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Cela est-il le fait du hasard ? Trois ministres français ont abordé des questions relatives à l’islam en France et les médias se sont emballés.

A la recherche du «Molenbeekiste» masqué

12 avril 2016 à 10 h 00 min

Poussé par l’élan du terrorisme qui a frappé Paris, puis Bruxelles, le ministre de la Ville, Pascal Kanner reconnaît implicitement le peu d’impact de la politique publique sur les quartiers dits «sensibles».

Brandissant l’idée que la France a une centaine de cités de type Molenbeek, commune belge d’où sont issus les terroristes qui ont frappé Paris et Bruxelles, il précise cependant au quotidien Le Parisien qu’il ne s’agit pas de «stigmatiser» ces lieux où les questions de chômage et d’intégration sociale sont à vif.

«Ce sont des quartiers qui cumulent les difficultés en termes d’urbanisme, de chômage, de service public défaillant. Sur la centaine de quartiers concernés, certains présentent des ressemblances sur tel ou tel aspect avec Molenbeek : concentration extrême de problèmes sociaux, ultra-communautarisme, économie souterraine, abandon des services publics et des élus locaux malheureusement dépassés.

Oui, il y a des risques, mais c’est parce qu’on agit qu’il n’y aura pas de Molenbeek en France.» Malgré ce regard relativement objectif sur des quartiers abandonnés, le système d’information bâclée et répétitive a plutôt poussé les auditeurs et spectateurs à voir dans chaque musulman un «Molenbeekiste» masqué.

Ce surf sur la vague islamiste a exacerbé les peurs. Ce qu’ont dénoncé les responsables musulmans comme Anouar Kbibech, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) : «On a plus besoin maintenant d’apaisement et de travail de fond, et pas tellement d’effets d’annonce et de prises de position un peu clivantes, qui pourraient être perçues comme stigmatisantes.»

Parler d’une centaine de Molenbeek, ça marque forcément les esprits anti-musulmans, d’autant que quelques jours plus tard, deuxième étage de la fusée gouvernementale, le Premier ministre Manuel Valls corrobore, estimant que «le salafisme est en train de gagner la bataille idéologique et culturelle de l’Islam de France». Rien que ça ! «Les salafistes doivent représenter 1% aujourd’hui des musulmans, mais sur les réseaux sociaux, il n’y a qu’eux finalement qu’on entend». Sans décodeur pour le commun des citoyens, cela peut faire accroire que chaque musulman est un salafiste en puissance.

Le chef du gouvernement intervenait à la fin d’un colloque au théâtre Déjazet à Paris sur «L’islamisme et la récupération populiste en Europe».

Abdallah Zekri, secrétaire général du CFCM, a réagi clairement en se demandant si cette «surenchère médiatique de la part de certaines personnalités publiques» et ces «déclarations intempestives» ne faisaient pas «le jeu des recruteurs de Daech». Le fil est mince et peut rompre à tout moment entre vigilance contre l’islamisme politique et lutte contre le racisme exacerbé par certains propos dont on se demande, explique M. Zekri, si on n’est pas déjà entré en «campagne électorale».

L’islamisme promu au devant de la scène publique

Le troisième étage de la fusée gouvernementale de la séquence «islam» fut allumé par Laurence Rossignol, secrétaire d’Etat aux femmes. Elle s’est insurgée que des sociétés anglaises de mode décident de commercialiser la mode du vêtement féminin islamiste. Les féministes se sont engouffrées derrière la ministre avec des arguments sur l’enfermement des femmes qui se voilent, sur l’inégalité hommes-femmes que cela représente… que le voile est le vaisseau amiral de l’islamisme, etc. Manuel Valls a aussi parlé d’«asservissement de la femme», jugeant que l’interdiction du port du voile se pose aussi aujourd’hui dans un domaine comme celui de l’université, redonnant vie à un débat qui revient cycliquement.

Certains ont applaudi à ces prises de position, d’autres ont entendu plutôt les arguments des femmes voilées, qui se «voilent» derrière l’argument de la liberté vestimentaire. Alors que la philosophe Elisabeth Badinter a considéré qu’on ne peut se considérer féministe et défendre le port du voile.

Peu importe en réalité le fond du débat qui renvoie à une confusion de plus en plus grande et dangereuse. Pendant plusieurs jours, la France a été envahie par une forme médiatique éprouvante qui, au nom d’une volonté de lutter contre l’islamisme, l’a au contraire promu au-devant de la scène publique comme aucun agent de communication patenté ne réussirait à le faire. Le dernier coup de fichu publicitaire a d’ailleurs été donné par les hôtesses d’Air France, compagnie qui va bientôt de nouveau se poser en Iran.

Elles annonçaient avec fracas qu’elles refuseraient de porter le foulard à l’atterrissage à Téhéran. Débats et sur-débats se sont succédé. Valeurs, laïcité, droits de l’homme… Tout a été sorti des placards de la bonne conscience, jusqu’à ce que la compagnie tranche : seules les volontaires seront sur la ligne Paris-Téhéran. Ouf, on avait cru au pire…

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