Les snippers de l’écriture de Aziz Chouaki | El Watan
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Festival de théâtre off d’Avignon

Les snippers de l’écriture de Aziz Chouaki

16 juillet 2019 à 9 h 00 min

Le théâtre du Chêne noir a consacré une scène à l’hommage de comédiens, amis du défunt auteur et dramaturge Aziz Chouaki.

D’emblée, Yasmine Chouaki a remercié la «générosité» des gérants de l’établissement, Gérard Gelas et son fils, Julien Gelas, pour leur accueil qui ne se voulait pas seulement un moment de recueillement, mais plutôt deux heures où les textes résonnaient dans ce festival de théâtre où la parole de l’homme de plume avait nombre d’émules ces dernières années.

Dans le silence du Chêne noir, la veuve de Aziz Chouaki eut des mots délicats, les yeux embués de larmes, pour rappeler la mémoire de Aziz Chouaki, avant de laisser la place aux comédiens : «Je voudrais remercier la présence aussi sincère que discrète de l’éditrice. C’est elle qui a eu la belle intuition, tout de suite après la disparition de Aziz, de penser à cet hommage. Evidemment, je vous remercie, vous dont je devine les visages derrière les projecteurs qui m’empêchent de vous voir, je salue votre présence en tant que comédiens. C’est magnifique (NDLR, moment d’émotion et grand silence)… Vous les comédiens, vous êtes les snippers de son écriture.

Je sais qu’il a eu des relations fortes et passionnées avec beaucoup d’entre vous. Aziz était un conteur extraordinaire d’histoires – on a ri tellement, depuis cette Algérie totalement déglinguée qu’on a rencontrée et vécue ensemble. Ce fut un conteur d’histoires terrifiantes, parce que c’était un réel terrifiant qu’il restituait, mais il le faisait déjà avec ce rire radical et humaniste.

A l’intérieur de ce conteur qu’il était, il y avait une voix de comédien en lui et je suis certaine qu’il est légitime que cet hommage soit porté par vous les comédiens et que votre bouquet de comédiens prenne en charge l’écriture de Aziz. On se retrouve orphelins et, en même temps, ce n’est pas vrai, Aziz laisse son héritage qui est entre de bonnes mains.»

C’est sa maison d’édition, Les Cygnes, qui est à l’initiative de ce moment de retrouvailles avec l’auteur. Dramaturge, romancier, nouvelliste et poète, mais aussi guitariste et rockeur, Aziz Chouaki, fils et petit-fils d’instituteurs en Algérie, a renouvelé l’écriture littéraire en imprégnant l’écrit de la saveur et du chaos de la langue parlée. Fuyant les islamistes qui dominent la vie politique et intellectuelle dans les années 1980-1990, il a fait l’essentiel de sa carrière littéraire en France.

Il nous souvient notamment d’avoir rendu compte dans ces colonnes de la pièce Les oOranges, qui n’a rien perdu de sa saveur croustillante et décapante. Cette pièce, plusieurs fois jouée depuis sa création dans les années 90, est un témoignage sur l’Algérie attachante et si désespérante par les errements d’après l’indépendance. Même teneur écrasante et ironique dans Le Maestro.

La truculence du verbe de Chouaki prenait l’air d’une tempête d’expressions rappelant la gouaillerie et l’esprit railleur d’Alger. Aziz Chouaki, tout  triste sur l’état du monde, avait su également traiter de la question des migrants sur des radeaux de fortune dans Esperanza, avec la goguenardise qu’on lui connaissait.

Tenir droit face à la déraison

Si le poète pleurait sur le triste sort de l’humanité, il masquait sa déchirure derrière des mots qui cognent au vent de l’espoir. Tant pis si l’autre terme pour définir son affliction déguisée par l’humour se nomme déraison. Sur la lame de fond de ses phrases jetées en déliés à la face de l’humanité, Aziz Chouaki surplombait les flots, heureux homme qui ne s’embarrassait pas, ou plus, de l’impossibilité d’accoster un jour sur des rives florissantes.

Ce sont ses phrases en pâture, ou en jachère, que les comédiens se sont appropriées dans une ambiance d’abord accablée sur la scène du Chêne noir. Puis, peu à peu, la luminosité des formules de l’écrivain a suscité des réactions diverses, dans le public.

Des rires fusaient dès lors qu’une saillie touchait au cœur, ou que les spectateurs vibraient quand les paroles de folie absolue nous faisaient comprendre que le malandrin des planches était toujours parmi nous, saltimbanque des vers bien tournés, virtuose de l’argot renouvelé dans le partage des deux rives : Alger de la formation, dont il garda malgré tout une certaine nostalgie ;  Paris de la continuité, car il faut bien avancer.

Il est mort le 16 avril 2019. Deux mois après le début du soulèvement populaire en Algérie, qui donnait l’occasion de croire à la bonne étoile. Celle d’Alger, dont il fit le titre d’un ouvrage mémorable…


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