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Documentaire : Les migrants ont-ils une âme ?

22 juin 2021 à 10 h 13 min

Filmer les réfugiés au plus près, c’est s’y attacher en leur rendant leur part d’humanité, face à l’indifférence ou aux crainte qu’ils suscitent, au cœur de la capitale française.

Le film Paris Stalingrad de Hind Meddeb et Thim Naccache est sorti en salles commerciales en France à la faveur du déconfinement des lieux de culture.

Ce film a été tourné dans le célèbre quartier aux populations multiples vivant autour du boulevard Stalingrad, dont un nombre important de sans papiers. La caméra suit Souleymane, 18 ans, exilé du Darfour.

Arrivé en France après un périple traumatisant de cinq longues années, la «ville lumière» dont il avait rêvé, loin de répondre à ses attentes, lui inflige de nouvelles épreuves.

Face à l’extrême dureté des situations, en suivant Souleymane, le film retrace le parcours des migrants : les campements de rue, les interminables files d’attente devant les administrations, les descentes de police et la mobilisation des habitants du quartier pour venir en aide aux réfugiés.

La caméra témoigne d’une métamorphose et l’émergence de nouvelles frontières intérieures : des kilomètres de grillages pour rendre inaccessibles les allées sous le pont du métro aérien, des pierres pour empêcher les migrants de s’allonger, des rondes de vigiles pour les déloger.

Le film a été tourné à partir de 2016, en été, alors que les réfugiés arrivaient du Soudan, d’Ethiopie, d’Erythree, de Somalie, Afghanistan et de beaucoup d’autres pays. Ils n’avaient d’autres choix que de dormir dans les rues, dans des camps improvisés. Grâce à une longue période de tournage de deux ans, les documentaristes ont reconstitué une géographie parisienne de l’exil, donnant vie à des êtres humains et leur rendant leur âme.

«Donner envie d’aller rencontrer et connaître les exilés»

Dans un entretien avec le site Bastamag, Hind Meddeb explique : «Ce que je voulais, c’était aller à la rencontre de l’humanité de ces personnes qui arrivent, de montrer l’intelligence avec laquelle elles abordent la violence qu’elles subissent. C’était important pour moi que l’on soit avec eux, que l’on partage leur quotidien, que l’on écoute ce qu’ils ont à nous dire. J’aimerais que les gens qui voient le documentaire aient envie d’aller les rencontrer et les connaître.

Qu’ils sortent du récit médiatique des ‘‘exilés’’ et des ‘‘migrants’’ pour les voir comme des miroirs de nous-mêmes. ‘‘Exilé’’ ou ‘‘migrant’’ cela ne veut rien dire. Ce sont des concepts qui effacent les personnes et leurs histoires.» Ces personnes réfugiées campaient alors quartier Stalingrad dans l’attente de régulariser leur situation. Contrôles, nasses, évacuations, destruction du peu de bien dont ils disposent, nettoyage par les services municipaux après le passage musclé de la police, grillages…

Voici comment les producteurs présentent le documentaire : «Un labyrinthe physique se mêle au labyrinthe administratif déjà en place, la ville refoule. Comment faire lieu, faire collectif, comment habiter un espace qui empêche d’exister ? Le film cartographie leur calvaire : points d’eau, coins d’ombres, parcs isolés, tables de ping-pong pour cuisiner. Les corps s’intègrent difficilement mais un collectif naît et une coexistence s’installe.

Du groupe, s’élève la voix de Souleymane, jeune exilé du Darfour dont les poèmes viennent cohabiter avec la voix off de la cinéaste. Souleymane circule, erre, se perd, ressurgit et raconte. A mesure que le film trace les itinéraires dans Paris, un autre trajet se dessine : les témoignages éclatés évoquent la Libye, Vintimille, Calais. Echos d’une route commune alors que Paris repousse et disperse.

De Stalingrad à La Chapelle, du jardin d’Eole aux maréchaux, les camps sont démantelés, les corps échouent, isolés, au bord de la ville. Souleymane s’en sort, la caméra le suit, l’échappée est solitaire. Le collectif éclate, disparaît du cadre, mais le film vient faire mémoire d’un lieu, Stalingrad, où il aura été question de survivre ensemble».

Le desarroi qui mène au suicide

Hind Meddeb révèle un aspect méconnu : le désarroi qui mène à la drogue, à l’alcool ou au suicide : «La situation s’est réellement dégradée depuis que nous avons tourné le documentaire entre 2016 et 2018. On dénombre une soixantaine de suicides de demandeurs d’asile déboutés. Un des meilleurs amis de Souleymane a été interné en hôpital psychiatrique et le phénomène n’est pas isolé.

Parmi les déboutés de l’asile condamnés à vivre à la rue avec le risque de se faire expulser, beaucoup sont tombés dans le crack et l’alcool. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ces personnes qui arrivent du Soudan, d’Afghanistan, de Somalie ne peuvent pas rentrer dans leur pays, qu’ils ont souvent quitté depuis de nombreuses années. Une fois qu’ils arrivent en France, ce qui les fait tenir, c’est la perspective d’obtenir des papiers pour pouvoir reconstruire leur vie dans un pays où ils seront protégés».

Hind Meddeb, fille du défunt universitaire franco-tunisien Abdelwahab
Meddeb (1946-2014), connu pour ses travaux éclairés sur l’islam, travaille entre l’Europe, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Citoyenne des deux rives de la Méditerranée, elle a étudié toute la complexité de la jeunesse arabe.

Entre 2011 et 2013, Hind Meddeb a réalisé Electro Chaabi et Tunisia Clash, deux films qui observent les révolutions arabes à travers les yeux de la jeunesse dans les quartiers des classes populaires. Thim Naccache a appris la réalisation à l’Université européenne du film au Danemark où il a réalisé son premier court métrage Breaking In. Il a ensuite réalisé A Nation Journey. Il a travaillé comme monteur et chef opérateur sur des films documentaires, des courts métrages de fiction et des films expérimentaux. 


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