Etre algérien/les porte-parole du respect | El Watan
toggle menu
vendredi, 18 octobre, 2019
  • thumbnail of elwatan20191017





Festival off d’Avignon

 Etre algérien/les porte-parole du respect

23 juillet 2019 à 10 h 00 min

En quoi le mot «algérien» est-il synonyme d’une anomalie sociale que renvoient avidement les médias ? Depuis Avignon, des actes théâtraux font foi de la nécessité de rester éveillé face une identité contestée.

Une forme contemporaine de  la mise au ban ? Le texte Les déplacés, de Xavier Durringer, date déjà de plus d’une décennie, mais son propos reste actuel.

En 2005, l’auteur écrivait : «Alors qu’aujourd’hui, au travers des médias et dans le jeu politique, tout travaille à brouiller les cartes, si bien que nous confondons tout et que les termes s’embrouillent, ce petit texte est là pour tenter de redonner vie à un passé, -une mémoire-, au souffle poétique.»

A la suite d’autres comédiens qui l’ont donné par le passé, la compagnie Barbooza a créé ce spectacle en Avignon, autour de son fondateur, Mohamed Mazari, avec Yoann Josefsberg et Clea Petrolesi.

Pour Mohamed Mazari, comédien et metteur en scène, Durringer est un auteur fétiche : «Son livre traitant de l’immigration, cela m’intéresse forcément, d’autant qu’en lisant la pièce, j’ai eu comme l’impression que c’était mon meilleur ami de la cité qui l’aurait écrite, tellement l’écriture est véridique. Je ne pouvais pas passer à côté de ça. On a envie de défendre ces thèmes qui nous préoccupent.»

Il est vrai que Durringer, suite à une commande et en résidence d’écriture, avait travaillé ce texte avant les émeutes de 2005 dans les banlieues françaises et ses contrecoups vécus par l’immigration, notamment arabo-musulmane.

Sans oublier par la suite les attentats islamistes entre 2015 et 2017, accompagnés de la montée des extrémismes politiques nourris par le racisme ou, plus récemment, la montée au créneau de propos haineux contre les supporters algériens lors de la Coupe d’Afrique des nations de football.

Pour Mohamed Mazari, la boucle est bouclée, et rien n’est anachronique dans la pièce qu’il défend : «Cette pièce est un focus historique. Rien n’est dépassé. C’est un moment de l’histoire de l’immigration, écrit pour donner un éclairage sur son histoire.

Je pense qu’avec ce texte, on est dans la recherche de l’identité perdue pour les premiers immigrés arrivés en France et, surtout, pour les générations suivantes qui se sentent coincées entre identité française, maghrébine ou autre.».

«On ne peut nier les racines des autres avec qui on vit»

Les comédiens ont cependant actualisé le propos : «On a fait référence à l’attentat contre Charlie  Hebdo en janvier 2015 avec les panneaux que Cléa montre pour parler de son identité, comme ‘je suis algérienne’, ‘je suis femme’, ‘je suis française’. Pour la bande son sur la liesse franco-algérienne de la Coupe du monde de football en 1998, on a pris des ambiances récentes de la CAN.»

Même si le public de l’immigration vient peu dans les salles, les comédiens vont toute l’année à sa rencontre, dans les centres sociaux, dans les lycées : «Ils sont souvent sur des éléments de compréhension différente, comme ‘ce n’est plus comme ça aujourd’hui, c’est désuet’. Effectivement, mais ces problématiques persistent dans l’imaginaire, dans la tête de gens», explique Mohamed Mazari.

Cléa Pétrolesi ajoute : «Au-delà de ça, ce qui est souvent perçu dans les MJC et lycées où on joue, c’est une très belle mise en valeur de la culture arabe qu’on voit peu au théâtre.

Je pense que Xavier Durringer rend hommage à une culture si dense, riche, complexe. Une culture trop négligée en France. C’est essentiel pour apprendre à mieux se connaître, notamment à travers la culture de l’autre et ses origines.

Dans le texte, il y a cette phrase forte : ‘Un arbre sans racines ne peut pas donner de fruits’. C’est trop vrai. On ne peut nier les racines des autres avec qui on vit. Partager leur culture, échanger, communiquer, c’est un moyen de mieux vivre ensemble.»

Et certainement d’être fiers ensemble de notre humanité partagée. Mohamed Mazari conclut du reste par un vœu d’espoir : «Face aux peurs et au repli sur soi, la meilleure récompense c’est lorsque des spectateurs nous disent : vous nous avez apporté des éléments de compréhension et on regardera désormais les immigrés tout à fait différemment.»


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!