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Akli Tadjer. Ecrivain

«On ne peut pas vivre dans la haine de l’autre»

09 avril 2019 à 10 h 00 min

– C’est votre premier livre vraiment personnel où vous vous livrez avec sincérité. Est-ce un pas facile à franchir pour un romancier ?

L’analyse que j’ai faite avec les enfants m’a forcément renvoyé à moi-même, à mon vécu. Comment la France était lorsque j’étais jeune et ce qu’elle est devenue, dire la transformation de ce pays. Je parle de cette évolution en essayant de comprendre comment on en est arrivés là.

– Et qu’est-ce vous ressentez : un sentiment de peine, de rage ?

J’avais un peu digéré tout ça. Ce qui m’a amené à écrire, c’est le souci d’une introspection un peu sociologique de la France profonde. Comment des jeunes avec des étrangers peuvent devenir plus xénophobes que racistes finalement. Il n’y a pas de notion de supériorité des uns sur les autres. Il y a simplement l’idée de ne pas vivre avec «eux».

– 25 ans après les ANI du Tassili, pouvez-vous dire que vous passez d’«Arabe non identifié» à «Français non identifié» ?

Non, je crois qu’on est «les autres». Ceux qui sont différents. Je ne mets pas de notion de Français ou d’Arabes. Je suis actuellement à Saint-Denis, je vois bien que c’est une autre France. Qui n’a rien à voir avec les endroits où on est xénophobes, parce qu’on ne voit personne d’autre. C’est ça qui est pire pour eux. Je ne fais pas de pleurnicherie. Je ne suis pas allé là-bas pour leur faire la morale, mais pour leur dire si à 17 ans on a des préjugés aussi forts sur les autres, leur vie ne va être que souffrance.

On ne peut pas vivre dans la haine de l’autre. Il faut être positif dans la vie, il faut que tu avances. Tu ne peux pas être sans arrêt dans le récit victimaire. Ils se sentent déclassés, humiliés et moins bien servis que dans les quartiers populaires. D’où cette haine, «ils ne nous aiment pas». Mon constat n’est pas geignard. Ils s’imaginent que la seule solution à leurs problèmes et de rejeter l’autre.

– Vous n’êtes pas tendre face aux comportements de certains immigrés. Est-ce pour mettre la balle au centre face au racisme ordinaire ?

Quand tu fais un travail comme celui-là, tu dois être sincère à 100%, dire tout ce que tu penses, ne pas te contenter d’accabler les uns, car souvent ce qui arrive aux gens, c’est la conséquence du comportement des autres aussi. Deux communautés qui vivent parallèlement et qui se rejettent mutuellement la faute de leurs échecs.

– Ce qui fait peur à présent, est-ce l’Arabe ou le musulman, du fait aussi de dérives islamistes que vous dénoncez ?

La France n’a pas à avoir une vocation communautariste. Bien sûr il y a des communautés, comme les joueurs de boules, ou autres, cela n’est pas grave. Ce sont des affinités qui n’écartent pas des objectifs communs.

S’il faut être cinquante pour un projet d’architectes, cela fait une petite communauté d’architectes, mais ce n’est pas pour autant que cela déstabilise le pays. Le communautarisme, c’est exactement le contraire. On vit dans un pays et on veut rester à la marge et ne pas aller vers les autres. Les communautés qui se créent, je crois que c’est un grand danger, et pour la France et pour les jeunes qui rentrent dans ces communautés.

– En tant que Franco-Algérien, vous sentez-vous rejeté en raison de ce communautarisme ?

Non, en tant qu’individu, je ne sens rien du tout, aucun rejet. Ce sont plutôt des risettes du matin au soir parce que je fais un job privilégié. C’est pour ça que j’ai accepté d’aller voir les lycéens. Moi, personnellement, il ne m’arrive jamais rien. J’ai plutôt des gens accueillants qui m’invitent à un tas de choses, donc je ne peux pas dire que je souffre de racisme. C’est pour ça que je suis allé voir les jeunes. Je voulais comprendre comment à 17 ans, tu peux être aussi triste au fond de toi. Leur idée : si je ne m’en sors pas, alors je vais accuser l’autre.

– Vous écrivez clairement que la France n’est pas raciste. Pouvez-vous en dire plus ?

Ce n’est pas la France qui est raciste, mais il y a du racisme. Le racisme est la connerie la mieux partagée au monde. Les gens qui ont subi le racisme vont être racistes à leur tour comme si aucune leçon ne servait. Comme les enfants qui ont été frappés lorsqu’ils étaient bambins et qui se mettent à frapper leurs enfants comme si rien ne servait à rien. Que les gens victimes d’antisémitisme le deviennent à leur tour.

Et des Algériens dont le peuple a souffert du racisme dans la France coloniale et qui se comportent de la même façon avec une jeune fille noire élue Miss. C’est dans ce sens large que c’est un combat qui m’intéresse, peut-être sur le tard, mais je trouve que c’est un combat qui ne se s’arrête jamais. Il y a toujours quelqu’un qui s’en prend à une personne différente parce qu’il n’arrive pas à solutionner ses problèmes. Il trouve un bouc émissaire.

C’est vieux comme le monde. Je n’ai même pas de haine contre eux. Ce sont des mesquines, tu n’as pas envie de les accabler. Dans le lycée, ce qui est tout de même étonnant, c’est que tu peux les retourner facilement. Quand ils parlent de l’équipe de France, ils sont exaltés. Cela ne les gêne pas que les joueurs ne soient pas tous des Français de souche. Dès qu’on les place devant leurs contradictions, ils sont perdus.

– Est-ce que ce déni qui vous a touché serait le fruit d’une certaine forme de xénophobie tolérée par les médias avec certaines figures comme celle d’Eric Zemmour ?

C’est sûr. Il donne le «la» des thèmes sociétaux à aborder et ils s’engouffrent tous derrière. Il sert de loupe. Comme il avance avec ses gros sabots, des trucs énormes, cela devient un sujet de conversation. Il a compris comment ça marche. Comme quand il fait de la vulgarisation dans son livre sur l’Histoire de France. Cela n’intéresse personne. Mais il savait que c’est en parlant des prénoms qu’il allait faire mouche. Le jeu des médias est troublant. 

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