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Pr Chems Eddine Chitour. Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique : Paroles d’un universitaire engagé

08 janvier 2020 à 9 h 07 min

Le professeur Chems Eddine Chitour vient d’être désigné nouveau ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (MESRS) au sein du gouvernement de Abdelaziz Djerad.

Professeur de thermodynamique à l’Ecole Polytechnique d’Alger, Chems Eddine Chitour est un universitaire connu pour être un fervent défenseur d’une réforme du système éducatif national, du primaire au supérieur. «L’Education nationale est une machine à fabriquer des perdants de la vie, elle n’a pas été un ascenseur social.

L’enseignement supérieur souffre des mêmes travers, là aussi, il est important de le réhabiliter», disait-il lors de ses interventions. Sa contribution scientifique s’est illustrée à travers l’encadrement, en recherche et en enseignement, d’une soixantaine de magisters et une dizaine de thèses de doctorat en sciences.

Il organise en tant que directeur du Laboratoire de valorisation des énergies fossiles, depuis un quart de siècle, chaque année, une journée sur l’énergie. Il a écrit plusieurs ouvrages qui ont été réédités plusieurs fois en physicochimie des surfaces raffinage et thermodynamique du pétrole. Nous reproduisons ici ses réflexions au sujet de quatre questions importantes en rapport avec le monde universitaire, à savoir la réforme du système éducatif national, la qualité des enseignements, la langue à utiliser à l’université et la révolution populaire du 22 février.

Revoir les méthodes d’apprentissage

Notre système éducatif devra être la priorité des priorités, comme c’est le cas partout dans le monde. Quel type d’université nous voulons en termes d’apport réel à la société, en termes d’éducation ? Quels sont les métiers porteurs ? Comme lu dans la revue Huffington, quelques prédictions qui sont à la fois des avancées majeures mais aussi qui remettent en cause dans une certaine mesure les acquis qui doublent pratiquement tous les ans : «Ces dix prochaines années, nous passerons progressivement de l’internet au ‘‘cerveau-net’’.

Pour Ray Kurzweil, inventeur, pionnier de l’informatique, en 2025, internet reliera les objets et les individus dans tous les pays, toutes les communautés et toutes les entreprises. Chacun pourra disposer de l’ensemble des connaissances mondiales. Ce changement permettra un meilleur accès en temps réel à l’éducation, à la santé, à l’emploi, au divertissement ou au commerce. L’Intelligence artificielle (IA) deviendra aussi intelligente puis plus intelligente que nous (…) Les robots chirurgiens opéreront à distance, vous soigneront par téléphone.»

C’est dire si nous devons revoir fondamentalement la façon d’apprendre aux enfants et aux étudiants. La connaissance est disponible, le rôle de l’enseignant va fondamentalement changer. L’université traditionnelle, «l’université de papa» a vécu.

L’université du nouveau siècle est une entreprise du savoir où seuls les plus compétents, quelles que soient leurs origines, réussiront et seront rétribués à la juste mesure de leurs efforts. Un Etat-stratège doit «donner leur chance à toutes et à tous», mais il est évident que chacun s’arrêtera là où ses capacités peuvent le faire aboutir. Aucun pays au monde ne peut avancer technologiquement s’il ne forme pas d’ingénieurs et de techniciens.

A titre d’exemple, dans le domaine du développement humain durable, c’est à l’école que l’on formera l’éco-citoyen de demain. Place à la compétence qui nous permettra de former des Algériens qui tiennent à leur identité et à leurs espérances sans en faire un fonds de commerce et qui s’engagent dans la conquête de la science. Ce n’est ni un baril erratique, ni des satisfécits mal placés, ni le mythe de l’Algérie pays des miracles qui nous sortiront de l’ornière. Il n’y a que le travail bien fait, l’endurance, et la résilience et, par-dessus tout, la science qui nous donneront une visibilité à l’échelle du monde. (In : reseauintrenational.net. juin 2018).

L’aspect quantitatif et qualitatif de l’enseignement

L’université fait des propositions de programmes et forme, mais depuis une vingtaine d’années, aucune enquête n’a été menée pour suivre les diplômés et savoir ce qu’ils deviennent. On sait qu’une grande partie d’entre eux va dans l’informel. Il y a à peu près 10% qui arrivent à trouver un job et les autres exercent un travail pour lequel ils n’ont pas été formés. Voilà donc le système éducatif… sans vision à long terme. Entre parenthèses, il y a eu 660 000 candidats au bac en France.

Nous avons plus de candidats au baccalauréat que la France qui a une population de 65 millions. Nous avons autant de candidats au bac que l’Iran, qui a 80 millions d’habitants. D’ici 3 ou 4 ans, nous aurons peut-être un million de candidats au bac et 2 millions d’étudiants à l’université. A ce rythme-là, nous allons dépasser la France en 2025 ! Nous travaillons sur une vitesse acquise.

Le système éducatif est un train fou qu’on ne peut pas arrêter. Donc, on forme pour former. Depuis 1962, les pouvoirs ont toujours donné les moyens au système éducatif, mais il n’y a jamais eu d’évaluation de l’aspect qualitatif. Pendant les premières années de l’Indépendance, la massification était nécessaire et elle nous a permis d’avoir des diplômés avec des compétences diverses.

Mais, depuis, on pense que le système éducatif est là pour parquer des élèves, sans se préoccuper de l’acte pédagogique. Nous avons 10 millions d’élèves, soit 25% de la population algérienne, qui sont parqués dans le système éducatif et à qui on demande de ne pas faire de vagues, de ne pas poser de problèmes ni de mener des grèves. On inaugure des amphis, des cités universitaires, des salles de classe, des restaurants, mais aucun responsable ne va voir comment on enseigne.

La détérioration de l’acte pédagogique se paie. L’Unesco a fait plusieurs reproches au bac algérien, disant qu’il est hors normes. Mais, le fait qu’il ne réponde pas aux critères du bac Unesco ne veut pas dire que les 25% ne valent rien. De plus, sur les 50% qui ont réussi leur bac, il y a peut-être 20% qui valent quelque chose. (In : Liberté. Août 2016).

Quelles langues pour quel système éducatif

Nous sommes d’accord qu’il faut aller vers l’anglais pour publier. Mais est-ce un problème ? Non ! que les enseignants peinent certaines fois à traduire leurs publications cela arrive, mais ce n’est pas cela l’élément bloquant, c’est une fois de plus le faible niveau scientifique. J’avais cité Gregori Perelman, dont la publication scientifique ne comportait que des équations !

Est-ce pour d’autres arrière-pensés ? On est enclin à le penser, même si ce n’est pas l’intention première de la tutelle, mais c’est certainement celle de ceux qui surfent sur ce conflit né avec l’indépendance. De plus, que veut-on faire ? Il eut fallu, de mon point de vue, affiner tout cela avant d’ouvrir cette boîte de Pandore, dont nous n’avons pas besoin pour le moment.

S’agit-il de convertir tous les enseignements à la langue anglaise dans les sciences dures ou aussi dans les sciences humaines, commerciales et autres. Il ne fait aucun doute que le monde est de plus en plus connecté et que le commerce, plus que jamais, est international. L’Algérie se devra d’investir ce créneau.

En effet, toute entreprise qui souhaite vendre ses produits et services dans différents cadres culturels et linguistiques se doit de mettre la barre toujours plus haut en matière de multilinguisme dans toutes les disciplines de l’économie, de la finance, du droit, du commerce international et ceci pour pouvoir parler au monde un langage compréhensible. Ceci concerne aussi la production scientifique dans les sciences humaines. Pour investir les marchés, il faut cibler les langues porteuses et ce n’est pas forcément l’anglais partout. (In Mediapart. Juillet 2019).

La révolution pacifique du 22 février

Nous sommes à la croisée des chemins ! N’étant pas politicien, je ne propose pas de solution conjoncturelle. De mon point de vue, ceux qui parlent de l’armée à la caserne n’ont peut-être pas évalué toutes les conséquences. Si notre armée, digne héritière de l’Armée de Libération Nationale, baisse la garde, c’en est fini de l’Algérie !

Les pays respectés sont les pays forts technologiquement. Nous sommes dans une phase transitoire ! Pourquoi à tout prix douter de tout ? Avant sa disparition, le chef d’état-major a affirmé plusieurs fois que c’est une armée républicaine qui n’a aucune ambition de diriger le pays, si ce n’est d’accompagner la transition vers des élections présidentielles rapides. Je mise sur trois paramètres qui me paraissent
déterminants :

1)- La police, mis à part quelques échauffourées, s’est comportée en professionnelle, et globalement, les marches des mardis et vendredis se sont déroulées dans le calme et la sérénité.

2)- Nous sommes au XXIe siècle à l’heure de Facebook et des réseaux sociaux qui ont fait beaucoup dans l’élévation du niveau de conscience des jeunes. Qui aurait cru, il y a 6 mois, que les jeunes décortiquent sur les réseaux sociaux les articles 7, 102, 105 ? De ce fait, les jeunes veilleront au grain.

3)- Nous avons affaire à une armée qui comporte des milliers d’universitaires – qui ont fait les grandes écoles et universités – qui graviront les échelons et pour lesquels la notion de nation est sacrée. Ils ne seront pas tentés par la prise du pouvoir autrement que par la voie de la légalité républicaine. Nous devons tout faire pour faire émerger cette IIe République par la voie des urnes.

La tâche du nouveau président est de rassurer, de graver dans le marbre un certain nombre de principes : les libertés individuelles, la libre conscience, l’alternance, construire un projet de société basé sur l’algérianité en permettant, à terme, aux régions par des déconcentrations des pouvoirs de réels développements spécifiques. Les fondamentaux (armée, drapeau, monnaie, Cour suprême, diplômes) étant de la responsabilité de l’Etat fédéral.

(In algerienetwork.com. Juillet 2019).


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