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samedi, 17 novembre, 2018
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Festival des Suds à Arles

Musique d’exil et de retrouvailles

10 juillet 2018 à 4 h 04 min

L’été convient bien à la fête. A Arles, cela fait 23 ans qu’on a compris que cette région est trempée d’exil et de retrouvailles, d’eau douce et de mer mélangées, de soleil brûlant et d’ombre protectrice. Les âmes savent se reconnaître dans ce qui est latent au plus profond de chacun.

Cet étroit passage transite par les musiques et surtout par la connaissance les uns des autres.

Cette année encore, le 23e Festival des Suds se construit pendant une semaine jusqu’au 15 juillet sur plusieurs séquences qui font qu’on est heureux d’être présents, à deux pas de la Camargue et de la mer, au bord du Rhône, sillon fertile des mouvements du sud vers le nord et vice versa.

En miroir de la rive algérienne de la grande bleue, les Romains ont trouvé un terrain propice pour y développer une civilisation dont les traces s’imposent encore. Du même type que celles de Nîmes et d’Orange, distantes de quelques dizaines de kilomètres, deux autres grandes capitales augustes léguées par Rome. Leur docte civilisation reste un marqueur du temps. Ce n’est pas pour rien qu’on est ici au cœur de monuments classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

Toute la journée, sur les places populaires, des groupes rivalisent d’ardeur à faire taire les cigales, sans y parvenir, sauf lorsque la fraîcheur venue, les insectes laissent le théâtre antique aux grands vedettes de la soirée. Avec comme première star, ce mardi soir, Angélique Kidjo.

«Les cicatrices sont autant de mémoires sensibles»

Le programme festif emprunte à la réalité du monde. Ce que rappelle Marie José Justamond, directrice du festival dans un édito remarquable: «Dans un lointain passé ou plus récemment, les bouleversements géopolitiques ont creusé de profonds sillons, et ces cicatrices sont autant de mémoires sensibles encore vibrantes aujourd’hui, pour qui veut les entendre, dans la musique que fait notre monde.»

Voilà qui résume les intentions de cette année, comme des précédentes. On applaudira à partir d’aujourd’hui : Gilberto Gil e Amigos, Angélique Kidjo, Roberto Fonseca, Tony Gatlif / Djam live, Alba Molina, Trio Joubran, Lucibela, Jasser Haj Youssef & Piers Faccini, Xylouris White, Love I Obey / Rosemary Standley, Tshegue, Altin Gün, 47Soul, Yom & The Wonder Rabbis, Cannibale. Marie José Justamond s’en explique :

«Nous explorons ces mémoires, chacune liée à une migration forcée, un exil dont on peut lire l’histoire dans la musique que les hommes et les femmes qui en ont hérité jouent, maintenant.

La traite négrière transatlantique, du Cap-Vert au Brésil, engendra aussi le métissage de la musique des colons portugais avec les rythmes percussifs d’Afrique noire : héraut des musiques populaires brésiliennes, Gilberto Gil s’entoure de sa tribu musicale pour une relecture des 40 ans de son mythique album Refavela, Lucibela…

A Cuba, l’hybridation se fera avec la guitare espagnole ou le piano apporté par les Français qui fuient la révolution haïtienne à la fin du XVIIIe siècle : avec Abuc, le prodigieux pianiste Roberto Fonseca propose un voyage dans l’histoire musicale de son île.

Coup de cœur à la Palestine

Du continent d’origine, du Bénin, la plus internationale des voix africaines, Angélique Kidjo, artiste libre et femme engagée, offre un florilège de ses plus beaux titres le temps d’un set intimiste».

Le festival reste aussi en Europe, avec l’inclassable Tony Gatlif. «En Europe, la Grande catastrophe de 1922 a expulsé Grecs et Turcs de leurs pays: échangés, déplacés et, avec eux, toute une culture germée dans les bas-fonds d’Athènes et les cafés Aman des ports d’Asie Mineure, le rebetiko ! Tony Gatlif en a fait un film, Djam.

Les musiciens de la B. O., dont l’incandescente Daphné Patakia, crèvent l’écran et montent sur scène chanter leurs racines nourricières communes», explique M-J. Justamond.
Enfin, le coup de cœur de cette édition sera la Palestine et particulièrement le dixième anniversaire de la mort du poète Mahmoud Darviche. Mme Justamond en parle : «Les tout derniers événements dramatiques à Gaza en disent long sur cet épicentre des tensions internationales.

Les cordes délicates des frères oudistes du trio Joubran accompagnaient ici-même, il y a 10 ans, le grand poète Mahmoud Darwich dans une ode à la langue-terre natale.

D’Orient encore, c’est sous la direction du prestigieux flûtiste syrien Moslem Rahal que le projet Orpheus XXI de Jordi Savall fait à nouveau escale aux Suds.»

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