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vendredi, 27 novembre, 2020
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Attentat de Conflans-Sainte-Honorine : Tensions et dommages collatéraux

24 octobre 2020 à 10 h 38 min

Le climat délétère, anxiogène engendré par l’aggravation de l’épidémie de la Covid 19 est accentué par les répercussions de l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty la semaine dernière. Il ne fait pas bon être musulman ou considéré comme tel en France.

Raison gardée et tête froide nécessaire pour supporter le flot continu de déclarations de haine, d’exclusion plus que blessantes pour les musulmans. Quand bien même ils ont, eux aussi, comme l’ensemble de la société française, ressenti et partagé l’effroi général suscité par l’abominable assassinat de l’enseignant Samuel Paty, ils n’en sont pas moins rendus comptables par d’aucuns de tout acte criminel ou délit commis au nom de leur religion qu’ils aspirent pratiquer sereinement et dignement.

En attendant que l’onde de choc de l’assassinat de Samuel Paty s’estompe, les musulmans font le dos rond. Les vexations, les brimades, les propos racistes sont légion et ne datent pas d’aujourd’hui. Doivent-ils pour autant payer pour une minorité de fanatiques radicalisés ? Ceux-ci doivent être jugés et sanctionnés pour leurs crimes et délits, toute forme d’extrémisme, de radicalisation doivent être combattues avec la plus grande fermeté, c’est clair et entendu et sans ambiguïté. Mais les amalgames sont porteurs de danger de dérapage, de germes de division et de dommages collatéraux malmenant le vivre-ensemble.

Quelques cas récents

«Elles nous ont traitées de ‘’sales Arabes’’». Un premier cas concerne cette agression à l’encontre de deux Algériennes qui se promenaient en famille dont des enfants sur le Champ-de-Mars près de la Tour Eiffel, dimanche dernier. France Info a recueilli le témoignage de Kenza, 19 ans, qui, quatre jours après l’agression, a un encore «un bandage autour de la tête, très mal au ventre et l’air épuisée». Le soir de l’agression, alors que sa famille et elle se promènent sur le Champ-de-Mars, un chien, un pitbull selon Kenza, s’approche des enfants. Les deux propriétaires de l’animal, deux femmes d’une vingtaine d’années, arrivent.

Elles sont alcoolisées et le ton monte immédiatement, raconte Kenza : «Une des femmes s’est approchée de ma sœur, qui est voilée, et a voulu lui arracher son voile. Donc moi, je me suis interposée. A ce moment, elles nous ont traitées de ‘‘sales Arabes’’. Elles étaient violentes.» Kenza est blessée à la tête, au ventre et au bras. Sa sœur reçoit, elle, six coups de couteau dont un qui perfore le poumon, elle est toujours à l’hôpital. «C’est clairement pour moi un acte raciste, c’est important de le souligner parce que ce n’était pas un simple fait-divers ou une simple agression. Cela visait mon origine ou ma religion», soutient Kenza.

Les deux femmes accusées d’avoir agressé Kenza et sa cousine ont été mises en examen. L’une a été placée sous contrôle judiciaire, l’autre en détention provisoire. Le parquet de Paris a retenu le caractère raciste de l’agression. Kenza et son avocat demandent maintenant que les faits soient requalifiés en tentative d’homicide.

«La laïcité, ce n’est pas la négation des religions»

A contrario, une mineure de 16 ans a été mise en examen après avoir insulté une enseignante qui a abordé en cours la question du voile, au lycée Pierre d’Aragon de Muret, près de Toulouse (Haute-Garonne), selon des médias locaux. Elle a été mise en examen par le juge des enfants pour «outrage à personne dépositaire d’une mission de service public dans un établissement scolaire», a précisé le parquet de Toulouse.

L’enseignante d’histoire-géographie assurait, vendredi 9 octobre, un cours d’instruction civique à une classe de terminale professionnelle. Son cours évoquait notamment l’égalité entre les femmes et les hommes. Le débat a dérivé, à l’initiative des élèves, sur le port du voile. «Une élève d’une autre classe est venue injurier la professeure, explique Philippe Destable, directeur académique adjoint de Haute-Garonne. Les personnels qui se trouvaient dans le couloir sont intervenus immédiatement.» Dans cette affaire, l’assassinat de Samuel Paty a accéléré l’enquête.

Carole Delga, la présidente de la région Occitanie appelle à la fermeté : «Il n’y a pas à avoir de menaces sur les enseignants, et bien sûr, il ne faut pas céder. La laïcité, ce n’est pas la négation des religions. En France, on est libre de croire ou de ne pas croire, mais cette croyance se fait dans la sphère privée.» La professeure insultée a porté plainte pour outrage.

L’adolescente de 16 ans mise en examen risque elle jusqu’à six mois de prison et fait également l’objet d’une mesure de liberté surveillée. Elle fait aussi l’objet d’un renvoi temporaire de son lycée, ainsi que deux autres élèves en attendant leur passage en conseil de discipline.

«La guerre tu vas l’avoir»

Autre cas antérieur à l’affaire de Conflans-Sainte-Honorine, celui du maire de Givors, Mohamed Boudjellaba, couvert d’injures et menacé dans une lettre anonyme cet été. «Fous le camp bougnoule si tu ne veux pas brûler comme une merguez»… «La guerre tu vas l’avoir», «On sait encore se servir d’une mitraillette», «Tu sais comment ça fait une bombe dans une habitation, ça fait boum». «En tout, quatre pages de calomnie, de haine raciale et de menaces», a résumé Mohamed Boudjellaba qui avait remporté, fin juin, sous l’étiquette DVG-EELV, le second tour de l’élection municipale à Givors, une ville de 20 000 habitants située entre Lyon et Saint-Etienne. Un homme d’une soixantaine d’années, qui signait ses lettres «des retraités français» devait être jugé en comparution immédiate après avoir reconnu les faits en garde à vue.

Comment apaiser les tensions que traverse la société française, toutes composantes confondues ? Calmer les esprits ? Mettre fin à l’escalade verbale, voire plus ? Comment (re)construire le vivre-ensemble ? Interrogations qui interpellent les pouvoirs publics, les collectivités, les institutions et la société tous ensemble, chacun à son niveau, selon ses responsabilités et prérogatives ; pour les uns, le champ des initiatives pour les autres.

Paris
De notre bureau Nadjia Bouzeghrane

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