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Transformation du savoir en savoir-faire : L’interface manquante à la Recherche et Développement

13 janvier 2021 à 10 h 25 min

La recherche en entreprise s’est révélée être «le point noir» du système national de recherche, de l’aveu même du premier responsable de ce département. L’inexistence du statut de cette catégorie de chercheurs, ainsi que l’absence de la culture de la Recherche et Développement (R&D) au sein des entreprises ont pesé défavorablement sur le secteur.

S’il est fermement établi à travers le monde que la recherche scientifique est au développement ce qu’est l’eau à la vie, il n’empêche que ce rapport dépend surtout de la structure socio-économique et de la conjoncture du pays en question plus que de la décision de tel ou tel ministre», a fait remarquer le Pr Abdelwahab Zaâtri, enseignant au département du génie mécanique de l’UFMC à la retraite, en abordant la problématique de la recherche et développement (R&D).

La recherche en entreprise s’est révélée être« le point noir » du système national de recherche, de l’aveu même du premier responsable de ce département. Le Directeur général de la recherche scientifique et du développement technologique (Dgrsdt), le Pr Hafid Aourag, a indiqué, récemment à travers les ondes de la radio nationale, que seuls 180 chercheurs sont présents actuellement en entreprise, chiffre qu’il a d’ailleurs qualifié de «dérisoire». La stratégie pour transformer le «savoir» en «savoir-faire» bute toujours et encore contre des écueils non aplanis, en dépit des engagements pris par les différents ministres ayant succédé, et ils sont nombreux, à la tête du secteur ces dernières années.

À rappeler que la professionnalisation de la formation universitaire, sur laquelle le ministère de tutelle (MESRS) insiste a été appuyée par un arrêté interministériel, émis le 10 juillet 2016. En effet, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et celui des Finances en ont fixé les modalités, dont la liste des activités de recherche-développement (R&D) en entreprise. Dans son article 1, il est stipulé qu’«en application des dispositions de l’article 171 du code des impôts directs et taxes assimilées, le présent arrêté a pour objet de fixer la liste des activités de recherche et développement au sein de l’entreprise».

Par activité de recherche-développement «… il est entendu toute activité portant sur la création ou l’amélioration d’un produit, d’un procédé, d’un process, d’un programme ou d’un équipement, devant subir une amélioration substantielle et qui ne résulte pas d’une simple utilisation de l’état des techniques existantes», précise le même texte, publié dans le journal officiel du 4 septembre 2016.

UNE NOMENCLATURE

«Cet arrêté qui est venu inciter les entreprises et universités à la recherche utile, à l’engagement mutuel dans une vision de développement, est aussi un test pour mesurer les capacités des entreprises dans la compétitivité et l’innovation.», conviennent à dire des membres de la communauté universitaire. Dix-huit domaines ont formé la nomenclature de la recherche établie par le MESRS et à laquelle, les entreprises concernées devront s’y soumettre. Le procédé est ailleurs détaillé dans l’article 3 : «L’entreprise est tenue de déclarer le montant engagé à l’institution nationale chargée du contrôle de la recherche scientifique au niveau du ministère chargé de la recherche scientifique. Après la déclaration du montant engagé et la validation de la recherche, une attestation est délivrée à l’entreprise dans un délai de 45 jours».

Une mesure appréciée positivement, mais avec bémol. «C’est un principe positif et c’est bien qu’un grand nombre de domaines y sont inclus. Il faudrait surtout s’assurer qu’on n’ouvre pas aux entreprises un chapitre de dépenses incontrôlées et supplémentaires», ont soutenu des enseignants-chercheurs, tout autant que certains chefs d’entreprise. À ce propos, la tutelle y a inséré un volet concernant des déductions fiscales : «L’octroi de la déduction de l’Impôt sur le revenu global (IRG) ou de l’Impôt sur le bénéfice des sociétés (IBS), est subordonné à la souscription par l’entreprise, à l’appui de la déclaration à l’administration fiscale, d’un engagement de réinvestissement du montant correspondant aux dépenses admises en déduction, engagées dans le cadre de la recherche-développement».

AUCUNE PROGRESSION

En principe, ce dispositif «gagnant/gagnant» aurait trouvé un large écho, mais quatre années plus tard, l’indice de progression n’a pas pour autant évolué. Le Dgrsdt a confirmé la stagnation de la présence des chercheurs en entreprise alors que le pays comptabilise 37000 chercheurs, soit 740 par million d’habitants : «Il y a une croissance du nombre de chercheurs dans les universités, mais pas de progression dans les entreprises».

Comment peut-on expliquer l’échec de cette stratégie, puisque c’en est un, sachant que 70% des chercheurs de par le monde activent dans des laboratoires d’entreprise ? L’inexistence du statut de cette catégorie de chercheurs, ainsi que l’absence de la culture de la recherche et du développement au sein des entreprises ont pesé défavorablement sur le secteur, selon le Dgrsdt. Actuellement, cette supposée interface ne se résume qu’à des stages en milieu professionnel pour les étudiants en fin de cycle, nous a-t-on certifié. Pour certaines universités, quelque 30% des mémoires dans les filières des sciences et technologies se réalisent en entreprise. «Beaucoup d’universités sont déjà au stade de la thèse à l’intérieur de l’entreprise, mais l’approche peut aussi venir de l’université.

L’essentiel est d’en faire une impulsion», a souligné un ancien recteur d’une université à Constantine. Et lui de rappeler quelques conventions-cadre signées, principalement dans les industries agroalimentaires, le secteur des transports et de la mécanique. «J’ai tenté de faire bénéficier mon entreprise d’un projet technique innovant pour moderniser les installations.

Le projet porté par un binôme d’étudiants qui suivait un stage dans le département de maintenance que je dirige aurait été très profitable à l’entreprise d’autant que les tests que j’ai effectués étaient probants, etc.Mais, cela n’a pas abouti au final par manque d’engagement des uns et des autres», déplore un cadre dans une entreprise étatique à l’Est du pays. Et il ya eu dans ce secteur quelques expériences infructueuses. «Par le passé, quelques tentatives essayant de connecter la recherche au développement ont eu lieu, mais généralement sans grand succès par suite de l’organisation structurelle des entreprises et des universités», analyse le Pr Zaâtri.

Et d’illustrer ses propos «Il y a quelques années, trois grandes entreprises ont fait appel au département de génie mécanique de l’université Mentouri dans le but de coopérer afin d’affronter la compétition industrielle internationale. Bien que les projets soient au bénéfice de l’entreprise, certaines d’entre elles peuvent présenter un comportement négatif. Elles préfèrent les produits d’importation couteux au lieu de coopérer gratuitement au développement ou relever le taux d’intégration par la R&D d’un produit final.» Ce constat rejoint celui du Dgrsdt : «Elles ne sont pas productives du savoir-faire. Elles ne font que du copiage et du transfert », a-t-il attesté.

COMMENT Y REMÉDIER ?

Plusieurs autres stratégies, dont celle des projets nationaux de recherches, ont été initiées. «Bien que l’idée soit intéressante en soi et était soutenue par une prime financière conséquente pour motiver les chercheurs, l’impact socio-économique n’était pas celui attendu en raison de causes multiples dont le désintéressement des entreprises, l’absence de bureau recherche-développement au niveau des entreprises ou encore l’inexpérience de certains chercheurs devant les problèmes concrets», a-t-on soutenu.

La direction de la recherche scientifique, par la voix de son représentant, préconise la mise en place en place d’un écosystème favorable au développement des entreprises. Pour certains enseignants-chercheurs, la levée des verrous administratifs, structurels et financiers est un préalable. Selon notre interlocuteur, pour insuffler un élan à cette synergie, il faudrait se pencher et comprendre en premier lieu la relation de la recherche scientifique au développement économique : «Dans les pays à économie libérale, les entreprises travaillent dans le contexte de la compétition.

Pour survivre, elles ont besoin d’avoir de hautes performances en créativité, en innovation et en adaptation. Il faut être à l’avant-garde des nouvelles idées et techniques pour pouvoir façonner des produits hautement compétitifs. Donc, c’est le marché qui se charge de valoriser la recherche-développement pour assurer l’efficacité des entreprises. Bien entendu, le gouvernement en fonction de ses priorités et de certaines conjonctures peut encourager tel ou tel secteur par la réduction des impôts et taxes, l’octroi de prêts avantageux, participation aux investissements, etc. Les entreprises et les organismes concernés disposent naturellement de systèmes d’Etat de veille technologique, d’un personnel de formation de qualité, et de grande capacité d’adaptation aux changements.»

S’agissant de pays émergents, notre interlocuteur précise : «Une démarche stratégique de développement a pu visionner dès sa conception l’encouragement de la coopération étroite entre les entreprises, d’une part, et la recherche-développement, d’autre part, mais demeure sujette à une formation de qualité. Le succès de cette relation est incompatible avec une formation au rabais et bradage de diplômes.»


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