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Les prémices de l’effondrement de l’université algérienne

06 février 2019 à 10 h 00 min

Dans les années qui ont suivi l’indépendance du pays, où les structures scientifiques héritées de la colonisation ont été maintenues, le niveau était équivalent à celui des universités françaises. Les universités et les grandes écoles algériennes ont joué le rôle qui leur revenait : former des chercheurs confirmés et des équipes scientifiques solides.

Jusqu’aux années quatre-vingt, les meilleurs étudiants choisissaient les filières scientifiques et le niveau de nos universités était aux normes internationales. De plus, chaque année, des centaines de jeunes chercheurs ont été formés dans les universités et dans les instituts européens, américains, soviétiques, etc. En regagnant le pays, ils n’ont malheureusement pas trouvé les conditions adéquates pour pratiquer le métier de chercheur. La plupart sont alors retournés aux universités qui les ont formés. Ceux qui sont restés ont essayé de faire de la recherche avec le peu de moyens existants.

En réalité, la formation de ces jeunes chercheurs est inadaptée. La plupart de ceux qui ont été formés à l’étranger ont travaillé sur des sujets de thèses qui ne sont pas ancrés dans les réalités du pays. Durant leur séjour à l’étranger, pour la réalisation de leurs thèses, ils n’ont eu aucun contact avec les structures scientifiques nationales. A leur retour, ils ne trouvent pas les équipes scientifiques au sein desquelles ils pourraient apprendre et exercer concrètement leur métier de chercheur au service de leur pays.

C’est à partir des années 1980 que le niveau de nos universités a commencé à régresser du fait que les meilleurs bacheliers ont commencé à être orientés vers les filières médicales et les grandes écoles. Les plus faibles des bacheliers et les rachetés sont orientés vers les sciences techniques, bien qu’ils n’aient pas le niveau requis pour suivre de telles études.

La deuxième cause qui a impacté le niveau de nos universités est le recrutement en masse d’enseignants qui n’ont pas le niveau requis pour enseigner à l’université. Un autre phénomène qui a contribué à dévaloriser l’université est le plagiat qui se pratique impunément et à grande échelle. Il suffit de payer 100 $ pour publier un article qui vous permettra d’obtenir votre doctorat.

Un autre problème important qui mine nos universités concerne l’absence de critères et de transparence dans la nomination aux postes de responsabilité, tels que les recteurs, vice-recteurs, doyens et vice-doyens. Il suffit d’aller sur Google Scholar et voir le CV de ces responsables pour comprendre que rien n’est fait pour encourager l’émergence de compétences.

Concernant la recherche elle-même, on constate que malgré un effort important d’appui à la recherche scientifique qui a été consenti par l’Etat, les résultats de cet effort sont cependant trop souvent décevants et ne peuvent contribuer à développer l’économie algérienne. Normalement, les universités sont le moteur de développement des collectivités locales et des pôles industriels.

Certains pays émergents, comme l’Inde, le Brésil, ou le Mexique, ont acquis une autonomie scientifique dans de nombreux domaines, tel n’est pas le cas pour la grande majorité des autres pays du Tiers-Monde et, en particulier, l’Algérie. C’est le résultat d’une méfiance réciproque qui se poursuit entre le politique qui domine le scientifique.

Les chercheurs algériens font alors beaucoup plus de gestion que de recherche. Ils y perdent rapidement toute capacité à devenir eux-mêmes des chercheurs confirmés. Il faut se tourner alors vers la coopération internationale, française ou autre. On en arrive à la situation aberrante d’une recherche gérée par des Algériens, mais réalisée par des étrangers.

Par ailleurs, les institutions responsables de la recherche et du développement, qu’elles soient publiques ou privées, se préoccupent peu des résultats de la recherche pour élaborer leurs projets de développement. On peut citer à titre d’exemple le ministère de l’Intérieur, qui lance un vaste programme d’alimentation des écoles et des mosquées par l’énergie photovoltaïque sans que les spécialistes et les chercheurs soient mis à contribution.

L’échec, pourtant prévisible, de cette initiative, aurait pu être évité si l’on avait pris le soin et le temps d’écouter les chercheurs spécialistes dans ce domaine. Pour illustrer ce gaspillage scandaleux, on notera qu’une seule école à Ali Mendjeli a coûté 6 millions de dinars, cette somme aurait servi à autre chose de plus utile pour la collectivité.

Il faut agir pour sauver l’université

Notre système d’enseignement supérieur et de recherche scientifique ne s’intéresse qu’au nombres de places pédagogiques, au lieu de s’intéresser aux évolutions technologiques et scientifiques. C’est très inquiétant, car ces évolutions ne sont pas anticipées par les décideurs politiques qui s’emploient même à les ignorer. Auto-aveuglés pour ne voir que ce qui est positif, ils ne se préparent pas aux défis à relever et ne se donnent pas les moyens intellectuels pour examiner et discuter des vrais problèmes de l’université.

La façon ancienne et attristante où les enseignants et chercheurs compétents sont exclus et ne participent pas à l’élaboration et à la prise en charge des problèmes plus ou moins nouveaux et les mutations de la science à l’échelle planétaire ne leur permettent, dans le meilleur des cas, que de formuler des constats, mais faits trop tardivement pour qu’il soit encore possible d’intervenir avec efficacité (exemple du système LMD). Pourquoi seulement subir les mutations et ne pas construire l’avenir ? Attendre les circulaires ministérielles.

Le choix des nouvelles filières, qui ne sont d’aucune utilité pour l’économie du pays, telle que la filière d’astronomie, une filière qui demande certaines conditions et un matériel spécifique (par exemple un observatoire astronomique pour essayer de comprendre la structure et l’évolution de l’univers, un télescope pour analyser la lumière venant des objets célestes).

L’astronomie théorique où l’on construit des théories mathématiques ou physiques, ou des modèles, pour décrire l’état actuel, le passé et l’évolution des astres et de l’univers. Tout cela est inexistant dans la majorité de nos universités, sur le plan théorique nos étudiants ne maîtrisent même pas les lois de base de mécanique classique.

D’autres filières, comme l’aéronautique au département de mécanique, demandent des moyens spécifiques. L’avenir de la mécanique en Algérie, d’après les orientations du gouvernement, c’est la voiture, et je dirais la voiture hybride ou électrique, où le moteur thermique sera délaissé dans une quinzaine d’années.

On assiste pourtant aux prémices d’un double effondrement de l’université. La première est d’origine externe et concerne la fuite des compétences, le départ à la retraite et le vieillissement du corps enseignant. La seconde concerne le recrutement de nouveaux arrivants ou les enseignants favorisant leurs enfants qui n’ont pas les compétences requises pour intégrer l’université

Les conséquences de la carte universitaire

Non seulement la carte universitaire a joué un rôle négatif, mais elle a aussi éparpillé les moyens financiers et les compétences scientifiques. On assiste également à une disparité et à une différence de niveau entre les universités et les régions. Les diplômes se sont multipliés, de nouveaux diplômes sont apparus. La Fonction publique n’a pas pu suivre cette évolution pour la reconnaissance et l’équivalence des diplômes, ce qui a donné lieu à des conflits et des grèves à répétition.

La création de grandes écoles est venue suite à un besoin de former une élite. Cependant, malgré le recrutement des étudiants par un concours d’admission à l’issue de deux années préparatoires aux grandes écoles, le niveau des étudiants qui intègrent ces écoles reste moyen, sauf pour l’Ecole d’informatique qui est d’un niveau acceptable. Le même principe de sélection devrait être appliqué pour le recrutement des enseignants de ces grandes écoles qui sont devenues une voie de garage pour les retraités et les amis. Les directeurs de ces écoles doivent être aussi recrutés sur concours national.

J’espère que cette contribution ouvrira un débat sur le rôle de l’université sur le développent des collectivités locales. L’apport économique de la connaissance universitaire a souvent été négligé dans le développent d’une région à cause de l’isolement de l’université de son milieu naturel qui est la collectivité.

Les sujets de magistères et de doctorats peuvent être proposés par les collectivités locales, à l’exemple de l’aménagement du territoire, la gestion intelligente de nos villes, l’apport de l’université dans le programme des énergies renouvelables et la gestion des déchets. Libérez le génie et la créativité de nos étudiants et l’université se portera mieux.


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