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Attentats terroristes de janvier 2015 en France : Ouverture du procès des «complices» des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly

05 septembre 2020 à 11 h 25 min

Après plus de cinq ans d’enquête, le procès des attentats terroristes de janvier 2015 en France s’est enfin ouvert, mercredi 2 septembre, à la cour d’assises spéciale de Paris, et devrait se poursuivre jusqu’au 10 novembre prochain. Ce moment de justice exceptionnel de part sa nature et ses conditions de déroulement est d’ores et déjà qualifié d’«historique» par les médias français.

Il s’agit d’un procès dont l’audience va se poursuivre tout au long de 49 jours afin de juger, non pas vraiment les principaux auteurs des attaques sanglantes qui ont coûté la vie à 17 personnes, mais les complices présumés qui leur auraient apporté, à des degrés plus ou moins importants, une aide logistique (argent, armes, etc.).

Effectivement, au moment des faits, les frères Cherif et Saïd Kouachi – qui ont revendiqué leur appartenance à Al Qaîda au Yémen après avoir décimé quasiment toute la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo et tué un policier à Paris (7 janvier) – ainsi qu’Amedy Coulibaly – qui avait fait allégeance à Daech avant de passer à l’acte en exécutant une policière municipale à Montrouge (8 janvier) et en prenant en otage le personnel et les clients juifs d’un Hyper Cacher à la porte de Vincennes, se soldant par l’assassinat de quatre personnes (9 janvier) – ont été tous les trois abattus par les forces antiterroristes qui les pourchassaient.

Ainsi, l’enjeu pour le tribunal et les nombreuses parties civiles est, entre autres, de définir les responsabilités des «complices» pour tenter d’obtenir une réparation morale et, dans un second temps, financière pour les victimes et leurs familles. Du côté de la défense, la célèbre avocate Isabelle Coutant-Peyre a déclaré dès le début du procès qu’il ne fallait pas en faire «une justice vengeance», mais «une justice pour comprendre». Elle a suscité, aussitôt, une petite polémique en affirmant que «si les services de renseignement (français) avaient continué à surveiller les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, tout cela ne serait pas arrivé. Les services de l’Etat ont failli». Cette remarque a été jugée «indécente» par les avocats des parties civiles.

Maître Coutant-Peyre, avocate historique de Carlos, a tenté à sa manière de prendre les devants et marqué l’opinion publique dans ce procès très médiatique, car elle défend le principal accusé présent au procès, en l’occurrence Ali Riza Polat jugé pour «complicité d’actes de terrorisme», en l’absence des frères Mohamed et Mehdi Belhoucine (présumés morts en Syrie en combattant dans les rangs de Daech), qui sont poursuivis pour les mêmes chefs d’inculpation, et de la compagne de Coulibaly, Hayat Boumeddiene (en fuite), qui est accusée d’«association de malfaiteurs terroriste» et de «financement du terrorisme».

Il y a, en outre, 9 autres mis en cause soupçonnés de faire partie d’un réseau de soutien logistique au service de Coulibaly, qui sont jugés pour «association de malfaiteurs terroriste criminelle» (Nezar Michaël Pastor Alwatik, Amar Ramdani, Saïd Makhlouf, Mohamed-Amine Fares, Willy Prévost, Metin Karasular, Michel Catino, Abdelaziz Abbad et Miguel Martinez).

Quant à l’accusé Christophe Raumel, proche de Prévost, il n’aurait eu que des liens très infimes avec cette affaire, selon le dossier d’instruction. C’est pourquoi, il est le seul à comparaître libre pour «association de malfaiteurs», sans la qualification «terroriste». Il est simple de constater que tous ceux-là sont concernés quasi-exclusivement par les tueries perpétrées par Coulibaly. Or, dans le volet de l’attentat commis par les frères Kouachi, la justice française n’a pas vraiment remonté leur réseau de soutien, à proprement parler.

Quoiqu’il en soit, au bout de trois jours d’audience, les onze accusés venus à la barre, lors de la présentation de leurs personnalités, ont réfuté les faits qui leur sont reprochés par l’instruction et pour lesquels ils encourent de lourdes peines d’emprisonnement, allant de dix ans à la réclusion criminelle à perpétuité. Ils ont plaidé, pour la plupart, leur ignorance du «projet terroriste» de Coulibaly et ils ont avoué, du moins pour certains, leur implication directe ou indirecte dans des affaires de délinquance (trafic de stupéfiants, braquages, etc.) en lien avec les activités criminelles du terroriste, plusieurs fois condamné auparavant et incarcéré pour ce genre de faits.

L’étape suivante sera consacrée notamment aux premières prises de parole des dizaines de parties civiles (familles et proches des victimes, blessés, associations, etc.), et ce, dans un contexte sanitaire compliqué. En effet, ce procès prévu initialement entre le 4 mai et le 10 juillet, avant qu’il ne soit reporté à cause du coronavirus, se déroule en suspens puisque le moindre soupçon de contamination à la Covid-19 vaudrait dire automatiquement un nouveau report. D’ailleurs, une bonne partie de la journée d’ouverture de l’audience était consacrée à définir les règles à respecter, surtout par rapport au port du masque.

Profitant de son exposition des questions de procédure et rappel des faits jugés par son tribunal, Régis de Jorna, président de la cour d’assises spéciale, a ordonné à ce que tous les présents, y compris les avocats et les inculpés, gardent leurs masques «même lors des prises de parole afin d’éviter un cluster à la barre». Or, les avocats de la défense ont contesté cette décision, indiquant que ces «règles sanitaires sont contraires au droit de la défense» et regrettant de juger des gens dont «on ne voit pas le visage», une préoccupation partagée par certains avocats des parties civiles.

Le lendemain, le juge a finalement accepté que les masques soient ôtés lors des prises de parole.
A noter que la très longue audience sera entièrement filmée. Ce qui est une première en France pour des faits de terrorisme. Alors que cela est généralement interdit dans le pays (loi de 1954), la justice peut l’autoriser exceptionnellement (loi de 1985) à condition qu’une telle démarche «présente un intérêt pour la constitution d’archives historiques». C’est cet argument que le Parquet national antiterroriste avait présenté auprès de la cour d’appel de Paris, qui a alors donné son feu vert. Néanmoins, les enregistrements ne pourront pas être rendus publics et ne seront pas accessibles à la consultation avant 50 ans.

Pour rappel, c’est le deuxième procès autour de l’importante vague d’attaques terroristes islamistes commises en France, après celui ayant jugé en 2017 les complices de Mohammed Merah (Abdelkader Merah et Fettah Malki), qui a commis les attentats de mars 2012 à Toulouse et à Montauban (7 victimes décédées, dont 3 enfants juifs).

Paris
De notre bureau  Samir Ghezlaoui

 

Le procès en chiffres
• 2 groupes terroristes (Al Qaîda et Daech)
• 3 attentats meurtriers
• 17 victimes décédées
• 14 accusés de complicité
• 171 tomes pour le dossier d’instruction
• 200 parties civiles
• 94 avocats (parties civiles et défense)
• 144 témoins à la barre
• 49 jours d’audience filmée

 

 


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