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Presse : Le journal L’Humanité provisoirement sauvé

12 février 2019 à 10 h 00 min

L’Humanité joue péniblement sa survie. Après l’alerte lancée en janvier, un élan de solidarité s’est fait jour pour sauver l’allié des causes humaines et sociales

Le quotidien L’Humanité est le plus ancien titre en France, derrière le doyen, le Figaro. Déclaré à la fin janvier en cessation de paiement, le journal, créé par Jean-Jaurès au début du XXe siècle, a été placé, jeudi dernier, en redressement judiciaire, avec poursuite d’activité par le tribunal de commerce de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Une nouvelle audience est prévue le 27 mars. D’ici là, le journal va retrouver quelques couleurs avec les centaines de milliers d’euros récoltés par la campagne de soutien et les centaines de nouveaux abonnements enregistrés.

L’Humanité est ainsi conforté par l’irrésistible capital de sympathie dont le journal jouit de par son soutien aux causes humaines et sociales justes dont il est un porte-voix. Pour ce qui concerne l’Algérie, L’Humanité a toujours défendu la revendication à éclairer les pages sombres de la colonisation. Il a été aux avant-postes de l’information concernant les avancées sur la reconnaissance des exactions coloniales. Sa couverture, ces derniers mois de l’affaire Audin, a été remarquable.

C’est cette sincérité éditoriale qui manquerait si ce journal venait à disparaître. Ce n’est pas du tout ce qu’envisage son directeur, Patrick Le Hyaric. Au micro de France Info, il indique : «Nous nous sommes adossés à une force populaire, à nos lectrices, à nos lecteurs, à nos amis. Tous les journaux de la presse écrite d’information générale et politique sont malheureusement en difficulté. Il faut réinventer un modèle économique, mixte, papier et digital.»

La numérisation pousse tous les journaux à s’astreindre, à s’adapter ou à disparaître. Sur ce point, Patrick Le Hyaric se veut rationnel : «L’Humanité n’a pas pris de retard. Mais c’est un modèle qui n’est pas aussi simple qu’on le croit. La valeur des abonnements sur le digital est infiniment plus faible que celle sur le papier. Pour un abonnement papier aujourd’hui, il y a quatre abonnements au digital. Pour faire une économie avec cela, c’est plus compliqué qu’on l’a dit parfois. Ce dont je suis sûr, c’est qu’on va se battre pour que L’Humanité soit pérennisé, se développe et joue un rôle dans la société.»

En attendant, le quotidien a vu ses ventes baisser en France de 6% en 2017-2018, à 32 700 exemplaires en moyenne. Cependant, son nombre d’abonnés a progressé l’an dernier et les ventes en kiosque ont augmenté en novembre et décembre.

Les puissances financières au secours de grands titres

Si certains journaux ont des difficultés, d’autres ont les moyens de faire face aux échéances. En effet, hormis la presse militante ou d’opinion, qui tire la langue, la totalité des entreprises de presse nationale et presque toute la presse quotidienne régionale sont aujourd’hui appuyées sur des actionnaires milliardaires majoritaires ou des banques.

Ainsi LVMH, le leader mondial du luxe, présidé par François Arnault (au top 5 de la fortune mondiale), s’est engagé à verser en janvier 83 millions d’euros au journal Le Parisien-Aujourd’hui pour éponger ses pertes et lui permettre d’investir. Le quotidien avait perdu 24 millions d’euros en 2017. Ce qui fait dire au site Lelibrepenseur.org : «Si vous n’avez toujours pas compris qu’il n’y a plus de presse libre en France étant donné qu’elle est la propriété de quelques milliardaires très puissants qui dictent leur loi, c’est que vous n’avez pas assez de maturité politique et que vous méritez que des oligarques vous dirigent ! Comment peut-on imaginer une seconde récupérer 83 millions d’euros sans contrepartie ?»

D’autant que déjà en 2015, le groupe de luxe avait investi dix millions d’euros pour relancer son journal grand public. LVMH est aussi dans le capital du journal quotidien ultralibéral L’Opinion, créé en 2013, qui survit grâce à des injections de capitaux. Depuis sa création, L’Opinion a levé au total près de 21 millions d’euros. En ce début 2019, alors que L’Humanité se mettait sous «protection sociale», L’Opinion, dirigé par Nicolas Beytout, a été de nouveau renfloué en procédant à une augmentation du capital de 2,6 millions d’euros, selon ce que rapportait Mediapart.

Cette somme, apprenait-on par la suite, a été injectée dans sa quasi-totalité (2,5 millions) par Kenneth Fisher, un milliardaire américain qui se trouve à la tête d’un cabinet de gestion d’actifs et de conseils en investissement. Pas mal, alors que L’Opinion a perdu 1 million d’euros l’an passé, après 2 millions en 2017 et qu’il revendique seulement 1500 exemplaires en kiosque et au total 30 000 exemplaires de diffusion payés chaque jour. 

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