Le massacre occulté de manifestants algériens en 1953 | El Watan
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mercredi, 13 novembre, 2019
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Commémoration de l’autre 14 juillet

Le massacre occulté de manifestants algériens en 1953

14 juillet 2019 à 9 h 00 min

Les Français et plus particulièrement les Parisiens – avec le fastueux défilé le long des Champs-Elysées – s’apprêtent à célébrer leur Fête nationale ce 14 juillet. Et pourtant, il est des 14 juillet tragiques, comme ce 14 juillet 1953 que la mémoire officielle française a occulté mais que des hommes pétris de valeurs humanistes et de principes de justice et d’équité œuvrent à restituer à la mémoire des hommes et à l’histoire.

Grâce à la ténacité d’un homme de gauche, nourri de valeurs humanistes, le documentariste et écrivain Daniel Kupferstein*, a été déterré, sans jeu de mots, le massacre de six Algériens (il s’agit de Abdelkader Draris, Mouhoub Illoul, Larbi Daoui, Amar Tadjadit, Abdallah Bacha et Tahar Madjène) tombés sous les balles des forces de l’ordre alors qu’ils défilaient pacifiquement pour la libération de Messali Hadj et l’indépendance de l’Algérie et avec eux un militant communiste français, Maurice Lurot.

Le 14 juillet 1953, la gauche communiste et syndicale française célèbre la Fête nationale à Paris. Y participent, à la fin du cortège, plusieurs milliers d’Algériens à l’initiative du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) en Algérie. Quand ils arrivent place de la Nation, des heurts se produisent et les policiers tirent froidement sur les manifestants algériens. Six d’entre eux sont tués, ainsi qu’un militant de la CGT.

Et on compte des dizaines de blessés par balles. Pendant un demi-siècle, ce drame va être effacé des mémoires et des représentations, en France comme en Algérie. «Pour comprendre les raisons de cette amnésie et faire connaître les circonstances de l’événement», Daniel Kupferstein a conduit une longue enquête, pendant quatre ans. Elle lui a permis de réaliser un film en 2014  qu’un livre, édité par La Découverte sous le titre de Les balles du 14 juillet 1953. Le massacre oublié de nationalistes algériens à Paris, prolonge et complète par des témoignages inédits de nombreux acteurs de l’époque.

Didier Daeninckx, qui a rédigé la préface, relève que «le mérite du minutieux travail d’histoire de Daniel Kupferstein est de rappeler que la répression des revendications indépendantistes n’a pas concerné que les départements d’Algérie, mais aussi la France métropolitaine et d’éclairer une autre date symbolique coincée entre le 8 Mai 1945 et la Toussaint 1954, celle du 14 juillet 1953».

A l’exemple du défunt Jean-Luc Einaudi, auquel on doit -– entre autres livres remarquables sur des militants algériens d’origine européenne de l’indépendance de l’Algérie, comme Maurice Laban ou Fernand Iveton, sur la torture à travers La ferme Améziane – le magistral Le 17 octobre 1961. Un massacre à Paris, Daniel Kupferstein a eu le mérite d’avoir sorti de l’oubli un épisode douloureux de l’histoire algéro-française. L’un et l’autre ne sont pas historiens de formation mais leur démarche est à verser au compte de la construction d’une relation humaine franco-algérienne qui serait fondée sur la reconnaissance des méfaits de la colonisation de l’Algérie par l’Etat français.

Il a fallu attendre une lettre de la famille de Maurice Lurot dans L’Humanité Dimanche et le film de Daniel Kupferstein pour que «le voile se lève sur cette manifestation et les morts qu’elle a déplorés», avait rappelé le conseiller communiste de Paris, Nicolas Bonnet Oulaldj, à l’origine de la décision du Conseil de Paris (lors de sa séance de mardi 31 janvier) d’apposer une plaque en mémoire des 7 manifestants décédés lors de cette triste et tragique journée du 14 Juillet 1953 (El Watan du 3 février 2017). Cette plaque a été apposée début juillet place de la Nation.

A cette occasion, Catherine Vieu-Charier, adjointe à la mémoire et au monde combattant au Conseil de Paris, avait relevé que cette décision contribuera à réparer une dissimulation historique et avait souligné «la nécessité de transmettre une histoire complète et douloureuse». «Il ne s’agit pas de prendre parti ou de juger.»

Mais de «renforcer les bases d’une relation sereine avec l’Algérie sans occulter les zones d’ombre» et «construire ensemble un avenir de paix». Et la conseillère de Paris de rappeler que «c’est dans cet esprit que depuis 2001 s’inscrivent toutes les commémorations liées à la guerre d’Algérie qui ont commencé avec Bertrand Delanoë». «La mémoire de la guerre d’Algérie est toujours sensible, car plurielle. Nous assumons cette pluralité.»

Aussi, si l’Etat français a une obligation et un devoir de reconnaissance, l’Etat algérien, lui aussi, se doit de s’approprier et de transmettre aux Algériens toute leur histoire.

– Hommage aux victimes sous le signe des libertés en France et en Algérie

Un hommage a été rendu hier soir aux victimes de la manifestation du 14 Juillet 1953. La soirée devait commencer à 18h30 par un hommage devant la plaque aux victimes du 14 Juillet 1953 et continuer à partir de 19h30 autour du kiosque de la place de la Nation avec un repas citoyen, des interventions  d’historiens, des extraits du film de Daniel Kupferstein (Les balles du 14 juillet 1953) et se terminer par un bal à partir de 22h.

Cet hommage, auquel ont pris part de nombreuses associations algériennes, parmi lesquelles ACDA (Association pour le changement et la démocratie en Algérie), a été placé sous le signe des libertés en liaison avec l’actualité lors des manifestations en France et en Algérie.  N. B.


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