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Foyers de travailleurs migrants en France : Une bombe sanitaire à retardement ?

28 avril 2020 à 9 h 52 min

Depuis le début de la pandémie de coronavirus en France, toutes les statistiques et les tests sanitaires ont confirmé que les personnes âgées représentent la grande majorité des victimes décédées de ce virus.

Le taux de létalité, très important chez les plus de 65 ans, inquiète davantage quand il s’agit d’évoquer la situation des résidents des Foyers de travailleurs migrants (FTM), qui sont pour une grande partie des chibanis, souvent en situation de précarité à la fois sociale et sanitaire.

Ces derniers jours, la presse française remonte les inquiétudes de plusieurs associations socio-communautaires qui lancent des cris d’alerte contre le risque d’une vraie hécatombe chez cette catégorie des plus fragiles.

S’il n’y a pas encore de statistiques officielles dans ces centres d’hébergement, elles dénombrent néanmoins plusieurs dizaines de victimes dont d’ailleurs des retraités algériens isolés et vivant seuls.

Les facteurs de risques de contamination et de mortalité dans ces milieux sont assez alarmants, d’autant plus que les mesures-barrière et de distanciation sociale y deviennent quasi impossibles.

Des chambres parfois plus étroites que des cellules carcérales

A l’intérieur de ces résidences, ressemblant parfois à des squats insalubres sans le moindre respect des conditions d’hygiène, se côtoient des jeunes travailleurs actifs, potentiellement porteurs sains du virus, et des vieux retraités, généralement atteints de maladies chroniques. En effet, les chibanis «ont des facteurs de co-morbidité plus élevés du fait des professions exercées et des conditions de leur vie», tel que le précise une enquête de nos confrères de Bondyblog.

La même source affirme que certains FTM comptent des chambres de 7,5 m2, c’est-à-dire «des chambres parfois plus étroites que des cellules carcérales. Des pièces exiguës où le confinement est intenable». Dans de telles conditions de promiscuité, mais aussi de surpopulation, le confinement est effectivement irréalisable, sachant par exemple que les cuisines, les toilettes et les douches sont collectives dans la plupart des cas.

Alors que la situation est déjà déplorable dans les Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et les autres établissements médico-sociaux, qui ont déploré près de 9000 morts du Covid-19, les autorités françaises et les bailleurs des FTM craignent le pire.

Et pour cause, la Commission interministérielle pour le logement des populations immigrées recense «153 FTM en attente de traitement». Autrement dit, ils n’ont pas été rénovés depuis plusieurs décennies, avec de très grandes chances qu’ils ne correspondent plus aux normes appliquées par le secteur de l’habitat afin d’assurer un minimum de conditions de santé et de confort pour une vie décente des occupants.

Dans le but de désamorcer une véritable bombe sanitaire à retardement que représenterait la réalité de la pandémie dans les FTM ainsi que dans d’autres structures et lieux à risque (squats, abris des sans papiers, etc.), le gouvernement français a décidé d’inclure ces foyers à risques dans la stratégie de dépistage systématique prévue à la base uniquement dans les EHPAD.

Il a également annoncé jeudi dernier, par le biais d’un communiqué de Julien Denormandie, ministre chargé de la Ville et du Logement, avoir réquisitionné 10600 places dans des hôtels et ouvert 92 centres d’hébergement spécialisés, soit près de 3400 lits, pour accueillir des personnes issues de l’habitat dit indigne, y compris les sans-abri, lesquelles sont suspectes ou atteintes du Covid-19 sans besoin d’une hospitalisation.

Par ailleurs, la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (DIHAL) assure mener, depuis le début de la crise sanitaire, des campagnes d’information, de prévention et d’accompagnement en faveur des résidents de FTM et de résidences sociales en ayant conscience que «nombre d’entre eux, retraités, sont vulnérables face aux risques représentés par la pandémie de Covid-19».

Dans ce cadre, la DIHAL affirme soutenir les opérations de dépistage dans ces foyers à risques, initiées depuis le 15 avril par les gestionnaires, les collectivités locales et les différentes associations.

 

Paris/ De notre bureau  Samir Ghezlaoui


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