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Nora Hamdi. Écrivaine, cinéaste : «L’indépendance a été acquise aussi grâce aux femmes»

15 septembre 2020 à 10 h 42 min

-Que souhaitez-vous rendre comme image de la guerre d’Algérie à travers ce film La maquisarde, inspiré par votre roman du même titre ?

Je souhaite rappeler l’implication des femmes dans la guerre algérienne de Libération, montrer les femmes populaires, paysannes, citadines, de tous milieux, affirmer leur présence. Elles se sont battues comme les hommes, mais n’ont pas eu la lumière sur elles, je souhaite rappeler via ce film qu’elles existent dans chaque famille algérienne et que pour beaucoup, elles sont mortes dans l’oubli.

-La résidence d’écriture en Algérie avec l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC) a-t-elle été importante dans la préparation de votre film ?

Elle a été nécessaire, elle m’a permis d’accéder à certaines archives en Algérie et de retourner dans le camp de concentration où j’étais allée une première fois en faisant le livre. Et puis, c’était agréable d’écrire dans cette belle demeure où Albert Camus, entre autres, était aussi venu écrire à l’époque.

-Votre roman La maquisarde est dense et haletant, votre film suit par contre un rythme plus lent et plus concentré. Comment avez-vous procédé pour tirer un fil cinématographique ?

Pour des questions de budget, j’ai repensé le film en prenant la partie du livre sur l’enfermement des femmes, cela était intéressant de me concentrer sur le huis clos, et sur la psychologie des femmes dans l’emprisonnement après qu’elles aient été très actives dans la lutte, cela permettait de montrer leur force, leur idéologie, leurs espoirs après la guerre et le lien entre elles face à la mort.

-Comment avez-vous organisé le casting et choisi les acteurs qui incarnent les personnages ? Sont-ils tous des comédiens ?

J’ai lancé le casting sur internet, sur les réseaux, je ne suis pas allée voir les agents car le film est sans budget, donc pas financé. Les acteurs sont tous inconnus, débutants, certains n’avaient jamais fait de cinéma, j’ai fait beaucoup de répétitions. Pour les personnages principaux qui incarnent la partie algérienne, j’ai dû prendre un coach pour la langue kabyle, car ils ne parlaient pas la langue de leurs origines. J’ai tout fait pour leur donner leur chance, comme avec l’équipe technique où beaucoup débutaient aussi.

-Votre livre nous amène à réfléchir sur l’engagement des femmes dans la lutte de Libération nationale. Qu’est-ce que vous film apporte de plus, et qu’est-ce que vous avez voulu montrer en le tournant ?

Le film apporte une manière de repenser la position de la femme, de son statut, de l’égalité homme/femme face au même combat, de son courage. Et surtout de rappeler que les femmes méritent d’être indépendantes au même titre que le pays, une indépendance acquise aussi grâce à elles.

-Comment avez-vous choisi les images d’archives que vous avez insérées dans votre film pour illustrer l’enfermement des femmes ?

J’avais gardé en tête le témoignage de ma mère qui me parlait de toutes les femmes avec qui elle était enfermée dans le camp, où elles étaient une trentaine par lotissement parfois sans sortir et manger pendant trois jours, et les rondes dans le camp, ma mère n’avait plus revu ces femmes et se questionnait là-dessus en me livrant ses souvenirs. En y repensant, et en découvrant par la suite le camp où ma mère avait été séquestrée, il me semblait indispensable de le mettre dans le film pour la véracité de l’histoire.

-Vous avez produit vous-même le film. Est-ce à dire qu’aujourd’hui les producteurs sont frileux pour ce type de scénario à charge contre la violence militaire coloniale ?

En effet, j’ai produit le film car, c’est vrai, les producteurs étaient frileux, sauf un que j’avais au début, qui m’a soutenu en présentant le film au Centre national de la cinématographie (CNC) mais qui a été refusé sans vraiment me donner d’explication (on m’a dit qu’il y avait trop de concurrence). Bref, on n’a rien compris. Puis, ce producteur ne pouvait pas continuer car il n’est plus de ce monde, paix à son âme. C’est ensuite, en voyant un documentaire sur le cinéaste John Cassavetes qui racontait comment au début il faisait ses films indépendants mais sans budget qui m’a inspirée en me demandant si c’était possible à notre époque. J’ai essayé, et même si c’était compliqué, je l’ai fait. Mais ce film aborde la guerre d’Algérie comme fait historique et non comme tabou.

-Justement, quelle est la vie de ce type de film ?

J’espère que pour la jeune génération, elle va rappeler leur passé, celui de leurs anciens, et comprendre que s’ils sont libres et vivent en paix aujourd’hui, c’est grâce à eux. Cela aide à ne pas oublier le passé, qui construit le futur. La mémoire rend plus fort, savoir d’où on vient permet d’être solide.

-Dans quels festivals le film a-t-il été présenté ? Où sera-t-il vu ? Après la Covid, y aura-t-il une possibilité qu’il soit projeté en Algérie ?

Les premiers festivals où le film a été présenté se déroulaient en Algérie, à Béjaïa et Saïda, puis en France et en Tunisie.
J’ai fait presqu’une dizaine de lieux sans compter ceux que je vais faire, entre autres en Corse prochainement où je ferai une tournée en octobre. Le film devait initialement sortir le 25 mars, mais avec la Covid, il a été reporté pour le 16 septembre.

Propos recueillis par  Walid Mebarek



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