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Sécurité alimentaire : Des universitaires élaborent une stratégie nationale

04 novembre 2020 à 11 h 05 min

Quels sont les moyens et plans à mettre en place pour assurer une sécurité alimentaire d’ici 2030 ? C’est autour de cette question principale qu’un panel de chercheurs universitaires a élaboré une stratégie nationale de recherche et d’innovation en sécurité alimentaire.

Présentée récemment en présence de plusieurs ministres, cette stratégie s’est basée sur l’évolution de la ration alimentaire des Algériens depuis l’indépendance et les efforts de l’Algérie dans la lutte contre la famine, qui est aujourd’hui en dessous des 5% selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Comment produire plus, avec moins d’eau, sur des sols peu fertiles et/ou dégradés et de manière durable ? Comment accroître la résilience des agrosystèmes face aux changements climatiques ? Quels dispositifs de formation adosser à une démarche stratégique visant une sécurité alimentaire intergénérationnelle ? Comment réduire la déperdition des productions agricoles et des denrées alimentaires ? Quelles chaînes de valeurs agroalimentaires développer prioritairement ? C’est autour de ces 5 questions majeures, que le panel des chercheurs et professeurs universitaires ont eu à développer leur plan de travail qui couvre les besoins alimentaires de l’Algérie et même des prévisions à l’export jusqu’en 2030.

Des enjeux à prendre en charge

«La dynamique enclenchée par les pouvoirs publics et maintenue par les acteurs de terrain, s’est soldée par une autosuffisance en fruits et légumes, viandes blanches et œufs et viandes rouges en grande partie. Notons, aussi que ces programmes ont concerné tout le territoire dont les régions sahariennes, le bas-Sahara en particulier, qui ont vu émerger de nouveaux systèmes de production tels que les cultures maraîchères sous abris serre, de la pomme de terre sous pivot de conception locale et des pivots céréaliers plus au sud (Ouargla, El Goléa et Adrar).

Outre leur production dattière, faisant l’objet d’exportation annuelle et donc source de devises (au tour de 40 millions de dollars) ce qui ne reflète pas les potentialités nationales. Ces nouveaux systèmes de production contribuent actuellement à l’approvisionnement du marché national à hauteur de 30 %, notamment en primeurs et tentent de se frayer un chemin vers l’exportation soit de nouveaux horizons économiques», lit-on dans le livre blanc portant cette stratégie nationale de recherche et d’innovation sur la sécurité alimentaire.

Les chercheurs universitaires venant de plusieurs wilayas, dont Alger et Biskra, ont estimé que ces efforts ne sont plus suffisants. Beaucoup d’enjeux doivent être pris en considération dont essentiellement la rareté de plus en plus accrue des terres agricoles fertiles, de l’eau et aussi les changements climatiques. S’ajoute à cela l’évolution démographique. «Parmi les risques potentiels pouvant impacter la sécurité alimentaire, on note l’augmentation de la température de 2 à 3°C sachant qu’à chaque degré de plus, la production de blé diminuerait de 7,5%.

La réduction de la disponibilité en eau de 5 à 20% va provoquer des tensions entre les différents secteurs. L’agriculum étant le plus grand consommateur avec 70% de la ressource disponible, en outre l’Algérie étant déjà en dessous du seuil critique des 500 m3 par habitant et par an», soulignent les chercheurs avant d’ajouter à ces risques l’éventuelle modification du calendrier agricole avec la diminution des productions des cultures irriguées et surtout pluviales, en l’occurrence les céréales.

La vulnérabilité des terres au processus de dégradation et de désertification et la fréquence des épisodes caniculaires vont directement impacter sur la qualité des terres agricoles et forestières et de facto la disponibilité de la production agricole.

Des objectifs à long terme

Partant de ces enjeux, les conférenciers ont appelé à tirer des leçons de cet épisode de pandémie mondiale de la Covid-19. «Avec la fermeture des frontières et le gel du processus d’importation de denrées alimentaire à travers le monde, cette pandémie nous apprend que la sécurité alimentaire dépend des efforts consentis dans l’agriculture nationale locale et nationale et non pas des marchés internationaux», disaient-ils. Ainsi, l’élaboration de cette stratégie s’est faite sur la base de travaux de 5 ateliers de travail où 40 à 80 chercheurs et universitaires ont participé dans chaque atelier. Ils se sont basés sur des objectifs bien déterminés.

Il s’agit de valoriser la ressource sol et lutter contre l’urbanisation massive. Dans ce sens, ils préconisent une meilleure rotation des cultures, de cultiver en bandes et valoriser les terres jachères, rénover les prairies et entamer un véritable travail de conservation du sol de gestion des résidus et de paillage.

Toujours dans cette optique de souveraineté alimentaire, les chercheurs ont appelé à mettre en place un système permettant la détermination des modalités de distribution équitable ou d’usage de l’eau et aussi concevoir des moyens d’entreposage de l’eau, gérer l’irrigation et aussi les conflits potentiels entre usagers. Ils recommandent aussi une diversification et une promotion de la qualité des produits dans le cadre de filières efficientes.

En d’autres termes, il s’agit de mieux organiser les filières d’industrialisation des produits agricoles, entre autres l’industrie agroalimentaire, et mettre en place des outils de commercialisation permettant la protection des consommateurs, les producteurs et les différents autres opérateurs économiques.

Tout cela en préservant, voire augmentant les valeurs nutritionnelles des aliments. Afin de préserver et améliorer les réserves génétiques, les chercheurs appellent à mettre en place des structures d’appui permettant aux paysans de disposer localement de leurs semences. La mise en place d’une politique nationale rigoureuse et bien structurée permettant le recensement, la préservation, la protection et l’amélioration des ressources génétiques nationales est plus que recommandée.

Le recours au innovations techniques et à la valorisation des savoir-faire est une démarche qui ne peut que soutenir l’agriculture locale et l’autosuffisance alimentaire nationale. Ainsi, ils préconisent la création de passerelle entre le savoir-faire local et la recherche agricole, la diffusion des résultats de recherches déjà acquises et la formation à vulgarisation de ces recherches et au renforcement des échanges université-agriculteurs. Autre point important cité dans cette stratégie, la lutte contre le gaspillage après récolte et l’importance d’aller vers un management durable des maladies et parasitismes.

Nécessité d’une volonté politique

En résumé, la stratégie nationale de recherche et d’innovation sur la sécurité alimentaire englobe une méthode visant l’augmentation de la production agricole à travers l’utilisation des différentes ressources à partir des paramètres d’élargissement, à savoir les méthodes de contribution de la recherche, du développement et de la formation au défrichage des terres et aux procédés d’irrigation ainsi que l’utilisation des techniques des énergies renouvelables jusqu’à l’augmentation de la productivité des différentes récoltes, à travers la culture de nouvelles espèces végétales et l’élevage des espèces animales, les plus consommées et à valeur ajoutée pour le pays, à l’instar des céréales dures, en sus de l’introduction des techniques d’irrigation agricole et la production de récoltes dans des conditions contrôlant la chaleur et l’humidité et de lutte contre les maladies

Les universitaires estiment que leurs efforts dans le cadre de l’établissement de ce travail de recherche ne peuvent voir le jour que s’ils sont adoptés par les acteurs dans les différentes filières alimentaires mais aussi dans la présence d’une véritable volonté publique.

Dans ce sens, lors de la présentation de ce livre blanc, 5 ministres étaient présents. Il s’agit de celui de la Santé, du Commerce, de l’Industrie et des Ressources en eau et bien évidemment le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Abelbaqi Benziane a insisté, dans son allocution d’ouverture de cette journée, sur la nécessité de coordonner la coopération entre les chercheurs scientifiques et les opérateurs économiques, notamment en matière de sécurité alimentaire pour développer des méthodes innovantes et utiliser de nouvelles techniques pour augmenter la production agricole.

Il a aussi souligné la nécessité de renforcer les jeunes capacités de recherche et de les orienter vers les thèmes de recherche les plus efficients, notamment en ce qui concerne la résolution des problèmes nécessitant des solutions, à travers l’utilisation et l’exploitation de l’intelligence collective, citant les mesures incitatives adoptées par l’Etat concernant le dépôt des brevets exploitables et l’encouragement des chercheurs à créer des start-up et des microentreprises pour développer leurs produits à valeur ajoutée et qui sont à même d’améliorer les prestations.


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