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Communautarisme et islamisme : Entre «société de vigilance» et «société de méfiance» face à la radicalisation

29 octobre 2019 à 9 h 03 min

Les hommes politiques français occupent le terrain autour des thèmes liés à la laïcité. Quant à la radicalisation, un sondage permet de mieux cerner l’état de l’opinion publique

Le parti au pouvoir, La République en Marche, lance deux groupes de travail à l’Assemblée nationale sur la laïcité, le communautarisme et la radicalisation. Une nouvelle façon de focaliser l’attention sur l’islamisme, si ce n’est l’islam, et créer des dissensions dans l’opinion publique, à quelques mois des élections municipales sur lesquelles la majorité joue une partie de son avenir.

Au même moment, en visite à La Réunion, le président Macron a tenté de se distinguer de l’extrême-droite sur la question du voile, jouant la carte laïque : «Ce qui se passe dans l’espace public, ce n’est pas l’affaire de l’Etat ou du président de la République.» Tout en martelant : «Le voile est utilisé dans certaines circonstances, certains quartiers, par certains, comme instrument de revendication et de séparatisme dans la République, qu’on appelle communautarisme (…) J’ai un problème avec une revendication qui devient politique.»

Alors que ce phénomène de la radicalisation a fait la une de l’actualité politique, un récent sondage est éclairant.

«Faut-il demander aux Français de mieux repérer les personnes radicalisées, au risque de provoquer des signalements abusifs ou bien ne pas le faire et éviter d’instaurer un climat de méfiance dans le pays ?» se demande Emile Leclerc, directeur d’étude à l’institut d’opinion Fiducial-Odoxa.

La majorité des personnes sondées pour l’étude d’opinion souhaite éviter le clivage social qui consisterait à faire observer une partie de la population par une autre. Cependant, plus le curseur politique des personnes interrogées penchent vers la droite, plus progresse l’idée de se défier des autres. Les jeunes et les femmes sont plus nombreux à craindre le climat de soupçon qui pourrait découler de la surveillance accrue de personnes susceptibles de radicalisation.

Cependant, une majorité (62%) doute de la capacité gouvernementale à assurer la sécurité des Français en matière de terrorisme.

Malgré tout, souligne Emile Leclerc, les Français sont fermes et souhaitent que le signalement soit de la responsabilité des dirigeants d’entreprise ou d’élus : «Après l’attaque de la préfecture de police de Paris et le discours d’Emmanuel Macron invitant à une société de vigilance, la question de la radicalisation est devenue centrale dans le débat public», indique Fiducial Odoxa dans le résumé des enseignements du sondage : «Ce n’est pas nouveau, ce sujet est particulièrement sensible aux yeux des Français. Dans notre sondage portant plus particulièrement sur le cadre du travail, ils expriment une nouvelle fois des opinions très fermes et unanimement partagées, quelle que soit leur proximité partisane.

En d’autres termes, la radicalisation n’a pas du tout sa place au travail à leurs yeux. Ils sont ainsi 85% à se dire favorables à la radiation de la Fonction publique d’un individu s’il donne des signes de radicalisation. Parallèlement, 77% des Français soutiennent l’idée que la radicalisation d’une personne devrait être considérée comme une ‘‘incompatibilité professionnelle’’ susceptible de déclencher un licenciement.»

 77% disent qu’ils ne sauraient pas reconnaître une personne radicalisée

Le rapport indique, d’autre part, que pour les Fiches S  (S comme sécurité) les Français sont favorables à ce que certains élus et professionnels y aient accès. Ainsi, les sondés considèrent que signaler les salariés radicalisés fait partie des rôles d’un dirigeant d’entreprise (77%). Les deux-tiers d’entre eux jugent même que, pour mener à bien leur mission, ces mêmes dirigeants doivent pouvoir consulter les fiches S. Emile Leclerc rappelle que «c’est ce que soutiennent certains élus et professionnels qui souhaitent pouvoir vérifier si un individu est fiché pour éviter de l’embaucher ou pouvoir le licencier».

Les personnes sondées vont plus loin, puisqu’elles seraient favorables à ce que ces autorisations soient étendues aux DRH des entreprises. Ils sont 81% à être favorables à un accès permis aux maires, 83% aux dirigeants d’entreprises privées de secteurs «sensibles» et 84% aux dirigeants de services publics.

Pour Emile Leclerc, ce résultat, «s’il pose des questions pratiques et légales, il ne crée pas de clivages politiques. Quelle que soit leur proximité partisane, les Français soutiennent massivement les autorisations évoquées précédemment».

Sur l’idée d’une «société de vigilance», beaucoup sont quelque peu désappointés : quels sont les signes indéniables d’une radicalisation ? Ces dernières semaines, après le discours d’Emmanuel Macron sur la société de vigilance, beaucoup ont tenté d’en définir les contours, suscitant débats et polémiques. «Les Français sont désarçonnés : 77% d’entre eux nous disent qu’ils ne sauraient pas reconnaître une personne radicalisée», précise le sondeur. Pour lui, il y a une «confusion» dans la manière «dont se déroulent actuellement les débats et pointe aussi la difficulté qu’il y aurait à vouloir faire porter aux Français la responsabilité de la détection de la radicalisation».

Toutefois, beaucoup seraient prêts à signaler le cas d’un proche, d’un collègue ou d’une personne dont ils craindraient la radicalisation. Il reste qu’un peu plus de la moitié de l’échantillon interrogé estime que demander de mieux repérer les personnes radicalisées instaure un climat de suspicion.

Emile Leclerc en conclut que «les questions de la radicalisation et de son signalement suscitent des débats au sein de la classe politique ainsi que dans l’opinion». Des débats délicats, dont on n’est pas encore sorti.


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