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Entretien

Rafika Hafdhallah. Docteur en psychologie clinique et enseignante à Blida 2 : «La formation destinée aux cliniciens reste insuffisante»

24 juin 2020 à 9 h 40 min

Rafika Hafdhallah est docteur en psychologie clinique, enseignante universitaire à la faculté des Sciences humaines et sociales de l’université Ali Lounici d’El Affroun, Blida 2. Elle est aussi praticienne et consultante au Centre de recherches d’édition et d’applications psychologiques (CREAPSY). Conférencière émérite, elle est experte et intervenante en situations de crise.

Entretien réalisé par  Mohamed Benzerga

 

-En votre qualité d’enseignante universitaire, comment jugez-vous le programme dispensé à l’uwniversité pour les étudiants en psychologie ? Ce programme prépare-t-il le futur psychologue appelé à jouer convenablement son rôle face à des situations exceptionnelles et inattendues ? Si c’est le cas, est-ce que l’actuelle pandémie peut constituer une occasion pour enrichir le programme avec des expériences mondiales uniques en leur genre ?

La formation universitaire dans le domaine de la psychologie a connu beaucoup de remaniements, que ce soit sur le plan du système de formation (passage de la formation classique à la formation LMD) et au contenu des programmes dispensés.

La formation assurée et destinée aux cliniciens, à titre d’exemple, reste insuffisante du fait que le volume horaire imparti pour chaque module reste insuffisant et ne permet pas d’aborder les questions qu’elle soit d’ordre théorique ou clinique de façon détaillée et plus approfondie (notamment pour la licence qui est de trois années d’études).

A ceci s’ajoute les difficultés liées à l’encadrement des stagiaires dans les structures d’affiliation. Par ailleurs, la formation des cliniciens exige de la formation continue, du fait que c’est un domaine complexe (lié à la complexité de la personnalité) et que les méthodes de diagnostic et d’intervention ne cessent d’évoluer et de se développer. Le futur psychologue se trouve souvent dans l’obligation de recourir à des formations dans le secteur privé afin de compléter et d’enrichir sa formation et pouvoir prendre en charge dans les meilleures conditions les patients.

Dans le cursus universitaire des étudiants en psychologie, nous assurons des modules qui traitent des crises et du traumatisme psychique, mais comme signalé précédemment, cela reste insuffisant en termes de temps. Avec le coronavirus, nous (les professionnels de la santé mentale dans le monde entier) assistons à une situation inédite et de ce fait nous apprenons et agissons sur le tas pour faire face, bien sûr, en se référant à des modèles d’intervention de crise que nous avons adoptés dans d’autres crises connues par notre pays et en prenant en considération les spécificités sociales et culturelles de notre population.

Les rencontres dans le domaine des sciences sociales, les formations, les colloques, les recherches scientifiques vont nous permettre de mieux cerner ce qui ce passe actuellement, comment y faire face et comment se préparer à l’avenir pour faire face à d’éventuelles épidémies.

-Justement, du moment que les rencontres en présentiel ne se font plus (provisoirement) à cause de la Covid-19, on voit que vous organisez des activités virtuelles avec des universitaires dans le domaine de la psychologie, en quoi consistent-elles ?

Les rencontres virtuelles ou visioconférences sont des occasions uniques pour les psychologues praticiens ainsi que les chercheurs pour échanger des questions et informations liées aux réactions des personnes, des familles, de la société de façon générale par rapport à cette crise sanitaire, mais aussi de présenter les outils qui permettent de faire face à la souffrances et aux troubles qui peuvent apparaître. Le virus de la Covid-19 a bouleversé la planète entière. Il est mortel et nous ne disposons que de peu d’informations sur lui et les recherches n’ont pas permis encore de révéler tous ses secrets. Toutes ces caractéristiques mettent les individus dans une situation de non-sens et poussent aux réactions de peur, stress, panique…

Les rencontres virtuelles avec nos collègues universitaires dans le domaine de la psychologie ont un double intérêt. D’abord l’échange autour des expériences et les pratiques de chacun qui vont permettre ainsi de rendre compte des réflexions autour des réactions psychologiques de la population lors des crises et d’expliquer certains phénomènes observés lors de la pandémie du la Covid-19. Puis, sur le plan technique, elles permettent aux psychologues de discuter des aménagements du cadre clinique qu’ont exigé les mesures de confinement et de distanciation sociale.

Comme par exemple la méthode de téléconsultation, qui est une nouvelle méthode et que nous adoptons depuis le mois de mars 2020 dans l’accompagnement psychologique des personnes en détresse psychique liée à la pandémie.

Vous savez bien que la consultation classique, présentielle habituelle a été interrompue et que nous ne pouvons pas laisser les personnes en situation de souffrance livrées à elles-mêmes.

Il y a aussi les rencontres pluridisciplinaires qui permettent une vision plus large dans la perception de la gestion de la crise et de ses conséquences.

Ces rencontres via internet sont aussi des espaces de formation pour les psychologues, les enseignants et les étudiants en psychologie sur les questions théorico-cliniques liées à la pandémie de la Covid-19.

-Le monde vit une pandémie exceptionnelle et un confinement qui ne sont pas sans conséquences négatives sur l’équilibre psychologique d’un individu. Quel est le rôle (urgent) du psychologue dans tout cela ?

Toute situation de crise est génératrice de déséquilibre psychologique et social, dont les conséquences sont multiples et certains troubles liés à ce déséquilibre peuvent apparaître après quelques mois.

Le confinement est une situation exceptionnelle pour les individus et le fait qu’il dure depuis plusieurs mois peut réactiver des réactions de stress, de colère, de peur, d’anxiété, de dépression, des troubles psychosomatiques, des troubles des conduites alimentaires, etc.

Le psychologue clinicien a un rôle de prévention et de prise en charge. A titre d’exemple, par le biais des réseaux sociaux, nous avons joué un rôle de prévention en publiant dans des pages dédiées à la crise sanitaire actuelle des conduites à tenir, à suivre pour les différentes catégories de personnes (adultes, enfants, enfants autistes, enfants en deuil, …) afin de les aider à supporter et mieux gérer la période du confinement.

Nous avons fait des publications pour la psychoéducation qui nous ont paru très importantes pour gérer le stress lié à cette situation inédite. Pour la prise en charge, nous avons assuré la consultation à distance pour les personnes qui ont développé des difficultés ou une souffrance d’ordre psychologique.

-L’université doit-elle ouvrir ses portes aux psychologues praticiens pour les mettre à jour pour ce qui est des nouveautés et expériences venues des quatre coins du monde à travers la formation continue ?

La formation universitaire est ouverte aux praticiens dans le cadre du master et le doctorat pour améliorer leur pratique clinique. C’est-à-dire qu’ils accèdent uniquement à la formation de base. L’université ne propose pas de programmes de formation continue pour les praticiens. L’université assure un enseignement théorique suivi de période de stage pratique ponctué par un diplôme. Par contre, les colloques et les séminaires organisés par l’université sont ouverts à tous les praticiens désireux approfondir leurs connaissances et s’armer de techniques permettant une meilleure prise en charge psychologique des patients. Ces rencontres scientifiques peuvent être considérées comme des espaces de formation continue.

-Quel est le rôle d’un laboratoire de recherches en ce moment de pandémie  ?

Les laboratoires de recherche jouent un rôle très important et essentiel dans la compréhension et l’explication des phénomènes psychiques et sociaux, dans l’élaboration et la validation de certaines méthodes d’interventions qui ont été utilisées pendant la pandémie actuelle. Le champ des recherches scientifiques dans le domaine social est très large, notamment en psychologie clinique. Il est important d’élaborer des recherches qui prennent comme variables la santé mentale des soignants, des agents de la protection civile, ceux qui ont été au-devant de la scène pour faire face à la crise et à la mort. Par ailleurs, l’étude du confinement et ses conséquences sur certaines catégories de la société est d’une importance capitale, tel que les personnes à besoins spécifiques

-Lors de sa dernière rencontre avec la presse, le Président de la république a parlé de la nécessité d’avoir recours au déchoquage. En quoi consiste cette technique ?

Le déchoquage appelé aussi «defusing» est une intervention psychologique d’urgence qui se fait dans les 24 heures qui suivent l’événement traumatique (phase immédiate). Elle permet de verbaliser immédiatement les émotions liées à l’événement traumatique dont le but est celui d’intégrer l’expérience traumatique et prévenir les troubles post-traumatiques. Les psychologues sont formés à ce type de technique puisqu’elle ne demande que quelques compétences de la part de l’intervenant comme le fait d’être actif, aller de l’avant, être contenant et rassurant tout en prenant de la distance quant aux émotions et au vécu du patient. Durant les entretiens de defusing, le psychologue doit informer les personnes sur les symptômes susceptibles de survenir et de les informer sur la possibilité de soins à long terme

-Enfin, quels conseils donner-vous aux praticiens en situation de crise ?

Il faut essayer d’abord d’observer le phénomène, essayer d’agir et répondre aux questions des personnes et d’être surtout rassurant, notamment dans les premiers temps de la crise. Il faut essayer de montrer surtout une disponibilité pour accueillir la souffrance de l’autre. Se documenter et voir ce qui se fait ailleurs (les modèles d’intervention qui ont été déjà appliqués), partager ses expériences avec ses pairs, ne pas hésiter pas à demander l’aide des professionnels plus expérimentés, suivre des formations et surtout se faire superviser un professionnel aguerri par (La supervision).



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