratoire touche à sa fin (population rurale, analphabète et sans qualification)»… «au profit d’une nouvelle vague qui a commencé à se dessiner au cours des années 80. Elle concerne prioritairement les populations urbaines scolarisées ; proportion de plus en plus grandes de femmes prenant l’initiative de la migration et s’orientant vers les emplois tertiaires…»

Pour donner envie d’ouvrir ce livre, on notera enfin quelques phrases de la conclusion. L’auteur amène le lecteur à réfléchir aux incidences sur la décision politique : «Les sous-systèmes politiques et économiques susceptibles de favoriser la restructuration du système global en minimisant les coûts sociaux sont eux aussi – pour des raisons de mondialisation et de globalisation de l’économie et de corruption, de népotisme et de clientélisme – des facteurs aggravants qui accentuent l’instabilité de l’ensemble et accroissent les risques et incertitudes sur son évolution dans le court et moyen terme». 

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