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Des hommages unanimes à Khaled Melhaa, enterré jeudi au cimetière de Montmartre : «L’indépendance et la liberté, dans ma tête, c’est le même mot»

05 octobre 2019 à 9 h 00 min

Les hommages ont convergé pour évoquer le militant politique, l’humaniste, le journaliste exigeant, l’homme généreux pour qui «l’Algérie est le pays de toujours, la France le pays de tous les jours», Khaled Melhaa, inhumé jeudi au cimetière de Montmartre à Paris.

Avant d’être enterré au cimetière parisien de Montmartre, le défunt Khaled Melhaa a réuni autour de son cercueil au funérarium de Père Lachaise, pour lui rendre hommage, parents et proches, amis, collègues, camarades politiques, tous ceux qui ont accompagné ou croisé son chemin au fil des années, et ils étaient très nombreux.

Parmi ceux qui ont pris la parole, sa proche parentèle, l’historien Benjamin Stora, son plus proche ami de 40 ans, Nacer Kettane avec lequel il a fondé la radio Beur FM et milité pour l’égalité des droits civiques et la citoyenneté pleine et entière de ceux qu’on appelait dans les années 70-80′ «les enfants de l’immigration», dont ils étaient l’un et l’autre. Il y avait aussi Omar Belhouchet, ex-directeur d’El Watan, venu d’Alger, dont Khaled Melhaa a été le premier correspondant à Paris, et ce, dès la fondation du journal en automne 1990 jusqu’en 1995.

Jean-Charles Eleb et Laurent Sablic, dirigeants de l’agence de communication pour laquelle Khaled Melhaa a travaillé pendant 25 ans. Tous se sont accordés à décrire un homme «complexe», «généreux», un militant de l’égalité des droits civiques, de la justice, aux colères tonitruantes qui se terminaient par de grands éclats de rire.

Les prises de parole étaient entrecoupées de morceaux de musique, pour commencer Ya ben sidi, de cheikh Hamada, dont le défunt descendait, Saint-Agnes and the burning train, de Sting, Ya Rayah, par le défunt Rachid Taha, Sweet Fanta Diallo, d’Alpha Blondy, Blowin’in the wind, de Bob Dylan et You can’t always get what you want, des Rolling Stones.

«L’Algérie est mon pays de toujours, la France mon pays de tous les jours»

«L’indépendance et la liberté. Dans ma tête, c’est le même mot», aimait-il dire. Tout comme l’a rappelé son épouse, Line, Khaled affirmait : «L’Algérie est mon pays de toujours, la France mon pays de tous les jours.»

Benjamin Stora qui, le premier a alerté journalistes, amis, autorités et gendarmerie de la disparition de son ami, s’est montré un soutien précieux pour les proches de Khaled.

Dans un texte publié dans la presse, l’historien retrace le parcours militant dans des partis et organisations d’extrême gauche puis socialiste, citoyen et professionnel de Khaled Melhaa. Jeudi, au Père Lachaise, il a évoqué un «personnage hors normes», «peut-être excessif», «outrancier», mais «un cœur d’or».

Toute sa vie, il a été «un homme en empathie», portant «les idéaux d’égalité et d’antiracisme», a dit Benjamin Stora, avant d’ajouter : «J’ai connu Khaled en 1979, on ne s’est plus quittés.» «Khaled m’a accompagné dans cette nuit que j’ai traversée, dans la maladie et la mort de ma fille Cécile. Amel sa fille était l’amie de Cécile».

Benjamin Stora rappelle que Khaled était là à son réveil à l’hôpital de sa première crise cardiaque. «On pouvait ne pas le voir des semaines, il était là, toujours présent.» «Ce personnage nous habitera» parce qu’«il est synonyme de combats et d’engagements». Et en aparté, ce fidèle ami et compagnon nous dira, tout ému : «La mort de Khaled me touche profondément. Il connaissait mes parents, surtout ma maman avec qui il venait chez moi parler en arabe. C’est un pan de ma vie qui a disparu.»

La gratitude d’El Watan

Nacer Kettane, directeur de Beur FM, a lui aussi côtoyé Khaled Melhaa, son «frère d’armes des jours heureux et malheureux», dans la marche pour l’égalité de 1983, dans la lutte contre le racisme, pour l’élargissement des droits des immigrés maghrébins, dans la création de Radio Beur, devenue plus tard Beur FM, de l’association «Au nom de la mémoire» avec Mehdi Lallaoui et Samia Messaoudi. «Ses engagements inspirent le respect», «c’est un fouineur invétéré», dans son enquête sur l’assassinat du jeune étudiant Malek Oussekine, dans ses documentaires.

«Avec les amis d’El Watan, on a organisé dans les années 90′ des meetings de solidarité avec les démocrates algériens, des manifestations pour le 17 Octobre 1961. Khaled Melhaa est le digne descendant de nos pères et aïeux qui ont construit les Trente Glorieuses, il fait partie de ces architectes de la conquête de nouveaux droits aux enfants d’immigrés.» Khaled, tu es notre histoire.

Omar Belhouchet, ex-directeur d’El Watan, dira que «la rencontre avec Khaled Melhaa était fortuite». Mais «de cette rencontre fortuite est née une relation exceptionnelle. A la création d’El Watan, on cherchait un correspondant à Paris». «Il est venu avec son expérience de secrétaire de rédaction au Monde.

Plus que dans le graphisme, il a joué un rôle considérable dans l’organisation du travail. Il nous a beaucoup aidés à asseoir El Watan en France et en Europe.» «Et là où on a le plus découvert sa générosité, c’est lorsque les choses ont basculé en Algérie en 1992-93 quand les journalistes commençaient à être assassinésprès de 90.

Beaucoup de journalistes ont quitté le pays. Khaled, ici, a été remarquable, il a reçu des journalistes, en a hébergés, a aidé d’autres à trouver un endroit où se poser, à obtenir des piges de journaux qu’il a démarchés. Et pas seulement des journalistes d’El Watan. Ce qu’il a fait en 1992-93 relève d’un humanisme profond. C’est quelque chose d’inoubliable pour nous. J’aimerais dire à ses enfants, à son épouse, toute la gratitude d’El Watan, merci pour ce qu’il a fait, merci pour sa générosité.»

Jean-Charles Eleb et Laurent Sablic, codirigeants d’une agence de communication, ont aussi évoqué leur collègue de 25 ans. «Sa colère, très souvent, était une colère saine», a souligné Jean-Charles Eleb, ajoutant : «Khaled, c’était une véritable entreprise de service», «un amoureux de l’Algérie et d’une certaine France».

«Khaled le collectif, le généreux, nous l’aimions comme il était.» Laurent Sablic dira : «Khaled était le pilier des enquêtes de notre agence.» Il était d’«une obstination et d’un courage à toute épreuve». «C’était aussi l’élégance pour déjouer les préjugés de la représentation. Il était déçu mais la révolution restait son horizon.»

«Tu m’as accompagnée pendant vingt ans, tu m’as aidée à reconstituer le fil de mon histoire», dira Line, son épouse dans un texte lu par une proche. «Tu as découvert que j’avais les mêmes origines que toi. Tu étais un humaniste, un internationaliste, un militant qui savait exprimer ses opinions.»

Khaled Melhaa est né le 25 janvier 1955 à Mostaganem, il n’avait pas un an lorsqu’il est arrivé en France avec ses parents, à Saint-Dié-des-Vosges où il a grandi dans une fratrie de neuf enfants.

Son corps a été retrouvé dans l’Isère après cinq semaines de disparition.


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