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PARUTION

Hommage à Maurice Rajsfus : Une vie d’engagement anti-colonialiste et anti-raciste

30 mars 2021 à 10 h 15 min

Maurice Rajsfus, activiste infatigable des droits de l’homme, laisse une œuvre importante, inspirée par une vie très active. Né le 9 avril 1928 à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) d’une famille polonaise juive immigrée en France en 1923, il est mort le 13 juin 2020 à Antony (Hauts-de-Seine).

Le 16 juillet 1942, Maurice Rajsfus a quatorze ans. Il est arrêté par la police française, avec sa sœur et ses parents lors de la rafle du Vél’ d’Hiv. L’un des deux policiers qui vient les arrêter est un ancien voisin de palier. Les deux enfants sont finalement libérés après une série d’ordres et de contre-ordres ; ils ne reverront jamais leurs parents. Rajsfus n’a cessé, jusqu’à sa mort, «de surveiller cette police au passé trop présent, sans remords et sans mémoire», écrit l’éditeur.

D’abord membre du Parti communiste, dont il est exclu en 1946, puis de la IVe Internationale, dans les années 1950, il milite au sein du groupe Socialisme ou Barbarie de Claude Lefort et Cornelius Castoriadis. Il cofonde, en 1990, puis dirige le réseau Ras l’front dans le but de combattre le Front national et ses idées. En 1994, il crée l’Observatoire des libertés publiques, qui tient à jour, dans son bulletin mensuel «Que fait la police ?, la collection des violences policières. Il est l’auteur de plus de 60 livres, dont une vingtaine consacrée à la répression sous toutes ses formes, sur la période de Vichy et de l’Occupation, ainsi que sur Israël et la Palestine, sans oublier le 17-Ocotbre 1961 et Charonne, en février 1962 et ces autres formes au fil de décennies où il n’aura de cesse de rester en éveil.

EN 1955, CONTRE LE DÉPART DU CONTINGENT EN ALGÉRIE

Maurice Rasjfus a été de toutes les luttes antiracistes et anticoloniales et, bien sûr, pour l’indépendance de l’Algérie, parmi les premiers. Dans un entretien de 2015, sur le site d’extrême-gauche La Horde, il expliquait : «En septembre 1955, avec quelques camarades des mouvements de loisirs, nous avions lancé le Comité des mouvements de jeunesse de la région parisienne contre le départ du contingent en Algérie pour mater une guerre qui commence à se développer. Dès cette époque, la répression touche également les soutiens français aux indépendantistes algériens. Nous nous trouvons ainsi rapidement confrontés à la police et au PCF, toujours très stalinien.

Après l’interdiction d’une manifestation par la préfecture de police, nous avons ainsi été dénoncés dans l’Humanité, daté du 17 octobre 1955, comme ‘provocateurs policiers’… D’ailleurs, après la victoire du Front républicain, le 2 janvier 1956, sur un programme promettant la négociation avec les nationalistes algériens, le président du Conseil socialiste fait voter par la Chambre des députés les pleins pouvoirs à l’armée en Algérie avec l’appoint des voix des députés communistes. «Tout au long de la campagne électorale, avec le Comité, nous étions intervenus dans les meetings électoraux pour obliger les candidats à se positionner.»

«1953, UN 14 JUILLET SANGLANT»

Avec l’Association des amis de Maurice Rajsfus, la collection proposera une nouvelle édition des grands livres de cet auteur qui, toute sa vie, dénonça inlassablement les violences policières, notamment durant la Guerre d’Algérie. Ainsi, le quatrième volume sera consacré au 1953, un 14 juillet sanglant, paru initialement en dans la collection Moisson Rouge en 2003.

Cette nouvelle édition est préfacée par Ludivine Bantigny et postfacée par le regretté Jean-Luc Einaudi avec lequel il avait publié Les Silences de la police – 16 juillet 1942-17 octobre 1961, aux éditions L’Esprit frappeur en 2001.

L’événement de 1953 est maintenant entré dans l’histoire des méfaits coloniaux, malgré la tentative de maintenir l’événement dans le silence.
Le 14 juillet 1953, lors d’une manifestation syndicale, des policiers abattent six travailleurs algériens qui marchaient au nom du PPA de Messali dont ils réclamaient la libération, ainsi qu’un syndicaliste français, place de la Nation, à Paris. Pour la première fois à Paris avait résonné le slogan «Nous voulons l’indépendance !».

Avant, beaucoup d’historiens, sur fond de racisme d’État, Maurice Rajsfus pointe la responsabilité d’un des acteurs de cette funeste journée qui deviendra, quelques années plus tard, le donneur d’ordre principal des massacres du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962, au métro Charonne : Maurice Papon, alors secrétaire général de la préfecture de police.

Le même Maurice Papon lié durant la Seconde Guerre mondiale à l’enlèvement et la déportation de juifs entre 1942 et 1944. Dans la même collection, on retrouvera ainsi les ouvrages consacrés aux exactions anti-juifs : La Police de Vichy : les forces de l’ordre françaises au service de la Gestapo ; Des Juifs dans la Collaboration. L’Ugif 1941-1944 et La rafle du Vél-d’Hiv. La collection s’enrichira en 2022 et 2023 de quatre nouveaux titres par an.

 

Lyon
De notre correspondant  Walid Mebarek


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