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jeudi, 28 mai, 2020
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Contribution

L’humanité vit une des plus sévères angoisses existentielles de son histoire

01 avril 2020 à 9 h 03 min

En s’interrogeant sur l’état psychologique actuel de la population mondiale, nous pouvons avancer que l’humanité vit actuellement une des plus sévères angoisses existentielles de son histoire, la pulsion de mort (Thanatos) surclasse la pulsion de vie (Eros), pour reprendre la terminologie freudienne.

A juste titre, la crise sanitaire planétaire, occasionnée par le coronavirus, met en péril la survie de l’humanité. La pandémie du coronavirus (Covid-19) a mis à nu l’état actuel du monde, révélant la place avilissante réservée à l’être humain dans les programmes et les stratégies des Etats. Ce qui laisse planer le doute sur l’origine du Covid-19 et d’aucuns insinuent que c’est un virus de laboratoire, concocté pour assouvir des intérêts expansionnistes. Le confinement qui nous est imposé par le Covid-19 est un moment de répit et de réflexion, jusque-là perdus à cause d’un rythme effréné de consommation, résultant d’un capitalisme extrême.

Dans les circonstances actuelles, des questions philosophiques classiques sur l’humanité et son devenir surgissent de nouveau. L’ultralibéralisme pose aujourd’hui avec acuité le problème liant l’argent au pouvoir politique, autrement dit, la nature problématique de la relation entre le pouvoir politique et le pouvoir de l’argent.

L’intensification des nouvelles technologies de l’information et de la communication, intimement liée à la mondialisation, bénéficie à tout un ensemble d’acteurs qui entrent de facto dans le gouvernement du monde. Internet et ses serveurs deviennent ainsi des entreprises de pouvoir remarquables, tant à travers leur capacité de forger et de diffuser l’information que par leur aptitude à peser sur les choix et les comportements collectifs (Badie, 2016).

Le monde a connu ces dernières années des négociations de traités de libre-échange transatlantique et transpacifique, qui ont été l’occasion pour les lobbies représentant les entreprises transnationales de faire pression sur les gouvernements pour harmoniser et réduire le poids des normes (sociales, écologiques, sanitaires et financières), considérées comme des obstacles à la libre circulation des biens, des services et des capitaux (Plihon, 2016).

Nous constatons aujourd’hui les retombées néfastes du non-respect des standards normatifs sur le double plan environnemental et sanitaire. L’incompatibilité de la relation, entre un système politique gouverné par la recherche et le cramponnement au pouvoir et un système économique animé par la recherche sans cesse de l’argent, est qualifiée par Greiling d’inceste, donc d’un système amoral, puisqu’il y a une fusion entre le pouvoir légal et le pouvoir de l’argent, alors que les hommes politiques sont censés être les tenants de la représentation populaire.

Selon Greiling (2015) : «L’argent qui irrigue la société n’est plus ce moyen secondaire et particulier destiné à l’échange, il est devenu le moteur artificiel de l’économie, maîtrisé et défendu jalousement par ses contremaîtres.» Il apparaît clairement qu’il est impératif de séparer la sphère politique de la sphère économique. Le politique traite des questions de pouvoir et des relations entre les individus, alors que, de l’autre côté, l’économie s’intéresse à la circulation des marchandises et des richesses (Godelier, 1991).

La question qui attire notre attention dans ce contexte de pandémie du Covid-19 est : quelles sont les conséquences majeures de la mondialisation sur l’humanité ? Coignard et Gubert ont publié en 2014 un ouvrage intitulé : La caste cannibale : Quand le capitalisme devient fou. Le terme cannibale se dit d’un homme qui mange de la chair humaine (dictionnaire Larousse, 2016). Le cannibalisme pourrait être transposé adéquatement à la situation actuelle qui prévaut dans le monde. Les Etats sont responsables de la détérioration de la santé de leurs concitoyens, donc c’est l’homme qui tue ses semblables.

La mondialisation entraîne un conditionnement des esprits et un accompagnement des décisions aussi efficace que redoutables, à travers sa batterie médiatique, la puissance de ses réseaux internet, l’effet d’entraînement du consumérisme et cette forte fascination que les modèles de consommation des riches et des puissants exercent sur les pauvres et les démunis (Badie, 2016). Le secteur de l’agriculture, source de notre alimentation, illustre particulièrement le pouvoir d’influence démesuré dont disposent les multinationales sur les modes de vie et l’environnement. La spécificité génétique d’un aliment, tout comme son prix pour le consommateur final dépendent ainsi d’un nombre de plus en plus restreint d’acteurs, la plupart obéissant à des intérêts privés (Ivan du Roy, 2016).

Conséquemment, la santé du citoyen est menacée par une alimentation malsaine : fast-food, produits chimiques dans nos assiettes, organismes génétiquement modifiés (OGM), etc. Que faire pour éviter les effets dévastateurs d’une pandémie à l’avenir ? Face au capitalisme dévastateur qui menace l’humanité, des organisations non gouvernementales (ONG) de la société civile, à l’instar de Greenpeace, Médecins sans frontières, etc., se sont mobilisées pour préserver la nature et l’homme des dégâts occasionnés par les multinationales.

Cet élan international a permis l’émergence de nouveaux besoins à l’échelle planétaire, comme les besoins liés à l’environnement, appelés  «les besoins publics mondiaux». A travers leurs actions, ces ONG protestent contre l’inadaptation du système actuel de gouvernance du monde et dénoncent le déficit flagrant de ces besoins vitaux.

Le rôle de l’Etat n’est pas d’entretenir la misère sociale en distribuant des indemnités conjoncturelles aux démunis et des allocations aux chômeurs, mais de créer de la richesse et de bâtir une économie à visage humain, à même de garantir au citoyen un travail durable et un niveau de vie décent, qui le prémuniront des maux sociaux : carence sanitaire, précarité, toxicomanie, suicide, etc. Dans le même ordre d’idées, Gilder (2012) souligne : «Plus l’Etat distribue des aides aux chômeurs, aux déviants, aux paniers percés, plus leurs maladies vont se répandre, et plus les signes de dépression sociale vont devenir alarmants.»

Présentement, la santé du citoyen constitue la priorité des priorités dans le discours de plusieurs dirigeants de ce monde, en espérant que cette attitude ne serait pas conjoncturelle. En tout état de cause, l’après-Covid-19 mènera vers un autre paradigme. La sauvegarde de l’humanité est conditionnée désormais par une prise de conscience universelle sur la nécessité impérieuse de replacer l’humain – avec les trois dimensions vitales : santé, éducation et justice – au cœur des préoccupations gouvernementales. A une époque où le savoir technologique a atteint des niveaux hallucinants, nous devrions plutôt parler, en termes d’exigences civilisationnelles, de bien-être et non pas de survie de l’humanité.

 

Par Dr Abderrezak Iddir

Docteur en psychologie (Université Mouloud Mammeri  de Tizi Ouzou)



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