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5e JIFA d’Ars-sur-Moselle : Un moment de rencontre culturelle et de partage cinématographique

03 décembre 2019 à 9 h 01 min

Les 5es Journées internationales du film amazigh (JIFA) d’Ars-sur-Moselle (du 21 au 26 novembre dernier) – à l’initiative de l’association d’échanges culturels franco-berbère, Azar, en partenariat avec le cinéma Union de la ville – ont été en phase avec la révolution pacifique du peuple algérien mobilisé depuis le 22 février 2019 pour une nouvelle République démocratique.

Les cinquièmes JIFA ont débuté avec la projection du documentaire sur la liberté d’expression, Contre-Pouvoirs de Malek Bensmaïl sur la campagne électorale pour un quatrième mandat de Abdelaziz Bouteflia depuis la rédaction d’El Watan.

Une quinzaine de films, fictions et documentaires ont été à l’affiche, traitant de thèmes tels que la laïcité et le combat de la femme pour les libertés et son émancipation.

Il y a eu aussi Unis vers Kateb, une fiction de la Franco-Marocaine Rahma El Madani, qui met en scène Mahfoud Lakroun, comédien fétiche du dramaturge et écrivain Kateb Yacine, et de jeunes acteurs de la ville de Béjaïa qui se rencontrent autour du prologue de la pièce de Kateb Yacine, Mohamed prends ta valise. Un parallèle entre le contenu de la pièce montée en 1972 et l’Algérie actuelle qui vit sa révolution et se met progressivement en place.

Des jeunes chantent Ma liberté de Soolking, puis parlent du hirak, de leurs aspirations, de l’Algérie qu’ils veulent. «A l’école, on ne nous a pas parlé de Kateb Yacine», «on a besoin de savoir», dit l’un d’eux. «Yacine, c’est plusieurs choses en même temps, une sorte de vigile», répond Mahfoud Lakroun, rappelant que «Nedjma (l’œuvre phare de Kateb Yacine), on l’a eue dans notre scolarité, ce n’est plus le cas aujourd’hui, c’est voulu.

C’est la même chose en ce qui concerne Mouloud Mameri». Et le comédien évoque les «années glorieuses» du théâtre algérien. Les tournées à travers le territoire national de la troupe de Kateb Yacine dans les centres de formation professionnelle, les usines…

La caméra revient sur les manifestants du hirak, dans la rue. «La police est partout, la justice nulle part. Chômage, harga, c’est la politique de la içaba», clament les jeunes manifestants. «Unis vers Kateb» est «un projet en développement», a souligné sa réalisatrice et productrice. «C’est le premier jet d’un long métrage en préparation.»

Le réalisateur du court métrage de fiction «Celui qui brûle (2016), Slimane Boumia, souligne que le mérou congelé (au cœur du documentaire), et qui reprend vie une fois dans l’eau de la Méditerranée, est un ‘‘poisson-miroir’’ d’Algériens contemporains, représentés par cinq personnages : Lounès, Rachid, Ounissa, Célia et Yanis. C’est une manière de symboliser l’Algérie qui, à un moment, peut paraître congelée puis reprend vie».

En hommage aux femmes, à leur courage et à leurs engagements, plusieurs films ont été programmés.

Maquisardes, un film écrit et réalisé par Nora Hamdi, adapté de son livre édité par Grasset. Maquisardes repose sur le témoignage de sa mère à qui elle dédie son film. «C’est quand elle a eu 70 ans que j’ai découvert la vie de jeune fille de ma mère», souligne Nora Hamdi. «Et je ne voyais pas de femmes ou très peu dans les films sur la guerre de Libération nationale de l’Algérie».

Son film, Nora Hamdi le veut «à la mémoire de toutes les femmes disparues, oubliées de la guerre d’Algérie». Maquisardes est le croisement de deux femmes, une jeune paysanne et une ancienne résistante française. Lors d’une attaque, la jeune paysanne se fait capturer par un groupe de commandos qui la conduit dans un lieu d’interrogatoire interdit où elle est enfermée avec l’ancienne résistante française. Autre film inspiré de faits réels, Sœurs d’armes, de Caroline Fourest (France, 2019, 112’).

C’est l’histoire de deux jeunes Françaises, Kenza et Yaël, qui rejoignent une brigade internationale partie se battre aux côtés de combattantes kurdes. Leur quête croise celle de Zara, une rescapée yézidie. Issues de cultures différentes, mais profondément solidaires, ces «sœurs d’armes» pansent leurs blessures en découvrant leur force et la peur qu’elles inspirent à leurs adversaires. «Quand les femmes se rebellent, on les renvoie chez elles. Pas cette fois.» «Pour une fois, ils nous craignent. Cette peur est notre force», dit une protagoniste du film.

Blessée à mort par des tirs d’éléments de Daech, Kenza parle de sa sœur Katia (allusion à la jeune lycéenne Katia Bengana), assassinée par les islamistes en Algérie parce qu’elle avait refusé de porter le hidjab. L’islam de mon enfance, un documentaire de Nadia Zouaoui (Canada, Algérie, 90’) décrypte l’impact dévastateur de l’islam politique sur la culture et les traditions religieuses en Algérie qui a connu le pire du terrorisme islamiste avec sa «décennie noire» et ses 200 000 victimes.

Papicha, une fiction inspirée de faits réels pendant la «décennie noire» de Mounia Meddour (Algérie, 106’). Nedjma (Lina Khoudri), 18 ans, étudiante habitant la cité universitaire de Ben Aknoun, rêve de devenir styliste. La situation politique et sociale du pays ne cesse de se dégrader. Refusant cette fatalité, Nedjma décide d’organiser un défilé de mode, envers et contre tout.

Deux documentaires relatifs au patrimoine amazigh méconnu de la Tunisie. Le premier, Azul de Wassim Korbi (2013, 45’), qui a pour cadre un village du sud-est de la Tunisie, évoque un héritage oublié dont ne restent que des tatouages gravés sur la peau tannée par le soleil des hommes et des femmes, des ruines millénaires, et la langue parlée par les plus vieux.

Le second documentaire, Tadmort (5 minutes, 2017), de Safa Ghali met en scène un village amazigh de montagne du Sud tunisien, dont les habitants se battent dans la perspective de préserver leur culture et de garantir sa transmission aux générations suivantes. A la faveur de la révolution de 2011 en Tunisie, des associations, des activistes amazighs se mettent en quête de cet héritage millénaire, de l’actualiser, et de le faire connaître pour que les Tunisiens s’en saisissent.

Un focus a été mis cette année par les JIFA d’Ars-sur-Moselle sur les Guanches (population autochtone berbère des îles Canaries), à travers un documentaire, Canarias Amazigh, d’Antonio Bonny et Pablo Rodriguez Alonso (56’). A partir d’une visite des plus anciens sites archéologiques des îles Canaries et avec l’aide de nombreux experts, le film explore les origines des premiers habitants de l’archipel.

Les premières recherches effectuées révèlent que leur origine est nord-africaine et qu’ils sont arrivés par la mer. Le film a été suivi d’une conférence-débat sur «Les Canariens amazighs, entre mythes et réalité» par Luis Falcon Rivero, président de l’association Azar des Canaries, fondée en 1995.

«Notre objectif principal est de développer la culture amazighe en tant que partie de notre identité», a souligné l’orateur, ajoutant que «l’identité amazighe des Canariens repose sur des déterminants géographiques et archéologiques, des us et coutumes». «Les premières populations amazighes seraient arrivées aux Canaries depuis l’Afrique du Nord, vers le cinquième siècle avant J.-C.».

Ainsi, les JIFA visent principalement trois objectifs : «Promouvoir le cinéma amazigh et favoriser sa visibilité en région lorraine» ; «favoriser la mixité et la diversité socio-culturelle dans un esprit d’ouverture et d’échanges» ; «soutenir le cinéma indépendant et permettre ainsi aux salles de proximité de continuer d’exister», indiquent ses initiateurs.

A souligner que l’association Azar («Racine» en tamazight) a été créée au printemps 2014 à Ars-sur-Moselle, une petite ville de 4000 habitants dont le quart est originaire de la région de Béjaïa. Les premiers immigrés kabyles sont arrivés dans les années 50’ pour travailler dans la boulonnerie de la ville, aujourd’hui à l’arrêt. 


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