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Akli Mellouli. Secrétaire général de la gauche arc-en-ciel

«Nous voulons sortir des logiques partisanes pour construire une alternative crédible»

13 novembre 2018 à 10 h 29 min

La gauche arc-en-ciel dont vous êtes secrétaire général, est-ce un nouveau parti politique ?

Absolument pas, la gauche arc-en-ciel est le rassemblement de toutes les nuances de gauche, de toutes celles et ceux qui là où ils se trouvent, dans la forme qui est la leur, une association, un club, une maison de la culture, une fédération, un syndicat, un mouvement, un groupe engagé, un parti, créent et inventent des idées, afin de remettre la société en mouvement, pour que le monde progresse, en harmonie et en respect des valeurs humanistes.

La gauche arc-en-ciel c’est l’affirmation d’une autre pratique, d’une autre culture. Nous croyons qu’aucun gouvernement, dans aucun domaine, ne peut seul, grâce à sa seule expertise, réussir. Il lui faut être sensible. Il lui faut être juste. Il lui faut être utile.

Qu’est-ce qui a motivé sa création ?

Lors du congrès du PS autour du texte d’orientation que portait Luc Carvounas qui préside ce mouvement, nous faisions déjà le constat qu’il fallait s’ouvrir à l’ensemble de la gauche, aux forces vives de notre pays.

D’ailleurs, l’un des slogans était «Libre et libéré» pour rompre avec nos vieilles pratiques. Nous souhaitions déjà parler à la gauche et à toutes celles et ceux qui luttent pour la justice sociale et la dignité humaine.

Nous voulions sortir de l’entre-soi, ouvrir les portes et les fenêtres. Sans quitter nos partis respectifs, car ils restent des lieux de décision, mais plutôt créer un autre lieu où l’ensemble des acteurs de gauche pourrait dialoguer et refonder notre corpus idéologique, voire élaborer un contrat social pour le pays.

En quoi ce nouveau mouvement se distingue-t-il des autres partis politiques, plus particulièrement du PS, dont vous-même et la plupart de ses animateurs et adhérents sont issus ?

Il ne s’agit pas de se distinguer, car nous ne sommes pas dans une démarche de concurrence avec qui que ce soit. A contrario, nous voulons encourager toutes les forces de gauche à coopérer dans nos diversités, mais dans l’unité. Unité ne veut pas dire uniformité.

Il faut aussi que le Parti socialiste retrouve sa capacité à rassembler sur une sorte de front commun de l’innovation et de l’utilité. Il faut des idées qui réunissent et entraînent la société en mouvement, donc il faut un parti inventeur, innovant. Arc-en-ciel se veut un mouvement ancré dans les territoires, car demain, nous devrons expérimenter avant de mettre en œuvre.

Il nous faut donc un mouvement connecté aux associations, aux organismes socioprofessionnels, aux syndicats, aux associations du cadre de vie, car nous avons à recueillir l’avis de tous afin de construire des politiques de territoire au plus proche des préoccupations des citoyens.

Quelle est sa plus-value ? Comment comptez-vous mobiliser les déçus de la gauche ?

Notre plus-value est que nous nous voulons une plateforme participative ouverte à tous, et cela n’est possible que si la sphère gouvernementale rencontre la pratique de ceux qui expérimentent au quotidien, ce n’est possible que si les gens reconnaissent que quelque chose est bon pour eux.

Le gage d’une future réussite, d’une future participation au pouvoir, c’est la gauche arc-en- ciel, c’est cette liaison et cette promesse d’aller et retour entre tout pouvoir et la société, c’est cette liaison dialectique et d’action. Nous lançons une idée politique.

C’est difficile. Mais comme disait Jaurès, «là où il y a une volonté il y a un chemin». Ceci ne se décrète pas. Ceci s’expérimente, se teste, s’éprouve, s’explique, et se doit d’être défendu, mais on défendra d’autant plus que l’on sait qu’on aura été une partie de la solution.

Il faut rendre les gens acteurs de leur quotidien. Mais ce ne sera pas facile tant le désaveu des partis est fort dans le pays. Voilà pourquoi nous voulons sortir des logiques partisanes pour construire une alternative crédible.

Et comme je l’énonçais plus haut, il faut sortir de l’entre-soi pour dialoguer avec des gens qui ne pensent pas identiquement comme nous, mais qui peuvent nous enrichir et apporter leur pierre à l’édifice !

Nous devons ré-interroger tous nos logiciels pour construire la gauche du XXIe siècle, ferme sur ses valeurs et ouverte sur le monde.

Quelle est votre approche sur les questions qui clivent la société et la classe françaises, pour ne citer que l’immigration, le radicalisme, l’égalité des chances, les banlieues, la diversité, le vivre-ensemble, questions sur lesquelles les socialistes ne sont pas très audibles et qui étaient au cœur de leurs valeurs républicaines ?

Luc Carvounas, comme moi, sommes issus de l’immigration, de la classe ouvrière et avons grandi dans un quartier populaire. Notre vécu, comme celui de nombreux militants de notre mouvement, éprouve une sensibilité singulière liée à notre histoire et à notre parcours.

La gauche arc-en-ciel c’est également la diversité des visages qui font la France du XXIe siècle. La gauche arc-en-ciel veut justement changer de paradigme sur ces questions de société, comme elle l’a fait à Marseille lors de sa création, en consacrant les deux premières tables rondes aux territoires et à la question des migrants avec France terre d’asile, Médecins sans frontières et Médecins du monde, pour comprendre et faire prendre conscience du contexte et de ces enjeux. Oui, il faut le reconnaître humblement, nous n’avons jamais mis en place de véritables politiques d’accueil depuis 30 ans.

Nous ne pouvons plus accepter la «lepenisation» des esprits, le populisme et le repli sur soi. De la même façon, nous ne devons plus accepter la stigmatisation d’une partie de la population française en raison de ses origines, de son appartenance religieuse, etc.

Il est vrai aussi que nous avons déçu et même failli, car une fois au pouvoir, nous n’avons pas été au rendez-vous, notamment avec les classes populaires qui peinent à finir les fins de mois.

La gauche a prouvé par son histoire qu’elle a généré le progrès social (Sécurité sociale, le tiers-payant, la gestion du temps de travail, etc.), mais souvent elle a failli dans sa politique de coconstruction, de dialogue citoyen.

Cela a été le principal échec du mandat de François Hollande. Le défi qui nous est posé, c’est l’exercice du pouvoir. On ne reviendra au pouvoir que si les Français pensent qu’on peut gouverner. Autrement, ils iront de mauvaises expériences en mauvaises expériences, voire finir dans les bras des populistes et des fascistes.

Voilà le véritable enjeu pour la gauche arc-en-ciel. En ce sens, il faut construire avec eux un programme de gouvernance. Ensuite, il faut qu’ils soient impliqués activement sur le terrain afin que les choses soient expliquées. Aujourd’hui, la parole gouvernementale ne saurait suffire.

Enfin, il faut d’abord tester le concept dans un territoire donné, et, en conséquence, tirer des conclusions avec les acteurs de terrain, puis généraliser à tout le territoire national. En somme, c’est l’esprit de la gauche arc-en-ciel. C’est pourquoi, nous souhaitons redonner un réel sens à la création d’une plateforme politique.

De même, sur les questions de citoyenneté, assumons clairement que la France a besoin de tous ses enfants, sans distinction aucune, pour se construire. Et aussi, nous devons ne pas oublier le rôle des diasporas pour construire des passerelles entre les rives,

Que préconisez-vous pour ce faire ?

Nous proposons de faire de la Méditerranée un espace de partage et d’échange pour initier une grande rencontre entre le Nord et le Sud, avec les personnes politiques, mais aussi les syndicats, les ONG, les associations, pour débattre de la sécurité, des migrants, de la coopération multilatérale.

Pourquoi pas une plateforme d’échanges pour la Méditerranée, comme nous le formulons pour la gauche en France. Pourquoi ne pas se saisir de la crise climatique, sociale, politique et économique qui provoque un exil massif des populations pour construire ce projet de développement mutuel entre les deux continents. L’Algérie, le Maghreb et l’Afrique bien sûr seront des acteurs essentiels de ce projet.

 

 

 

BIO EXPRESS :

Proche du PSU de Michel Rocard, Akli Mellouli s’est très tôt engagé contre les injustices sociales et pour l’égalité. Cet enfant d’immigrés algériens a débuté sa carrière comme éducateur spécialisé. Il rejoint en 1988 le Parti socialiste, où il a occupé de nombreuses responsabilités départementales et nationales.

Depuis 2001, il est élu maire-adjoint et président du groupe socialiste à Bonneuil-sur-Marne. Il est l’un des fondateurs, au début des années 2000, du think thank Prairial 21, qui luttait pour la reconnaissance de la diversité au sein des partis politiques.

Il a été aussi pendant 8 ans conseiller auprès du président de la région Ile-de-France, J.-P. Huchon.
Militant syndical et associatif, il est aussi fondateur de l’Espace franco-algérien.

 

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