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Boris Perrin. Éditeur : «Le fait saillant, c’est la trahison des dirigeants politiques»

08 janvier 2019 à 9 h 05 min

C‘est une autre histoire de la Commune de Paris que nous propose la maison d’édition Les Mutins de Pangée. Dans un coffret de trois DVD, en plus d’un livre, nous est restitué un enregistrement phénoménal des cours d’Henri Guillemin. Filmé très simplement dans un studio de la Télévision suisse romande, l’historien-conteur livre une analyse approfondie de l’événement politique majeur du XIXe siècle : la Commune de Paris de 1871, épisode annonciateur de temps de crises sociales jusqu’à ce jour.

La Commune rappelle aussi aux Algériens la répression du soulèvement initié par El Mokrani, survenue en 1870.
Ce travail éditorial est aussi indispensable pour comprendre l’Histoire de France, peu enseignée et plus que jamais utile pour comprendre la France d’aujourd’hui. Ainsi, explique l’éditeur, «avec la précision d’un horloger helvète, Henri Guillemin décortique la trahison des élites, la bassesse des bien-pensants, la servilité des ‘‘honnêtes gens’’, la veulerie des dominants tout autant que les raisons qui entraînèrent le peuple de Paris à la faillite».
Boris Perrin, qui a mis en forme cette production, nous en parle et confronte le regard historique à des événements plus actuels.

 

Pourquoi avez-vous travaillé dans votre maison, Les Mutins de Pangée, sur ces enregistrements d’Henri Guillemin sur la Commune de Paris, événement révolutionnaire de 1870 ?

Cela entre dans notre positionnement éditorial. Notre imaginaire est assez lié aux Communards. Nous sommes dans cette perspective historique, dirions-nous. On n’est jamais loin des damnés de la terre. On pense qu’il faut lier les événements historiques qui éclairent sur ce qui se passe aujourd’hui en termes de mouvement social et d’évolution du monde aux XXe et XXIe siècles. Il y a des choses qui traversent les décennies. Cet éclairage est important. Cela permet de comprendre le présent.

Ce qui est intéressant dans votre travail d’édition, c’est cette découverte d’Henri Guillemin. Pouvez-vous nous en parler ?

C’est quelqu’un qui avait une influence dans les années 1970, en Suisse. Ses textes et enregistrements d’émissions de télévision sont revenus par le biais des archives internet. Sauf que la qualité des vidéos n’était pas fameuse, notamment sur le site des archives de la Radiotélévision suisse. Quand on a eu l’idée de faire ce coffret, on a discuté avec les gens de la RTS s’il n’y avait pas une opportunité que cette valeur patrimoniale, en image et en son soit restaurée. On a eu l’accord. Du coup, dans le coffret, la qualité est celle du seize millimètres de l’époque.

Qui était Henri Guillemin ?

Il tenait une émission sur la Télévision suisse romande, qui est devenue la RTS. Pendant quinze ans, il y a œuvré. Il a fait beaucoup de choses sur l’écriture de l’histoire et pas seulement sur la Commune. Il a fait notamment une série sur Pétain qui nous intéressait de rééditer prochainement. Le lien est évident entre la Commune et la Collaboration avec les nazis : comment les élites ont trahi la France, vendue à des mains ennemies. Le parallèle nous intéresse.

Guillemin faisait cela à une époque où en France c’étaient Alain Decaux ou André Castelot qui écrivaient à la télévision et dans les médias dominants une histoire moins dérangeante. On était dans un autre consensus…

Oui, c’était le pendant de droite sur le même créneau. Alain Decaux, 25 ans plus tard, a complètement disparu des boussoles. Guillemin, à l’aune de la technologie internet, est quant à lui remonté et ressorti des abysses de la télévision.

Quel enseignement peut-on tirer, en termes d’analyse historique, de l’apport de Guillemin sur le phénomène de la Commune de Paris ?

Ce qui est criant, c’est le soutien écrit de sa plume, qui se superpose à la parole des conférences. On a donc publié en même temps que les DVD un livret dans le coffret. Pour vous répondre, je dirais que le fait saillant, c’est le rapport des dirigeants politiques à la trahison du peuple. Ce monde de la manigance, de la fourberie. Ainsi, très tôt, dans le déroulement des faits de la Commune, on voit le gouvernement français se partager le territoire avec les Prussiens qui sont aux portes de Paris. La manière dont ils ont cédé l’Alsace et la Lorraine est aussi troublante.

Ce sont les ego politiques qui sont en jeu ?

Pas seulement. Ou plus que cela. Il y a des rapports de classe très forts. Quand Napoléon III rentre dans le conflit prussien, en 1870, c’était pour lui aussi une manière de régler un conflit intérieur en focalisant l’opinion sur un conflit extérieur. Sauf qu’il n’avait pas imaginé que cela tournerait à son désavantage et mettrait fin à l’Empire après la défaite de Sedan et la reddition rapidement négociée pour éviter le conflit avec la population et la chute de l’Empire. Le soulèvement de la Commune devient alors central, même au point de vue international.

Ce mouvement de défense et de révolte du peuple de Paris face à la menace prussienne déborde sur une révolution sociale. Tout le monde se rend compte qu’il faut régler ce problème et c’est pourquoi un large champ de manœuvre est laissé à Thiers et aux Versaillais pour que cela ne contamine pas l’Europe.

Une idée forte de la répression est la défense de la «République». Justement, ne peut-on pas penser que la République est un jouet entre les mains de certains qui prétendent la défendre ?

C’est bien le pari de Thiers, qui est plutôt proche de l’aristocratie ou de la monarchie, de se rapprocher des Républicains en se disant que les temps changent et qu’on ne peut plus jouer la carte autoritaire, celle du monarque absolu. Avec l’idée qu’il faut associer un peu le peuple auquel on met en avant le vote. Pour Thiers et les siens, cela va asseoir un compromis dans lequel le peuple aura l’impression de participer et cela va lui laisser les mains libres pour le reste.

C’est une république fantoche, une république dans laquelle l’idée de démocratie est travestie dès le départ. C’est seulement pour donner l’illusion que dans les grandes décisions le peuple peut être consulté et associé, mais in fine, c’est juste pour rebattre les cartes et affermir les pouvoirs dominants et la classe précédemment dominante.

La République fonctionne, jusqu’aux moments de crise, comme celle qui a démarré en France à la fin de l’année 2018. Quel est le parallèle que le militant ou l’historien peut faire avec une histoire qui remonte à la Révolution française ?

Je crois que la cause peut être trouvée dans le non-partage des richesses. Et le rapport de domination de classes. Là-dessus, ceux qui tiennent les rênes ne veulent rien lâcher. On a bien compris que l’installation et la préservation de la classe dominante tire sa force de l’exploitation du plus grand nombre pour asseoir son confort. C’est le même jeu qui se joue et qui est à l’œuvre depuis longtemps.

Depuis que la République existe, le pouvoir se transmet par les urnes, alors que de moins en moins de gens votent. Est-ce qu’il y a une relation, selon vous, entre cette domination qui ne dit pas toujours son nom et l’abstention citoyenne grandissante ?

Oui, je crois que le pouvoir populaire n’est accordé qu’à la marge, comme le voulait Thiers en 1870. Au bout de 150 ans, les gens comprennent que leur parole n’est qu’à la marge. On a bien vu, avec le référendum européen de 2005, refusé par les urnes et que Sarkozy a refait passer par le traité de Lisbonne qui n’a pas été soumis au suffrage. Ce renversement de l’expression populaire, les gens en sont de moins en moins dupes.

Ce qui est intéressant dans le mouvement des «gilets jaunes», c’est que cela cristallise en dehors des partis politiques mais aussi des centrales syndicales, comme si les manifestants avaient envie de prendre directement en main leur destin. Avec une certaine pagaille, car il faut inventer des formes, rationaliser la contestation.

Le mouvement est en tout cas porteur d’un certain nombre de choses dans son hétérogénéité gauche, droite. Extrême droite, extrême gauche. Une façon de se désengager des carcans politiques qui enferment. C’est une invention dont on ne sait pas trop où ça va aller, mais c’est une manière de réagir par rapport au cadre faussé de la République. C’est salvateur et très sain. Cela augure peut-être d’une nouvelle période politique.

 

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