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mardi, 27 juillet, 2021
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Doctorat, master et admissions universitaires : L’épidémie impose un cursus «nouvelle formule»

23 décembre 2020 à 10 h 30 min

La reprise du cursus universitaire pour l’année 2020/2021 s’est effectuée dans des conditions inédites. La crise sanitaire, qui sévit depuis dix mois, a imposé la mise en place de certaines dispositions, susceptibles de procurer à la communauté universitaire un cadre pédagogique peu ou prou adéquat.

La reprise des cours en présentiel a débuté le 15 du mois en cours. Dès la première semaine, des couacs, voire des défaillances ont été relevés, tantôt par les étudiants, tantôt par les enseignants. Outre les problèmes relatifs au transport, à l’hébergement et même au protocole sanitaire, viennent se grever des mesures pédagogiques dictées par la tutelle qui ne font pas l’unanimité au sein du corps enseignant, car elles pourront être assujetties à des interprétations erronées, voire personnelles, ce qui pourrait pénaliser une catégorie d’étudiants.

En effet, après l’annulation de l’article 7 qui privait les postulants répétitifs de l’accès au concours du doctorat, un autre point, de moindre exclusion, est soumis à application dans les différentes universités du territoire. Il s’agit de l’admission au Master. Selon une instruction, pour cette rentrée, tous les étudiants licenciés sont masterisables. Une disposition qui fait grincer des dents dans les campus. «Une autre disposition qui fâche se situe au niveau de l’admission en Master pour les licenciés. Les textes stipulent d’apportionner le quota en 80% pour les étudiants de l’université et 20% pour ceux venus d’autres universités, et ce, en deux processus séparés. Suivant les nouvelles instructions en cette année de pandémie, tous les étudiants sont «masterisables».

Malheureusement en pratique, il est souvent considéré que le quota de 20% est «optionnel» et comme il y a obligation de prendre tous les étudiants de l’établissement, les étudiants extérieurs même s’ils sont excellents seront lésés», relève le Pr Jamal Mimouni de l’université Frères Mentouri (Constantine1). Comment ? Et lui d’expliquer : « …Selon ce procédé, le dernier de la classe local pourrait être accepté alors que des majors de promotion d’autres établissements seront refusés en raison de l’épuisement du quota global ou la non-activation de celui des 20%.»

UN SYSTÈME DE QUOTAS

Le responsable du Master en astrophysique remet en cause l’ensemble du dispositif. «Pourquoi donc un étudiant de Batna, Béchar ou Bouira aurait-il moins de chance qu’un étudiant local alors que certaines de ces formations sont uniques au niveau national et n’existent pas dans sa région? Pourtant, il est bien précisé dans tous les textes officiels que les Masters sont nationaux.» Des responsables de Master confrontés à cette injustice répondent qu’ils s’occupent d’abord de «leurs étudiants», et qu’avec la pandémie de la Covid-19, la venue de ces «externes» est problématique et ne fait que retarder le démarrage des cours à cause du transport inexistant et de l’hébergement… «Or, c’est bien l’Etat algérien qui finance les universités, pas les ressources locales.» Certains étudiants partagent cet avis, du moins ceux ayant tenté la démarche dans une autre université. Mehdi, ayant obtenu sa licence à l’université Constantine 3, est l’un d’eux : «J’ai postulé au niveau de l’université de Sétif en raison de la spécialité souhaitée. En tant qu’externe, je n’ai pas été retenu.» Interrogés, des enseignants estiment que le système d’admission tel qu’il est actuellement privilégie une catégorie sur l’autre.

Un appel tacite à une réforme de fond du secteur de l’enseignement supérieur dont tous les ministres successifs en ont fait leur priorité, mais que la communauté universitaire attend toujours. «Dans d’autres pays, on fait la chasse aux cerveaux même s’il faut les chercher à l’étranger. C’est bien sur quoi est bâti le système de Graduate Studies aux Etats-Unis où les effectifs, d’une classe typique, bourses à l’appui, viennent de Chine, d’Inde, de Taïwan, et avec une minorité d’étudiants américains ! C’est aussi tout le concept des Masters dits internationaux tels qu’en France : dénicher la matière grise où qu’elle soit et optimiser sa venue pour le bénéfice de l’établissement d’accueil ! Ajoutons de plus concernant notre pays que cette volonté d’accepter tout le monde est de toute façon irréalisable pour nombre de filières à gros effectifs, telles que les lettres, droit et autres, et ne sera sûrement pas appliquée», analyse le Pr Mimouni.

UNE DÉCISION STIGMATISANTE

Une autre décision du Mesrs est pointée du doigt pour cette année universitaire. Celle de la mention du rachat qui doit être portée sur les relevés de notes. Fait inédit, nous dit-on. «Cette année, le fait d’avoir été racheté pour une année donnée figure sur le relevé de notes de l’étudiant. Ainsi il n’est plus ‘‘admis’’ seulement, mais ‘‘admis (rachat)’’ et cette ‘‘mention’’ figurera sur tous ses relevés de notes ! C’est bien la première fois depuis l’indépendance et peut-être dans le monde qu’on noircit ainsi le dossier académique de l’étudiant sans raison valable.

Après tout, le rachat s’est fait dans l’intimité du jury de délibération qui a pu vouloir prendre en compte des circonstances exceptionnelles ou fixer une barre de rachat ; l’administration n’a pas à être impliquée. La malveillance réside dans le fait que cette mention n’a aucune incidence pratique, mais elle est indélébile et stigmatisante. C’est un peu comme si sur le bulletin de naissance était ajoutée systématiquement la mention : né ‘‘sous césarienne’’ ou ‘‘prématuré’’. De plus, le racheté l’a parfois été alors qu’il s’approchait asymptotiquement de 10 avec une note telle que 09,97.

Pour être juste, l’erreur pourrait provenir d’une lacune du logiciel Progres du Mesrs, mais si c’est le cas, un logiciel se corrige, avant qu’il ne fasse plus de dégâts», commente l’enseignant au département physique. Et de rebondir sur le principe des égalités de chances pour tous à l’université : «Appliquer ce principe… oui, mais l’université doit préserver sa vocation de lieu d’excellence, ne pas verser dans le populisme qui aboutit à un nivellement par le bas. Elle doit le faire avec compassion, mansuétude et sans léser personne ni appliquer aucune sorte de particularisme. De plus, l’université algérienne sera nationale ou elle ne le sera pas.»

CONCOURS NATIONAL…ÉPREUVES LOCALES ?

L’arrêté de la tutelle concernant l’accès au concours du doctorat comprend aussi de nouvelles instructions sur les épreuves du concours. «En effet, il est exigé que désormais les épreuves porteront sur les matières du deuxième cycle seulement, soient les deux années de Master. Or, jusqu’à présent, la première épreuve des épreuves écrites était commune à toutes les spécialités de la filière et donc provenait du contenu de la Licence», selon notre interlocuteur qui détaille : «Notons que cette mesure est louable en soi que les candidats d’un concours de troisième cycle soient examinés seulement sur le deuxième cycle et donc porte sur des matières «avancées», mais cela à des implications sévères pour les candidats, surtout que cette mesure arrive à quelques semaines du concours. Si le concours est national, l’enseignement des matières des Masters, quant à lui, est assez spécifique à chaque département contrairement aux enseignements de Licence qui sont largement standardisés nationalement et même internationalement.

De plus, vu que ce sont les équipes de la filière même qui les élaboreront, ses épreuves porteront leur ‘‘griffe’’, ce qui la rendra davantage locale. Pourtant, le concours de Doctorat de par son caractère résolument national a toujours été une fierté de notre université, même s’il arrivait des situations incongrues et pas rares du tout où tous les candidats reçus à un concours donné provenaient d’universités autres que celle administrant le concours !» D’autres contraintes, pourront brider l’élan d’éventuels candidats audit concours sont aussi égrenées : «De plus, la situation de pandémie que nous vivons et l’inexistence du transport interwilayas constitueront un autre frein au déplacement des étudiants pour concourir à différentes universités. Ajoutons à cela la tendance de voir des concours dans la même spécialité se dérouler le même jour au niveau national, pénaliserait grandement les étudiants voulant concourir dans plusieurs universités.» Les épreuves du concours du doctorat se dérouleront pour l’année universitaire 2020/2021 du 13 février eu 27 mars 2021.

Pour le Pr Mimouni : «Les épreuves sur lesquelles portera le concours ‘‘nouvelle formule’’ sont en voie de finalisation et validation par les Comités de formation doctorale (CFD) au niveau de chaque établissement. Sachant que les inscriptions au concours vont débuter incessamment, il y a le risque que dans certains cas, les matières précises entrant dans les épreuves du concours ne soient pas connues par les candidats à ce moment-là, ce qui va déstabiliser plus d’un. En fait, il n’y a rien de très dramatique ; il faudra juste une vigilance accrue au niveau des CFD pour s’assurer que le concours met tous les étudiants à pied d’égalité, quelle que soit leur université d’origine».


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