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jeudi, 24 janvier, 2019
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Le petit livre présenté par Gilles Manceron, Vers l’anti-colonialisme, publié par les éditions Les Petits matins avec l’association Sortir du colonialisme, permet d’actualiser la pensée de Jean Jaurès.

«L’anticolonialisme, une vertu républicaine»

10 mai 2016 à 10 h 00 min

Le moins que l’on puisse dire est qu’il était en décalage sur son temps et même, par certains aspects, en avance. Il remet en cause avec la distance du temps ceux qui encensent encore aujourd’hui les bienfaits coloniaux. En 2014, pour le centenaire de l’assassinat de Jean Jaurès le 31 juillet 1914 (veille du déclenchement de la Première Guerre mondiale), la production autour de la mémoire de l’homme politique français a été prolifique : téléfilms et films, documentaires, pièces, revues… Le livre de Manceron nous montre, textes à l’appui, que l’anticolonialisme de Jaurès a muri peu à peu, jusqu’à devenir très construit au début du XXe siècle et encore plus dans les dernières années de sa vie, surtout entre 1911 et 1914.

Alors que la France s’enfermait dans une logique coloniale «vertueuse» selon ses défenseurs, Jaurès a peu à peu pris le contrepied, au nom de cette même «vertu républicaine» et de la «grandeur de la France», qui s’accorderait mieux au respect de l’autre. Ainsi clame-t-il à la Chambre des députés le 19 février1898 en parlant de l’Algérie : «Voilà un noble peuple de trois millions d’âmes, héritier après tout d’une civilisation généreuse et exquise, qu’en certaines de ses parties nous avons trop déprimé ou violenté, un peuple d’intelligence évidemment si belle…».

Et dans le journal La petite République : «Et pourquoi, je vous prie, demanderions-nous aux Arabes de renoncer à leur statut personnel ? Il est bien clair que pour faire entendre leurs plaintes au Parlement français, ils doivent renoncer à leur conception religieuse, à leur droit civil, mais c’est une duperie…».

Enfin, à la Chambre des députés, le 20 novembre 1903, alors que la France étend son emprise sur le Maroc, il tient ce propos lucide, voire prémonitoire : «Nous ne pourrions pas mener loin cette entreprise militaire sans être conduits peut-être à des opérations cruelles, sanglantes, dont l’effet se prolongerait en rancunes pendant des générations et des générations auprès des hommes même que nous voudrions assimiler à notre nation». Gilles Manceron révèle que cet aspect clairvoyant des idéaux  de Jaurès «a été comme effacé par la suite, y compris par les partis de gauche», nous a-t-il expliqué. Cela rend cette parole d’autant plus forte et nécessaire.

 

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