Histoire de l'immigration en France : 1973, aux sources du racisme | El Watan
toggle menu
dimanche, 25 octobre, 2020
  • thumbnail of elwatan05102020





Histoire de l’immigration en France : 1973, aux sources du racisme

13 octobre 2020 à 10 h 44 min

Pourquoi 1973 ? En France, c’est l’année où se révèle une montée d’une xénophobie politique dix ans après la fin de la guerre d’Algérie. C’est aussi l’année où les travailleurs «arabes», selon l’expression d’alors, se mettent en mouvement pour revendiquer la dignité.

En Algérie, c’est l’année où le président Houari Boumediène décide de réagir au racisme résurgent en mettant un terme à l’émigration vers la France. C’est ce qu’écrit Catherine Withol de Wenden : «Devant une montée de xénophobie à Marseille suite à l’assassinat d’un conducteur de bus par un Algérien, qualifié de malade mental par la presse, le gouvernement algérien décide, le 19 septembre 1973, de suspendre l’émigration de main-d’œuvre. Celle-ci bénéficiait de la libre circulation, au titre des Accords d’Evian de 1962.»

Il faut dire que ce fait divers dramatique avait entraîné en réaction raciste l’assassinat de plusieurs Algériens à Marseille et devait aboutir à l’attentat contre le consulat d’Algérie. Dans un article intitulé «Une année noire dans le midi», Yvan Gastaut en dresse la macabre liste dans la revue Hommes et migrations qui fait le point dans un numéro spécial 1973, une année intense. Nous sommes 5 ans après le tournant du mouvement de mai 1968 qui scanda pour la première fois le slogan de l’égalité des droits entre immigrés et Français.

Cette alerte sociale et politique aboutit au virage progressiste pour les droits des immigrés avec l’arrivée de Mitterrand au pouvoir en mai 1981, suivi du retour de la gauche aux affaires.

Dans sa très instructive introduction, sous le titre 1973, l’année intense, le professeur Yvan Gastaut situe la période étudiée : «Si, en 1973, l’immigration maghrébine est omniprésente dans l’espace public (plus de 1,4 million au recensement de 1975, avec 800 000 Algériens, 430 000 Marocains et 200 000 Tunisiens), sujet de toutes les attentions, d’autres populations sont installées en nombre dans l’Hexagone. Portugais (760 000 en 1975), Espagnols (500 000) voire Italiens (460 000) sont au centre de multiples discours. (…) L’importante population venue d’Afrique subsaharienne joue aussi un rôle majeur dans cette période postcoloniale : en 1973, les ‘Noirs’, toujours envisagés comme les représentants de races inférieures, subissent bien des vexations qui s’expriment, par exemple, dans les fortes réticentes face aux éventuelles unions mixtes avec des ‘Françaises’ ou le refus d’accès qu’ils se voient opposer dans certains cafés, restaurants ou night-clubs. A l’instar des Arabes…»

On se souvient du célèbre mot d’ordre du Front national, qui vient de naître : «Un million de chômeurs, un million d’immigrés.» Surtout qu’on commence à les médiatiser ! En 1973, écrit Edouard Mills-Affif dans sa contribution, «le mercredi 23 mai 1973, à 20h30, sur la première chaîne de l’ORTF, une nouvelle émission politique «Les Trois Vérités» fait son apparition à l’antenne. La nouveauté réside dans le choix de la thématique du débat de deux heures d’antenne ce soir-là : ‘Les travailleurs immigrés : comment réduire les inégalités ?’ Jusque-là, la question de l’immigration n’avait été que très rarement traitée à la télévision comme un enjeu central de la vie publique méritant d’intéresser l’opinion».

De l’assimilation fantasmée à l’intégration vilipendée

Ces immigrés qui existent, les politiciens vont devoir inventer des solutions pour aider à les «assimiler». Le terme est encore acceptable. Le gouvernement lance alors en 1973 la première mouture d’une «politique de la ville», pour absorber les difficultés qui naissent dans ce qu’on appelle encore les quartiers qu’on affublera du qualificatif de «prioritaire». Yvan Gastaut met l’accent sur cette difficile intégration, substantif peu à peu omniprésent au cœur des débats politiques, mais rejeté par l’extrême-droite qui l’estime impossible et souhaite les renvoyer à la mer.

Pour Yvan Gastaut, «ces migrants peu envisagés à l’aune de l’intégration, les Français les croisent dans leur quotidien sans les connaître, entre mépris, indifférence et ignorance».1974 sera l’année où le nouveau président Giscard d’Estaing mettra un terme à l’immigration organisée avec les pays pourvoyeurs de main-d’œuvre.

Il faut dire que la violence haineuse ne faisait que croître. M. Gastaud précise : «Un pic est atteint dans le Midi lorsque, notamment à Marseille à la fin de l’été 1973, les esprits s’échauffent gravement au point de laisser craindre la propagation d’une véritable ‘guerre raciale’, comme l’a laissé entendre le maire socialiste de Marseille, Gaston Defferre, dans un entretien télévisé début septembre. Mais la haine s’exprime aussi à travers une extrême droite radicalisée bien qu’en pleine restructuration.

Recueillant peu de suffrages, ses militants laissent libre cours à une violence assumée et débridée contre les ‘Arabes’ qu’ils ‘ciblent’ en créant des groupuscules activistes armés.»

Pour les travailleur immigrés, ce rejet est vécu par des vexations continuelles et une législation du travail qui ne leur donne aucun levier d’action.

Contre les circulaires restrictives, comme la circulaire Marcellin-Fontanet de 1973, les travailleurs immigrés vont connaître leurs premiers mouvements de protestation, nés à Noël 1972 et qui se développent en 1973 avec grèves de la faim dans des églises, avec le soutien de l’épiscopat catholique.

Cette contestation va donner naissance à des mouvements organisés, comme l’Union générale des travailleurs sénégalais de France (UGTSF) ou le Mouvement des travailleurs arabes (MTA) qui, explique M. Gastaut, entreront en opposition «aux structures traditionnelles qui sont censées les représenter, comme les amicales ou autres structures en lien avec les gouvernements des pays d’origine et comme les syndicats ou partis politiques français».

Lyon
De notre correspondant  Walid Mebarek

Advertisements


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!