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Après la crise suscitée par le documentaire de France 5 : Le hirak mis à l’épreuve

02 juin 2020 à 9 h 21 min

Peut-on voir le monde en face, selon l’intitulé de la soirée débat de France 5 où a été diffusé le documentaire Algérie mon amour de Mustapha Kessous ? Quelques réponses dans la presse française et sur Facebook …

D’une manière générale, la presse quotidienne française tente de comprendre ce qui se cache derrière la montée au créneau du pouvoir algérien qui a rappelé son ambassadeur à Paris suite à la diffusion du film de Kesssous sur France 5 et d’un autre sur LCP (déjà diffusé en 2019 sur Arte).

Pour Libération, «la polémique autour du documentaire offre au pouvoir algérien une bonne diversion au moment où il accroît la pression et la répression. D’où le choix de l’escalade diplomatique contre la France, toujours payant pour ranimer la fierté nationaliste, le ‘‘one-two-thrisme’’ comme on l’appelle, incarné par le cri des supporteurs de l’équipe de foot, ‘‘one two three, viva l’Algérie’’».

Le monde souligne que le «rappel de l’ambassadeur intervient dans un contexte de tensions persistantes en Algérie. Si les grandes manifestations organisées chaque vendredi se sont arrêtées du fait de la Covid19, les attaques contre des opposants, des journalistes, de jeunes internautes critiques du pouvoir, n’ont, elles, pas cessé».

Le Figaro est plus dur avec le gouvernement algérien. Dans un article qui prend largement la forme d’un éditorial, le journal écrit : «Le caractère tout à fait disproportionné du nouvel incident diplomatique suggère également une certaine fragilité du pouvoir, qui pourrait utiliser la carte du nationalisme pour masquer ses difficultés politiques et économiques.

La crise sanitaire avait interrompu le mouvement populaire hirak, mais nul doute que les manifestations reprendront quand elle aura été dépassée. Or, la crise économique qui s’annonce en Algérie, comme partout ailleurs, risque de grossir le nombre des mécontents. Cette nouvelle passe d’armes entre Alger et Paris intervient en outre à un moment où la répression se poursuit contre les opposants, les journalistes et les médias indépendants.»

L’Humanité renchérit en estimant qu’il s’agit d’«un numéro de cirque diplomatique à usage interne» : «Le pouvoir instrumentalise ici la polémique allumée sur les réseaux sociaux par le film du journaliste Mustapha Kessous, Algérie mon amour, qui met en scène des jeunes gens ayant pris part au mouvement populaire. (….) Bigots et conservateurs en ont profité pour s’en prendre sans ménagement, jusqu’à la menace, à certains protagonistes du film, accusés de donner une mauvaise image du pays.

Certaines réactions, plus rationnelles, cristallisent toute la difficulté de tramer le récit d’un mouvement complexe, dans un contexte de censure et de répression. Autant d’empoignades qui ont ravi le pouvoir, décidé à court-circuiter quoi qu’il en coûte toute reprise de la contestation.» «Insolite feuille de route commune» entre opposants et gouvernement

Du face à face entre les hirakistes et le pouvoir, certains se demandent s’il n’y a pas comme une inspiration qui se rejoint dans la manière de dénoncer une création intellectuelle. En ce sens cet épisode télévisuel sonne comme une épreuve pour le hirak.

Le site de la radio France culture rappelle : «Le documentaire Algérie, mon amour était de toute évidence très attendu en Algérie. Quelques jours avant sa diffusion par France 5, le teaser était largement partagé sur les réseaux sociaux.» Pourtant, «après la diffusion du documentaire, une tempête de protestations se fait entendre sur les réseaux sociaux.

Les réactions sont vives, parfois délirantes. Le plus étrange est que les critiques les plus virulentes proviennent des militants connus du hirak». Et de conclure, «la réaction officielle du gouvernement qui épouse les mêmes arguments que certains leaders du mouvement du hirak ne manque pas de piquant. Dilemme du jour, comment prendre ses distances avec la réaction du régime honni sans trop renier ses critiques publiées la veille ?»

Sur Facebook, plusieurs profils de personnalités algériennes établies à l’étranger rappellent l’impasse de cette insolite feuille de route commune entre opposants et gouvernement. Ainsi, l’homme de radio et écrivain Aziz Farès rétablit le choc du contenu et l’hypocrisie de la réaction : «Algérie mon amour, ou Algérie de mes amours.

Au delà des entrevues et des images piquées sur internet et que tout le monde connaît, ce documentaire n’est pas un document au sens où il présenterait une trame qui pourrait éclairer sur le thème annoncé.

Il s’agit plus d’un fantasme et comme tout fantasme, s’il n’est pas réalisé, il tourne en toile de fond comme un logiciel espion. Kessous a maladroitement mis en scène le mal-vivre de la jeunesse algérienne qui, très légitimement, demande à vivre pleinement. Les mots utilisés ont semble-t-il choqué quelques oreilles chastes qui pourtant profèrent des insultes à longueur de journée englobant din de ton père et sexualité bridée. C’est une réalité que certains/es veulent occulter avec un tamis.

Ce film peut paraître partial, et il l’est dans la mesure où il exprime le réel. Ce n’est pas de la fiction. Mais parfois le réel est tellement dur qu’il semble inconcevable. (…) Mustapha Kessous a pris un risque; non pas de faire ce film mais de le proposer à France 5. C’est peut être là que le bât blesse».

Abdou Semmar sur son profil Algerie Part est plus grinçant : «Les hirakistes ne digèrent pas ce documentaire qu’ils continuent d’insulter et de vilipender jusqu’à mercredi après-midi. Pour le régime algérien, c’est un cadeau du ciel. Une occasion en or sur laquelle il saute pour récupérer cette colère populaire sur Facebook afin de se poser en victime d’une campagne de dénigrement.»

Enfin, l’universitaire Lahouari Addi voit le bon côté des choses : «Si le documentaire n’avait pas suscité une telle vague d’indignation, j’aurais dit que le hirak est fini. Ce n’est pas le cas.

Il y a eu certes des mots excessifs, des accusations non fondées, mais dans l’ensemble, je trouve que cette levée de boucliers est saine. (…) Au fond, ce que disent ces commentaires, c’est que le hirak n’est pas une contestation d’un ordre moral socialement hypocrite.

En France, aux Etats-Unis, etc. l’ordre moral aussi est socialement hypocrite. Le hirak n’est pas un Mai 68 d’un pays du Sud arriéré. C’est une contestation d’un régime politique hostile à la première des libertés: la liberté politique.»

 

Lyon / De notre correspondant  

Walid Mebarek



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