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mardi, 26 janvier, 2021
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Lise Benoist. Membre du collectif Zelkin : «Rassembler les luttes climatiques et antifascistes»

10 novembre 2020 à 10 h 21 min

-En quoi l’objet d’étude de Zetkin Collective est-il novateur ?

L’objet d’étude de notre Collectif est l’intersection de deux tendances actuellement à l’œuvre : l’accentuation de la crise écologique et climatique, d’une part, et la montée de l’extrême droite, d’autre part. On pourrait penser que ces deux tendances existent indépendamment l’une de l’autre, mais il n’en est rien : l’extrême droite est liée à la thématique climatique, notamment par le biais de la promotion des énergies fossiles et les conséquences qui en découlent. Le Collectif Zetkin est novateur tout d’abord par sa composition : l’objectif était de rapprocher universitaires et activistes afin de produire une recherche militante de qualité.

Converger pour mettre en lumière la nécessité de rassembler les luttes climatiques et antifascistes dans le combat (idéologique) quotidien contre l’extrême droite. Les travaux sur l’écologie politique de cette famille politique sont rares, surtout au vu la poussée proéminente actuelle de l’extrême droite et de ses concepts-clés, aussi bien sur le plan parlementaire qu’extra-parlementaire.

-Comment un collectif aussi fructueux a-t-il pu se mettre en place ?

Le Collectif s’est mis en place pendant l’été caniculaire de 2018, à partir de la constatation absurde d’un dérèglement climatique toujours plus accru, parallèle à la popularité grandissante des partis d’extrême droite niant tout bonnement le phénomène est ses causes. Nos atouts sont une approche critique de l’écologie comme du capitalisme néolibéral, combinée au caractère international de notre groupe ; nos différentes nationalités et langues ont permis l’étude de données d’un grand nombre de pays afin d’avoir une vue d’ensemble qui reste néanmoins limitée étant donné la démographie majoritairement «pays du Nord» du Collectif.

-Le concept de «Fascisme fossile» a été choisi comme titre de votre ouvrage où on parle aussi de ‘‘capitalisme fossile’’. Pourquoi ?

La possibilité d’un fascisme fossile est celle d’un scénario anti-climatique de fascisation des sociétés où s’installerait un régime autoritaire ne jurant que par les énergies fossiles. Alors que Jean-Baptiste Fressoz avait déjà utilisé le terme de ‘‘carbo-fascisme’’ pour caractériser les gouvernements de Trump et de Bolsonaro notamment, nous étendons la géographie de ce constat et développons le concept plus large de fascisme fossile.

De plus, ce constat-scénario est une projection qui part de la réalité actuelle des sociétés capitalistes avancées où le capitalisme tardif engendre crise sur crise et peine à trouver de nouvelles frontières. L’extrême droite redonne un bon coup pouce au capitalisme fossile, dépendant des énergies fossiles par définition, en rupture totale avec la réalité de l’effondrement climatique. Ainsi, le fascisme fossile est un scénario qui permettrait au capitalisme (fossile) de poursuivre son business-as-usual.

Pourrait-on en conclure que plus que toute autre tendance politique, l’extrême droite est le chien de garde du capitalisme pollueur  ?

Oui, même si elle est loin d’être seule dans la compétition de l’hypocrisie climatique, on pourrait argumenter que tout gouvernement qui ne remet pas en cause les fondamentaux du capitalisme, en faisant même la promotion du ‘‘capitalisme vert’’, soit un green washing par excellence, entretient aussi la dynamique destructrice en cours. Et est même complice de la possibilité croissante d’un scénario de fascisme fossile. Néanmoins, pour les raisons explicitées tout au long du livre, l’extrême droite occupe une place privilégiée dans l’exploitation des ressources naturelles.

-Comment se mixent dans les thèses d’extrême-droite xénophobie, racisme anti-immigration et refus des actions anti-écologistes ? En quoi le négativisme écologique ou climatique se nourrit de la haine raciste ?

La réponse peut être tournée dans les deux sens : les thèses d’extrême droite racistes et xénophobes nourrissent l’inaction climatique et l’action climatique, et ce, car ces thèses sont les conditions préalables, bases mêmes des conceptions de l’écologie chez l’extrême droite. Je m’explique : dans le cas de l’AfD en Allemagne ou aux Etats-Unis de Trump par exemple, le climato-négationnisme est motivé par la prédominance de l’opposition à l’immigration, seule «menace» réelle qui mérite d’être combattue.

De plus, le climato-négationnisme permet de fermer les yeux sur les injustices environnementales et les hiérarchies à caractère racial engendrées par le capitalisme fossile depuis ses débuts historiques. Par conséquent, il permet aux dirigeants qui s’en réclament ou qui l’incarnent de continuer à bénéficier de ces dynamiques oppressives qui se déploient de l’extraction à la consommation et aux répercussions des énergies fossiles. Si l’on prend l’exemple de la France, où le déni climatique est passé de mode depuis les premiers pas «écologiques» du Rassemblement National, alors Front National, en 2014, avec la création du Collectif Nouvelle Ecologie, le racisme endémique du parti vient à l’inverse nourrir un «nationalisme vert».

L’objectif est de rassembler «la nation» au travers du message associant la protection du territoire à celle de l’identité. Bien entendu, «nation» est ici synonyme de personnes blanches, culturellement issues de l’héritage judéo-chrétien européen, et donc sans intention «d’islamiser» la France. Le ‘‘localisme’’ promu par le Monsieur Écologie du RN, Hervé Juvin, est intrinsèquement lié à une vision identitaire de l’écologie, en ligne avec la nécessité selon lui de ‘‘défendre son biotope contre les espèces invasives’’.

-En quoi l’extrême droite française a-t-elle été un moteur de la jonction de la notion de refus de l’écologie avec celui de l’immigration ?

Que ce «nationalisme vert» éclose en France n’est pas une surprise mais le simple reflet de la lutte métapolitique engagée depuis la fin des années 1960 par la Nouvelle Droite. La métapolitique est le choix d’un combat culturel extra-parlementaire, une bataille idéologique qui permet la normalisation des idées d’extrême droite dans le débat public. Depuis la fin des années 1990, ce pan de l’extrême droite française revendique une écologie de droite, antimondialiste, qui n’hésite pas à se réclamer de la décroissance (Alain de Benoist en particulier).

Cette écologie est basée sur le concept fondamental de l’ethno-différentialisme (ou ethno-pluralisme), qui essentialise les peuples et leur identité. Sous couvert de promotion de la diversité des peuples, ce concept implique une opposition catégorique au mélange, qui causerait inévitablement la perte de ces différences.

Ainsi, l’écologie dans sa version considérée comme «mondialiste», consœur de la promotion de l’immigration, est une menace homogénéisatrice. C’est donc pour cela qu’a émergé une «écologie anti-gauche» identitaire qui ne jure que par «l’enracinement» et le «localisme».

Ceci climat est bien entendu nourri par la thèse du ‘‘grand remplacement’’, qui renvoie à un prétendu phénomène de substitution ethnique et culturelle de la population européenne blanche par des peuples non-blancs et musulmans de surcroît – théorie longuement développée par Renaud Camus.

Pour cette écologie d’extrême droite, combattre l’immigration est considéré comme un acte écologique, dans la mesure où il faut pouvoir contrôler son territoire pour en prendre soin.

 

Propos recueillis par  Walid Mebarek


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