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Refonte des études des sciences médicales : L’heure du bilan

30 juin 2021 à 10 h 06 min

Les responsables des quinze facultés de médecine du territoire national prendront part, demain à la Faculté de médecine d’Alger, à une importante réunion de travail supervisée par deux départements ministériels, celui de l’Enseignement supérieur et de la Santé. A l’ordre du jour, il sera principalement question d’établir le bilan des trois premières années de refonte des études médicales.

La rencontre, à laquelle les délégués des étudiants des 1re, 2e et 3e années médecine sont invités, sera l’occasion de présenter la synthèse de l’évaluation effectuée par l’ensemble des facultés de médecine par rapport à l’application de la refonte entamée en 2018, mais aussi de lancer ce qu’il en reste pour les trois prochaines années. «Nous allons profiter de l’occasion de la présentation du bilan pour corriger ce qui ne s’est pas très bien fait et identifier les points forts de manière à les utiliser pour la mise en place de la refonte des 4e, 5e et 6e années médecine où l’on a surtout des stages autour de pathologies disciplinaires», nous dit le Pr.

Lakhdar Griene, doyen de la faculté de médecine d’Alger. Pour lui, il faut d’abord ne pas confondre entre refonte et réforme des études de graduation en médecine, en ce sens qu’il s’agit de préserver les acquis positifs de la réforme de l’enseignement supérieur de 1971, tout en prenant en charge «les insuffisances pédagogiques et organisationnelles observées» et en intégrant les changements induits par «les facteurs externes ayant une influence sur la formation, son contenu et son organisation» pour moderniser le système de formation en médecine.

Il faut savoir à ce propos qu’une première évaluation a été faite à la fin de la première année de son application, en fin 2019. Celle dont les résultats seront présentés demain concerne le 1er cycle d’étude constitué des trois premières années d’études en sciences médicales.

Perturbations et manque de moyens

L’évaluation a été faite à travers des questionnaires adressés aux étudiants et aux enseignants et une synthèse des réponses sera présentée demain. Elle concerne l’enseignement à distance, le taux de satisfaction des apprenants et de leurs enseignants, les propositions des uns et des autres. Notons que le remodelage des cycles d’enseignement a donné lieu à deux cycles où l’on enseigne à l’étudiant, durant le premier «tout ce qui a trait à l’homme sain, puis les pathologies, de manière transversale, à partir de la 3e année».

Le 2e cycle, qui dure aussi trois ans, est consacré à partir de la 4e année à «l’étude des pathologies par organe et par fonction, en plus des stages cliniques au niveau des services hospitalo-universitaires», explique le Pr Griene. S’agissant de ce dernier point, précisément, tous les établissements assurant la formation en sciences médicales rapportent avoir eu des difficultés de réaliser les stages en milieu hospitalier pour cause de risque de contamination et des mesures sanitaires mises en œuvre dans ces structures dans le cadre de la lutte contre la pandémie de la Covid-19.

Il en est de même pour les cours et les TD programmés qui ont été insuffisamment assurés, donnant lieu, parfois, à des actions de protestation de la part des étudiants, comme cela a été le cas à la faculté de médecine d’Alger où, en février dernier, les étudiants sont montés au créneau pour dénoncer «la qualité de l’enseignement, les conditions inacceptables dans lesquelles se déroulent les cours et l’absence de pratique au niveau des hôpitaux».

Le doyen de la faculté d’Alger ne voit pas les choses de la même manière. Pour lui, l’impact de la crise sanitaire et des mesures de prévention qui s’en ont suivi ne sont pas aussi graves que les étudiants le décrivent. «Les notes obtenues par les étudiants et le taux de réussite et d’échec sont relativement comparables aux années précédentes », assure le Pr Griene.

Certes, dit-il, «il y a eu des perturbations et beaucoup de choses ont été faites dans l’urgence. Mais au fur et à mesure, les choses se sont considérablement améliorées». En gros, les problèmes se sont manifestés à cause de soucis techniques, du faible débit Internet, des dysfonctionnements constatés sur la plateforme numérique à son lancement et de la non-maîtrise des outils de communication numériques. «Il est impératif de doter les universités d’un haut débit internet pour faire réussir l’enseignement hybride, qui est, en réalité, une évolution naturelle de la pédagogie», insiste le doyen.

Et d’ajouter : «Si l’on veut améliorer la formation des futurs médecins algériens, il faut assurer aux enseignants, parallèlement à cette refonte, une formation en pédagogie et les outiller à l’enseignement moderne, aux nouveaux supports et méthodes d’enseignement et d’évaluation.» Selon lui, la refonte appliquée depuis trois ans a effectivement pris en charge ce volet, mais «ce ne sont pas tous les enseignants qui ont pu en bénéficier».

Aussi, concernant la formation pratique des futurs médecins, il est constaté une insuffisance en travaux pratiques, pour les étudiants des trois premières années, malgré la mise en place d’un programme d’«enseignement par simulation» dans des centres abrités par les facultés, et de stages cliniques ou de soins infirmiers dans les unités de soins publiques et autres établissements hospitalo-universitaires.

D’où, d’ailleurs, le rôle déterminant du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière dans la formation de médecins compétents capables de dispenser des soins de haute qualité. «Il est évident que l’université forme des médecins pour le compte du ministère de la Santé, qui définit les besoins de la population et le profil épidémiologique du pays.

Ce profil a changé et n’est plus le même que celui d’il y a 30 ou 40 ans. Il fallait donc adapter le contenu de la formation par rapport aux nouveaux besoins, tout en élargissant le rôle du médecin appelé à intervenir sur plusieurs fronts comme la sensibilisation, la prévention, l’organisation et la communication», explique le Pr Griene, précisant que cela requiert de nouvelles compétences et nécessite d’enrichir la formation des étudiants en médecine. «Les pathologies ont évolué, les techniques d’approche et de diagnostic, mais aussi la technologie. Nous devons prendre en considération tout cela dans la refonte. L’apprentissage par résolution de problème est aujourd’hui une nouvelle méthode pédagogique à appliquer», note le doyen.

Quant à la recherche scientifique médicale, le même responsable fait remarquer qu’elle n’est pas très généralisée. «Actuellement, on ne peut plus se contenter seulement des éléments cliniques et il faut, pour que les travaux de recherche soient publiés dans les grandes revues scientifiques internationales, aller plus loin dans la recherche en effectuant des études génétiques que seules des plateformes d’exploration technologique dans ce domaine le permettent», note-t-il.

C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, un projet a été initié en collaboration avec la DGRSDT, afin de mettre en place une plateforme de génétique moléculaire qui sera mise à la disposition de l’ensemble des chercheurs en médecine, nous révèle le doyen.

Nouvelles disciplines intégrées

En attendant, les étudiants futurs chercheurs sont initiés, à la 6e année de leur cursus universitaire, à la recherche scientifique grâce à deux modules traitant de la «méthodologie en recherche clinique» et de la «lecture critique d’articles en sciences médicales».

Enfin, en matière de nouveauté, les étudiants en sciences médicales devraient s’attendre à voir, dès l’année prochaine, l’introduction de nouvelles disciplines, à l’exemple des pathologies liées aux sujets âgés et au vieillissement de la population, la cancérologie de manière générale et transversale, ou encore les maladies chroniques. Y aura-t-il des changements quant aux conditions d’admission pour les nouveaux bacheliers ?

Pour le doyen de la faculté de médecine d’Alger, cela relève des prorogatives du ministère en charge du secteur. Cependant, dit-il, «l’accès aux études médicales doit tenir compte des besoins et des capacités de formation. Nous sommes actuellement à l’extrême limite de nos capacités de formation et il serait bienvenu que le nombre des nouveaux bacheliers qui accèdent aux études médicales baisse un peu pour une meilleure prise en charge, aussi bien sur le plan pédagogique qu’infrastructurel».


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