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Histoire de la révolution algérienne : 2 août 1936, l’idée neuve d’une nation algérienne

06 juillet 2021 à 10 h 03 min

Après l’avènement du Front populaire en France en juin 1936, les nationalistes algériens veulent croire que leurs revendications seront enfin entendues.

Le 2 août 1936, l’unique grand meeting du Congrès musulman se tient à Alger au stade municipal de Belcourt, en présence de Messali Hadj, expressément  débarqué de France et qui affine son statut de leader de l’indépendance revendiquée.

Le même jour, l’imam Kahoul est assassiné. Sur ces deux événements, beaucoup de zones d’ombre sont à élucider. C’est ce qu’a tenté de faire Christian Phéline dans l’ouvrage La Terre, l’Etoile, le Couteau, paru en Algérie chez Chihab et en France aux éditions du Croquant.

Aujourd’hui, écrit l’auteur dans la conclusion, «le temps d’une longue vie humaine sépare l’Algérie d’aujourd’hui du 2 août 1936. Près de quatre nouvelles tranches d’âge se sont succédé depuis celle qui, au stade municipal, fit alors triomphe à l’idée neuve d’une nation algérienne.»

Nous reviendrons avec Christian Phéline sur son formidable travail de recherches qui fait renaître l’épopée balbutiante de la lutte pour l’indépendance et la restitue avec talent dans un Alger populaire qui renaît sous sa plume.

Fondatrice, la réunion du 2 août 1936 l’est à plus d’un titre. Et tout d’abord parce que plusieurs tendances y étaient présentes : élus musulmans ; l’Etoile nord-africaine, dont Messali Hadj était la figure de proue ; les communistes qui, quelques mois plus tard, deviendront Parti communiste algérien ; et les oulémas.

Le meurtre du muphti d’Alger, Benali Amor dit Kahoul, poignardé en pleine rue de la Lyre laisse ce jour-là plein d’interrogations. M. Phéline note : «Le muphti était l’un de ces notables indigènes civils ou religieux sur lequel le pouvoir colonial s’appuyait pour perpétuer l’ordre en place. L’administration s’empressa d’ailleurs d’imputer sa mort à une ‘‘vengeance politique’’ émanant de la principale figure algéroise du réformisme musulman, le cheikh El-Okbi, et d’un des membres influents du Cercle du Progrès, le négociant Abbas Turqui.»

La vitalité pluraliste des forces politiques en présence

On lira le fil de l’enquête avec ses pièces non résolues. Quoi qu’il en soit, cette journée, explique M. Phéline, «vingt-huit ans avant le 1er Novembre 1954, engage dans une voie nouvelle tout l’avenir de l’Algérie – et, dans cette mesure, de la France elle-même. Et ce fut comme trois coups brefs frappés à la porte de l’Histoire.» L’historien ne manque pas de relever que cette date reste encore comme inexplorée, en raison de la guerre de Libération qui, à compter de novembre 1954, brouillera les pistes sur les ‘‘origines’’ de la ‘‘Révolution’’.

Il relève : «Mémoires, thèses, ouvrages n’ont certes pas manqué, à Alger même, d’explorer cette période des années 1930. Mais la persistance, jusqu’à nos jours, des enjeux de légitimité y prenant source ont rendu malaisé pour leurs auteurs de se tenir à l’écart des diverses pressions apologétiques. En effet, la partie qui se joue entre juin et août 1936 puis se prolonge jusqu’à la déclaration de guerre est restée source d’embarras pour la plupart des forces politiques de l’Algérie indépendante.

Un État-FLN, forgé sous le régime du parti unique et confisquant à son seul profit la mémoire du combat national, ne pouvait que souffrir de l’évocation précise d’un tel épisode historique. Car, bien avant le moment réputé natif du 1er Novembre 1954, s’y manifestent à la fois une large vitalité pluraliste de l’expression de la population musulmane, un mode de regroupement respectueux des diverses forces politiques existantes et l’expression publique d’un premier parti organisé sur la perspective indépendantiste.»

Il semblerait, selon Christian Phéline, au détour de pages admirablement documentées et illustrées, que «l’acte premier du combat pour l’indépendance remontait au discours d’août 1936 » (…). Avec la particularité qu’aucun «des membres du Congrès de 1936 n’avait, en vérité, ni transgressé le cadre français ni anticipé l’hypothèse de l’indépendance». Malgré tout, ce grand meeting ; unique en son genre, «rompt le lien avec la part d’appropriation des pratiques démocratiques que comportaient les mobilisations d’alors.» 

 


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