«De plus en plus lourd d’être loin» : La détresse des étudiants étrangers bloqués en France | El Watan
toggle menu
jeudi, 24 septembre, 2020
  • thumbnail of elwatan07092020





«De plus en plus lourd d’être loin» : La détresse des étudiants étrangers bloqués en France

08 août 2020 à 9 h 20 min

Je n’ai pas de bourse, plus d’emploi et une amie me prête de l’argent pour mon loyer» : bloquée depuis des mois à Marseille, dans le sud de la France, Ouiza Slamani, étudiante algérienne, voit les difficultés financières s’ajouter à l’impossibilité de voir ses proches.

En raison de l’épidémie mondiale de coronavirus, nombre de pays ont fermé leurs frontières ou imposé des restrictions de voyage et le prix des billets d’avion s’est envolé. Comme des milliers d’étudiants étrangers, Ouiza Slamani passe donc un été contraint en France, avec des conditions de vie qui n’ont cessé de se précariser au fil des cinq mois de crise sanitaire et sociale.

Quelque 358 000 étudiants internationaux ont été accueillis sur le sol français pendant l’année 2018-2019, selon l’organisme gouvernemental Campus France. Près de la moitié d’entre eux sont originaires d’Afrique, un continent où la pandémie s’accélère. Nombre de ceux qui sont restés à Marseille, comme Ouiza, se pressent régulièrement aux distributions alimentaires organisées dans la deuxième ville de France.

Un mardi après-midi d’été, plus de 75 étudiants – dont une majorité d’étrangers – font la queue pour récupérer lait, œufs, farine et conserves, distribués par l’Unef, un syndicat étudiant, dans une petite rue du centre-ville.

Pour soutenir les plus vulnérables, plusieurs associations et syndicats organisent ces distributions alimentaires quotidiennes depuis le début du confinement, certaines subventionnées par l’université ou des collectivités, afin de compenser la fermeture des restaurants universitaires. Les bras chargés de provisions, Noel, 32 ans, repart sous une chaleur écrasante. Cet étudiant haïtien, qui vit dans un logement social étudiant, a perdu son emploi dans un restaurant. «Je ne peux plus payer mon loyer depuis le mois d’avril et c’est très difficile de retrouver un boulot à Marseille».

Trésorier de l’antenne locale de l’Unef, qui distribue 600 colis alimentaires par semaine, Lyes Belhadj regrette que les 2500 étudiants «coincés» dans les cités universitaires de la métropole n’aient pas bénéficié d’une exonération de leur loyer. Les procédures de recouvrement ont toutefois été suspendues.

Souffrance psychologique

Après des mois d’éloignement, l’impossible voyage au pays pèse aussi chaque jour davantage. «Je suis seule à Marseille depuis presque un an et ça devient de plus en plus lourd d’être loin de ma famille», confie à l’AFP Tsiry Rajemison, étudiante malgache en master gestion des ressources humaines. «Je fais des crises de spasmophilie (attaques de panique, ndlr), et l’université m’a mis en contact avec une sophrologue pour m’aider à tenir», poursuit la jeune femme.

Depuis quelques mois, le téléphone d’Elena Palmero, chargée de l’action sociale pour un regroupement d’associations étudiantes ne cesse pas de sonner : «Les étudiants s’inquiètent pour leurs visas, leurs démarches. Pendant le confinement, c’était une catastrophe : quelques-uns n’avaient pas internet et se sont retrouvés très isolés». Disséminés entre les cités universitaires, les résidences privées et les locations, certains sont même sortis des radars de l’université d’Aix-Marseille, l’un des plus grands établissement francophones au monde : «Avec la fin des enseignements, on a pu perdre contact avec quelques étudiants», regrette la direction des relations internationales. Après avoir été confiné dans son studio de 9m2, Noel espérait retrouver ses proches à Haïti en août, contournant la fermeture des frontières en passant par la République dominicaine voisine.

Mais les billets d’avion, dont le prix a grimpé jusqu’à 1200 euros, sont devenus inaccessibles. Avec la poursuite de l’épidémie, certains étudiants refusent aussi de se faire rapatrier par peur de rester bloqués dans leur pays, hypothéquant leurs études en France. «Je ne peux pas prendre le risque de manquer la rentrée», explique Ouiza Slamani, alors que l’Union européenne a récemment rétabli des restrictions de voyage pour les voyageurs arrivant d’Algérie, face à l’explosion des contaminations dans ce pays. Fermés depuis mars, les établissements universitaires français pourront de nouveau accueillir des étudiants à partir de septembre, sous réserve de respect de la distanciation et parfois du port du masque, ont annoncé jeudi les autorités.



S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!