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Contribution

Nécessité d’un pacte économique pour une transition réussie

16 septembre 2020 à 11 h 07 min

L’histoire des révolutions réussies a démontré qu’afin de déraciner un pouvoir autoritaire, un nouveau pacte économique qui fait du travail une force de négociation et qui devient un contrepoids durable contre toute tentative de restauration de l’alliance «militaro-politico-trabendiste», est indissociable du processus politique.

Le confinement se pose la question de l’avenir politique du hirak. De nombreux signes font comprendre que les algériennes et algériens sont déterminés à continuer la lutte pour reconquérir leur souveraineté totale. Le hirak est un processus irréversible qui a pour mission la refondation totale de l’etat. De nombreux économistes algériens s’opposent à notre proposition de créer les conditions pour une opération plus saine de l’économie algérienne par l’ajustement de son taux de change au niveau de la productivité relative dans l’économie algérienne hors hydrocarbures par rapport à ses partenaires internationaux. Les arguments concernent, d’une part, l’efficacité de l’ajustement du taux de change de l’économie algérienne pour lancer la production industrielle algérienne et, d’autre part, les effets sur les équilibres globaux de l’économie algérienne et les implications sur les différentes classes sociales en Algérie.

Les économistes illustrent leurs arguments s’appuyant sur le caractère délabré de l’économie algérienne. Nous partageons cette description d’ailleurs généralement acceptée depuis des années par la plus grande partie des observateurs. Nous insistons sur le fait que déjà au moment de la Charte algérienne de 1976, nous avions attiré l’attention sur le danger que la formation d’une classe Etat chargée de la gestion de la rente allait perdurer s’il n’y a pas une volonté politique forte pour contrecarrer les effets néfastes de la rente.

Dans les débats en Algérie, nous avons opérationnalisé, en1984, certains principes pour la bonne gestion de cette source de financement d’investissements importants qui pourtant peut être un cadeau empoisonné vu que l’aisance matérielle permet à la classe dirigeante de se libérer, à la fois, des contraintes du marché et des contraintes politiques. Mais à cause de cette analyse proposée à plusieurs reprises au public algérien, à la fois dans la presse publique et dans les revues scientifiques, nous nous inscrivons en faux par rapport à la déduction politiste des méfaits des régimes anciens. Certes, la présence de pots-de-vin très importants attire les corrompus comme la lumière attire les mouches. Il y a, cependant, bien des périodes de la gestion de la rente où ces défaillances morales qui constituent le centre de l’analyse de la déviation de l’Algérie vers l’inefficacité et la corruption ont été effectivement combattues.

De ce fait, nous nous croyons en droit de critiquer les théories culturalistes de l’économie, susceptible de noyer dans un discours moralisant les défis que la rente constitue et de par-là d’obscurcir les nécessités que tout gouvernement se disant réformateur ou issu du hirak doit confronter. La bonne gouvernance ne se résume pas dans l’imposition de valeurs morales par le remplacement d’un personnel dénoncé comme corrompu par un personnel plus moraliste

. La bonne gouvernance comprend aussi, et peut-être de caractère prioritaire, l’organisation de la société de façon à ce que les institutions tiennent compte des faiblesses humaines à refuser les tentations de corruption. C’est dans la perspective de mieux gérer la rente en isolant le reste de l’économie algérienne des effets néfastes que nous avons proposé une dévaluation plutôt importante de la monnaie algérienne afin de permettre de relancer une économie basée sur la production industrielle pour la consommation de masse initialement orientée vers la reconquête du marché intérieur algérien, et susceptible de devenir un secteur d’exportation de produits manufacturés avec des effets positifs sur l’emploi, la formation des travailleurs, la balance des paiements, et l’émergence d’une économie plutôt intégrée disposant, elle-même, de capacités d’innovation technologique, donc, l’industrie de biens d’équipement. Les effets politiques de cette stratégie vont promouvoir la gestation d’un contre-pouvoir politique. Les économistes algériens s’opposent à la dévaluation par des arguments de tous bords, citant les expériences des pays d’Amérique latine ou de Russie qui, malgré la dévaluation, n’ont pas réussi à lancer leurs marchés intérieurs de masse.

Dans notre proposition, nous sommes, cependant, clairs que le pouvoir d’achat des masses algériennes devait être maintenu, si besoin, par des subventions directes, basées sur la distribution sur toutes les familles algériennes, comme instrument plus efficace de la percolation de la rente vers le bas que les multiples programmes qui existent déjà.

Pourtant, les économistes ne s’opposent nullement à l’argument que la dévaluation favorise la production locale et la reconquête du marché intérieur algérien, mais noie cet argument avec des références peu élaborées à des expériences de dévaluation manquées à la fin des années 1990, sans évoquer pourtant les expériences réussies des économies nouvellement industrialisées de l’Asie de l’Est, ci-inclus des pays aux idéologies aussi différentes que Taïwan et la Chine populaire.

Ceux-ci ont réussi à base d’un taux de change inférieur à la parité du pouvoir d’achat international de leurs monnaies. Tous ces pays ont dévalué significativement au-dessous de la parité du pouvoir d’achat. Un survol rapide des données statistiques de la Banque mondiale indique qu’aucun des pays suivants, la Russie, le Brésil, le Mexique, l’Argentine, n’a dévalué massivement au-dessous de la parité du pouvoir d’achat comme l’a fait la Chine. Le Venezuela est excessivement dépendant des exportations du pétrole, mais aussi la Russie et le Mexique sont des pays rentiers.

Le rapport entre la valeur de la monnaie nationale sur le marché des devises et le pouvoir d’achat était alors peu distant pour les pays dont on parle de dévaluation manquée. Revenu par tête en dollars par rapport au revenu par tête en parité de pouvoir d’achat 1999 (Amarouche argumente avec les dévaluations de la fin des années 90’).

Même si dans cette période l’Algérie accuse déjà une sous-évaluation importante de sa monnaie, donc, une valeur faible sur le marché international de son travail, il est évident que les produits industriels algériens ne sont pas compétitifs dans un large éventail sur le marché algérien et non pas sur le marché international. Il est clair que servant à rendre plus compétitifs des produits algériens d’abord chez soi, la dévaluation haussera les prix en dinars algériens.

Cependant, l’abolition des droits de douane après dévaluation compensera dans des degrés importants que les économistes algériens devraient étudier. On ne peut pas avoir les deux  : la compétitivité de la production industrielle algérienne à lancer et des prix bas des produits extérieurs sur le marché algérien rendu bas par la subvention indirecte à partir d’un taux de change surévalué. Même l’industrie algérienne digne de ce nom nécessite une protection et une relation avec les sphères du pouvoir. Cependant, la protection la plus efficace, c’est un taux de change réaliste parce que toute autre protection par des droits de douane a échoué et échouera en Algérie par les tentatives constantes des entreprises et des ménages de contourner cette protection.

Pour ceci, l’argument moraliste n’est pas suffisant. Les économistes algériens parlent de dysfonctionnements qui seraient liés à la dévaluation. L’importance des exportations algériennes prévisibles en produits hors hydrocarbures n’a pas l’importance suffisante pour dégager une réaction des pays industriels à entrer dans une course de dévaluation avec les maigres exportations algériennes de produits manufacturés. Ce n’est pas la dévaluation, mais la crainte de la dévaluation qui induit les exportations du capital financier. Ce n’est pas en accusant la dévaluation de constituer des défis nouveaux que l’on arrête les exportations de capital financier.

Une monnaie dévaluée déclenche rarement la spéculation. Certes, certains pays considérés comme lieux sûrs pour des capitaux étrangers ont subi l’afflux de ressources financières internationales.

La Suisse a pourtant démontré qu’il est très facile de gérer une telle affluence : tout simplement en taxant les dépôts bancaires des non-résidents. La dévaluation n’a aussi pas d’impact en soi sur les sécurités bancaires. Si l’Algérie dévalue, les sécurités bancaires détenues par les banques sous forme de comptes en devises augmentent en valeur. Il se peut que les banques détiennent des ressources financières en dinars trop importantes parce que le gouvernement a fait avancer l’économie algérienne en se servant de la planche à billets.

Si c’est vraiment le cas, la résorption des avoirs frauduleux de la classe dirigeante demanderait une réforme monétaire où la masse monétaire est réduite par l’établissement de nouvelle monnaie par le gouvernement. C’est ce que l’Allemagne de l’après-guerre a dû faire. Si on plaide pour l’investissement dans la production algérienne au lieu de l’investissement dans l’immobilier et le placement à l’étranger.

Ce sont exactement les buts que la stratégie de la dévaluation vise à réaliser. Notre proposition est accompagnée du maintien du pouvoir d’achat de la grande masse de la population algérienne par les pouvoirs publics. Ce que certains proposent, c’est la réappropriation de fonds financiers algériens. Donc, c’est une plus grande aisance du Trésor public. Ceci peut permettre de financer des investissements, pourvu que ceux-ci soient rentables. Sans mettre la valeur internationale du travail algérien sur sa compétitivité internationale, la rentabilité des investissements ne peut pas être augmentée que si on subventionne l’investissement.

C’est-à-dire que l’on retourne à un mécanisme qui a permis à des entrepreneurs tellement dénoncés à se financer à partir de la rente. Les oppositions contre notre proposition reflètent donc la peur d’une classe moyenne algérienne, certainement, non pas privilégiée dans sa consommation, mais angoissée par la peur de perdre ses miettes de la rente.

Aussi honnête qu’elle soit dans son opposition au régime, elle ne contribue pas à rendre la parole à la masse des Algériens qui ne peuvent pas exercer, à long terme, la revendication de leurs besoins essentiels sans être intégrée dans la société par l’emploi productif. Politiquement, réformer l’économie de sorte à encourager la gestation d’un contre-pouvoir sociétal nécessite des réformes économiques majeures, que seul un pouvoir légitime et souverain peut oser entamer.

Par les Prs Rachid Ouaïssa et Hartmut Elsenhans de l’université Marburg en Allemagne .

 

 



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