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Guy Bedos rejoint le paradis des artistes : Son affection pour l’Algérie était sans limites

30 mai 2020 à 9 h 51 min

C’est l’un des acteurs les plus drôles mais aussi les plus déchirés de sa génération qui vient de nous quitter. Sa lignée est celle des comédiens nés en Algérie (dont Roger Hanin, enterré à Bologhine, et Marthe Villalonga qui est aujourd’hui la vétérane de cette génération).

Guy Bedos gardera l’amertume du pays toute sa vie, tout en l’évoquant rarement. Il y a quelques années cependant, en novembre 2014, lorsqu’il avait été invité à Alger, notamment pour le Salon international du livre, le comédien renouait avec ses «racines». Il répétait à qui voulait l’entendre sa joie de s’être entendu dire : «Vous êtes ici chez vous.» Il fallait voir sa joie dans les travées du Salon et sur les plateaux algériens de télévision.

Cette reconnaissance de l’Algérie lui allait droit au cœur, d’autant qu’il ne fait pas partie des pieds-noirs qui ont quitté l’Algérie après 1962. En effet, sa famille s’est établie bien plus tôt, en 1949, à Paris où Guy Bedos, lycéen, entre à l’Ecole de théâtre de la rue Blanche. Son premier rôle au cinéma, en 1955, est dans le bien nommé Futures vedettes de Marc Allégret. Il est aussi très présent sur les planches qu’il ne quittera pas jusqu’à la deuxième moitié des années 2010. Il tournera aussi dans plusieurs films.

Son attachement à son origine et l’affection que beaucoup d’Algériens lui témoignaient de loin ont été un fil incandescent de sa vie, une crête à laquelle il se raccrochait, avec peine. En 1988, il avait fait un pèlerinage au pays, avec son fils Nicolas, aujourd’hui comédien, alors âgé de 9 ans : Constantine, Annaba, Souk Ahras, Alger… Un film diffusé par TF1, intitulé Le passé retrouvé : Guy Bedos, avait été réalisé à l’époque.

Entonnant parcours pour cet homme, dont l’un des premiers sketches dans les années 1960 n’avait pas été compris comme un plaidoyer antiraciste. Dans Les vacances à Marrakech, avec son épouse d’alors, la regrettée Sophie Daumier, Guy Bedos endossait le rôle de touriste raciste anti-arabe pour dénoncer férocement, avec des années d’avance, le racisme ambiant qui aboutira tristement quelques années plus tard en France à la création du Front National et la période des attentats contre la communauté algérienne au début des années 1970.

Son sketch qu’on peut réécouter sur YouTube est un régal de dérision qui annonce déjà la carrière humaniste qui sera plus tard la sienne.
Il dénonçait le racisme et le colonialisme

La vie ne lui avait pas fait de cadeaux. Né le 15 juin 1934 à Alger, Guy Bedos avait connu une enfance difficile : «Après la séparation de ses parents, son beau-père bat sa mère, laquelle frappe son fils en retour. Dans cet environnement sordide, l’enfant, qui développe des troubles obsessionnels compulsifs, se recroqueville, choqué par le traitement cruel que les colons, dont ses parents, réservent aux autochtones.

Il déclarera avoir passé sa vie à expier les fautes du colonialisme», écrit l’AFP. Bedos dénoncera le racisme exacerbé de son pays et celui de sa mère, dure à son égard. Il s’en délivrera dans un livre titré Mémoires d’outre-mère. De la mère physique à l’Algérie, mère imagée devenue inaccessible en son for intérieur, on devine sa souffrance jusque tard dans sa vie d’adulte.

Guy Bedos était un esprit libre et révolté contre toutes les injustices. On rappelle qu’il s’engagea souvent pour des causes qu’il estimait prioritaires, comme celle des migrants et des sans-papiers et bien d’autres, toujours à gauche. A ce sujet, il avait le sens de la formule : «Je ne peux pas être déçu par la droite, vu que la droite, je m’en tape. Il n’y a que la gauche pour me décevoir.»

Son enfance compliquée et son sens de la droiture forgeront sa volonté inébranlable de refuser toute atteinte aux droits de l’homme, avec à tout moment le sens de la dérision qui fait passer les messages les plus arides. Cela avait poussé le célèbre humoriste à changer complètement de genre dans les années 1970, jusqu’à la fin de sa carrière, en créant sur scène son spectacle La revue de presse, dans lequel il fustigeait toutes les politiques rétrogrades, injustes et inhumaines.

Il devint une véritable institution. Lui-même s’en amusait : «Je me sens d’abord humoriste et satiriste. C’est ça ma religion. Donc libre de toute espèce de laisse qui pourrait me tenir. Je veux pouvoir tout dire, y compris des conneries.» Sa dernière aura-t-elle été de nous dire au revoir, nous laissant dans la tristesse. Hasard de la destinée, il rejoindra dans la lumière son ami Jean-Loup Dabadie, décédé le 24 mai dernier et qui avait écrit ses premiers sketches.

Il souhaitait être enterré en Corse qu’il avait surnommée «mon Algérie de rechange» en raison «des odeurs de maquis.»

 

Lyon
De notre correspondant  Walid Mebarek



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