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mercredi, 26 janvier, 2022
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CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET MÉTIERS

Les musiques de l’exil imprègnent les cultures urbaines

28 décembre 2021 à 10 h 05 min

Jusqu’au 8 mai 2022, une intéressante exposition rend hommage aux musiques de l’exil que la vitalité des jeunes générations a incrustées dans le paysage culturel français.

 

Le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) présente «Douce France. Des musiques de l’exil aux cultures urbaines», sous le commissariat artistique de Naïma Yahi, historienne, chercheuse associée à l’Urmis – Université Côte d’Azur et directrice adjointe de l’association Villes des Musiques du Monde et Myriam Chopin enseignante-chercheuse en histoire à l’université de Haute-Alsace.
Pour les organisateurs, cette exposition est dédiée au métissage culturel, autour de la personnalité du regretté Rachid Taha, artiste engagé de renommée internationale qui a donné ses lettres de noblesse au rock arabe. L’utilisation du titre «Douce France» n’est pas anodin pour expliquer ce qui s’est passé au sein de la génération des enfants de l’immigration durant les années 1980. Nul n’a oublié les marches pour la dignité et la justice qui s’ébranlèrent dans plusieurs grandes villes françaises avant de finir à Paris.

«Le droit de se sentir chez soi»

Le groupe Carte de séjour arrive sur la scène artistique dans ces années-là. Son chanteur et leader, Rachid Taha eut la bonne idée de s’approprier la chanson de Charles Trenet, un air qui brûlait les lèvres de nombreux jeunes immigrés pour qui l’Hexagone était plus qu’un pays d’accueil. Sur le site internet de Musiques & Vibrations du Monde on peut lire : «Durant toute sa carrière, Rachid Taha (1958–2018) a combattu les inégalités raciales et porté haut à travers le monde l’idée d’une France multiculturelle. Il a encouragé de nombreux artistes à s’inscrire fièrement dans le patrimoine musical français. (…) Lorsque Charles Trenet a écrit Douce France en 1943, il voulait redonner espoir à ses concitoyens, alors sous le joug de l’occupation nazie. En reprenant cette chanson en 1986 avec son groupe Carte de Séjour, Rachid Taha signifiait que les enfants d’origine africaine ou Nord africaine, nés ou élevés en Hexagone, avaient tout autant le droit que les autres de s’y sentir chez eux.

Cette version est une réponse à la montée en puissance du Front national et est distribuée la même année dans l’hémicycle de l’assemblée nationale par Jack Lang au moment où les députés débattent du Code de la nationalité défendu par le ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua.» Aujourd’hui, presque 40 ans après, la manipulation politique des esprits par la droite et l’extrême-droite pointe de nouveau du doigt l’immigration comme un chancre étranger. Triste retour en arrière !

D’où l’intérêt de se plonger dans cette exposition qui ouvre des perspectives heureuses. A travers la trajectoire singulière du chanteur et musicien, l’exposition revisite l’émergence artistique de la génération dite «beur», symbole de l’intégration métissée et joyeuse d’une jeunesse issue de l’immigration. Pionnier et figure tutélaire par ses engagements dans la lutte contre le racisme et les discriminations mais aussi par la richesse de ses expériences musicales, Rachid Taha a ouvert la voie à toute une galaxie d’artistes qui incarnent aujourd’hui le talent et la créativité française, on pense notamment à Zebda (Madjid Cherfi et particulièrement Mouss et Hakim qui firent revivre au son actuel leurs «Origines contrôlées»).

Le parcours chrono-thématique de l’exposition met en exergue les grandes séquences de la carrière de l’artiste à la lumière de l’histoire de l’immigration maghrébine en France et des enjeux de l’inter-culturalité.

«La jeunesse ‘‘Beur is beautiful’’ se trouve à l’avant-garde culturelle»

L’aventure démarre dans les années 60 où l’on écoute les chansons de l’exil dans des bistrots immigrés et cabarets orientaux. Les années 70 marquent un tournant, dans le sillage des mobilisations pour l’égalité, avec l’arrivée d’une génération d’artistes engagés qui sortent de l’invisibilité et accèdent à l’espace médiatique : «Dans les années 80, la jeunesse ‘‘Beur is beautiful’’ se trouve à l’avant-garde culturelle tandis que les années 90 voient l’émergence de la culture des ‘‘banlieues’’ et l’avènement d’une France Black Blanc Beur. À partir des années 2000, alors que les enfants de l’immigration sont désormais pleinement impliqués dans la vie de la nation, l’heure est à la promotion d’une France multiculturelle».

Mêlant vidéos, photos, affiches, objets, enregistrements audio, archives publiques et privées, le parcours se termine par un «karaoké du bled» où les visiteurs sont invités à chanter en français, en arable ou en kabyle, les succès de ce patrimoine musical qui a teinté l’urbanité d’Orient.

Le Musée des arts et métiers peut être considéré comme l’un des plus anciens musées techniques et industriels au monde. Son histoire est intimement liée à celle du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), dont il est l’une des composantes. Rouvert en 2000 après un vaste chantier de rénovation, le Musée des arts et métiers conserve aujourd’hui une collection de référence.

Il propose une importante programmation culturelle, à destination d’un vaste public, en particulier à travers ses activités pédagogiques, ses conférences et ses expositions temporaires, et dispose d’importantes ressources documentaires dans les domaines de l’histoire des techniques et du patrimoine industriel.

Paris De notre bureau  Walid Mebarek

 

 

 

VISITES GUIDÉES, SPECTACLES ET CONFÉRENCES

Des visites guidées de l’expo «Douce France. Des musiques de l’exil aux cultures urbaines» sont programmées les 3es samedis du mois à 16h

Prochaine visite : 15 janvier 2022. Pour les visiteurs individuels uniquement, accès compris dans le billet d’entrée, sans réservation, dans la limite des places disponibles. Pour les groupes adultes et scolaires, infos et réservations : [email protected]

• Concert de Samira Brahmia

Vendredi 4 février 2022 de 20h30 à 22h, au musée des Arts et Métiers
en collaboration avec Villes des Musiques du Monde

• Le ciné-club Douce France : un mercredi par mois de 19h à 22h. Prochaine séance le 26 janvier 2022. CNAM, amphi Abbé Grégoire.

• Rencontres et débats

Jeudi 13 janvier 2022, 19h à 21h. Débat autour du Collectif Mohamed CNAM, amphi Abbé Grégoire.
Mercredi 16 février 2022, 18h – 20h, «Quels héritages politiques dans les banlieues ?» Musée national de l’histoire de l’immigration


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