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Recherches historiques en France : Chape de plomb sur les archives

18 février 2020 à 9 h 00 min

Un collectif de douze historiens de divers pays protestent contre la restriction de l’accès des documents postérieurs à 1940 jusque-là accessibles selon la loi.

Dans un appel au président Emmanuel Macron, les historiens protestent contre une récente instruction ministérielle qui complique les recherches sur des périodes comme celle de l’après-deuxième conflit mondial qui inclut notamment les guerres coloniales.

Ils se disent «consternés par les conséquences néfastes de l’instruction générale interministérielle de 2011 (IGI 1 300)».

Alors qu’en septembre 2019 le président français annonçait l’ouverture des archives concernant la disparition de Maurice Audin et des disparus de la guerre d’Algérie, ils craignent que «cette instruction introduise un régime plus restrictif que celui qui prévalait antérieurement et notamment depuis la loi de 2008».

Une situation d’autant plus étrange, selon eux, que d’ores et déjà certains chercheurs se sont vu «refuser la consultation de documents consultés il y a des dizaines d’années ! C’est une situation digne de Kakfa. Les travaux que nous avons effectués ne seraient plus possibles à mener dans les archives françaises.

Cette restriction qui, au mieux, ralentit de plusieurs mois ou années les travaux et, au pire, les rend impossibles, représente une atteinte très sérieuse à la réputation internationale de la France dans le domaine de la recherche historique».

Cet appel a été relayé par une pétition adressée aux autorités en charge des affaires historiques. Il est signé par dix-sept revues et associations d’historiens.

Par ailleurs, dans Médiapart, les historiens, Gilles Manceron et Fabrice Riceputi, s’indignent, sous le titre «Secret défense contre l’histoire : fermeture des archives des répressions coloniales».

Ils indiquent que «les chercheurs fréquentant les archives publiques françaises, dont le Service historique de la Défense (SHD), se voient depuis peu dans l’impossibilité de consulter de très nombreux documents d’après 1940 accessibles selon la loi : tous ceux qui furent tamponnés ‘‘secret’’ ou ‘‘très secret’’ lors de leur production, durant les répressions coloniales à Madagascar, en Indochine ou en Algérie».

Il s’agirait en quelque sorte d’une chape de plomb sur les archives !

En effet, «en application de cette ‘‘IGI 1300’’, les archivistes sont désormais tenus de mettre sous pli fermé ces papiers tamponnés, ainsi déclarés ‘‘classifiés’’, quel qu’en soit le contenu et la date.

Et, si des chercheurs souhaitent les consulter, ils doivent s’adresser aux institutions qui les ont versées, le ministère de la Défense le plus souvent, pour obtenir, page par page, leur ‘‘déclassification’’.

Comme rien n’indique sur les cartons d’archives qu’ils contiennent de telles pièces, tous devront être passés en revue par les archivistes, qui devront examiner, au total, des centaines de milliers de pages, des dizaines de kilomètres linéaires d’archives.

En l’absence de personnel suffisant, le centre le plus concerné, le SHD à Vincennes, a annoncé à ses usagers de sérieuses restrictions à la consultation».

Les historiens dénoncent «l’absurdité de cette mesure (…) sans doute inspirée par l’obsession sécuritaire actuelle et par la crainte d’un débat en cours sur l’enjeu démocratique que représente pour les citoyens le droit à connaître la page coloniale de notre histoire».

Ils affirment que «cette mesure est sans précédent et constitue une régression dans l’évolution récente des politiques de l’Etat en la matière.

Cette simple mesure administrative semble en contradiction avec la législation en vigueur, la loi sur les archives de 2008 et le code du patrimoine. Elle intervient après une ouverture par dérogation générale des archives de la Seconde Guerre mondiale, publié le 24 décembre 2015, par François Hollande».

Par ailleurs, «après plusieurs déclarations d’intention de transparence et d’ouverture de celles de la guerre d’Algérie, (…) s’agit-il d’un tournant politique en la matière ?

Par qui et pourquoi a-t-il été opéré ?», se demandent-ils : «La question n’est pas sans lien avec le fait qu’aujourd’hui en France existent des forces politiques qui se sont nourries des silences et des dénis d’histoire relatifs à la période coloniale.»


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