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ENSEIGNEMENT À DISTANCE IMPOSÉ PAR LA PANDÉMIE DE CORONAVIRUS

L’enjeu de la rentabilisation de la présence de l’étudiant sur le Net

18 novembre 2020 à 10 h 25 min

Il est évident que la pandémie de coronavirus a imposé de nouvelles donnes dans l’ensemble des secteurs. L’enseignement supérieur n’a pas dérogé à la règle. Impactés par cette infection qui trouve un terreau favorable en milieu de promiscuité, les campus à travers le monde ont été contraints à la fermeture.

 

En Algérie, le 12 mars 2020, les universités du pays ont suspendu les cours. Pour boucler le deuxième semestre, il a fallu recourir en partie à l’enseignement par distance.

Pour la rentrée prochaine, le même canevas est proposé. Réussir une année universitaire en jonglant entre le e-Learning et le presentiel est un exercice laborieux, selon la communauté universitaire. «Dans le secteur de l’enseignement supérieur, responsables, employés, enseignants et étudiants se sont retrouvés face à une situation délicate et imprévue.

Il fallait problématiser le degré d’urgence dans ce contexte épidémiologique de grande envergure avec des questions essentielles comme : que faire ? Où et quand le faire ?», analysent les organisateurs d’un séminaire international en ligne, prévu à l’université Frères Mentouri (Constantine 1) pour les 24 et 25 mars 2021. Il revient, en ce sens, de faire le point, une année après, sur la mise en place par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (MESRS) de l’enseignement à distance, et des retombées de cette dernière sur le cursus de l’étudiant.

Avant que cette rencontre «virtuelle» ne livre ses conclusions et recommandations, une synthèse sur ce procédé adopté pour l’année 2019/2020 est nécessaire. Si l’interactivité est un élément didactique fondamental dans la transmission du savoir en présentiel ou en virtuel, la méthode a été fortement critiquée au moment où la tutelle s’est décernée un satisfecit, concernant le bouclage du 2e semestre.

Pour bon nombre d’enseignants : «Plusieurs mois de télé-enseignement ont mis à nu une situation hétérogène entre différentes universités à travers le territoire, notamment en matière d’équipements.» «La présence et la participation des étudiants ont été très faibles durant ces mois d’enseignement à distance, ce qui est un marqueur pédagogique très important pour mesurer la démotivation des étudiants.

Cela est dû au fait aussi qu’un grand nombre d’étudiants ne disposent pas d’un ordinateur portable, d’une connexion internet et d’un espace de travail à domicile», a rappelé un professeur des universités, en précisant qu’en raison «de la faiblesse de la connexion internet et des coupures fréquentes, il y a eu une utilisation de faible intensité des plateformes de vidéo-conférences comme Cisco Web, Google Meet, Moodle et autres…».

A l’issue, la démotivation des étudiants a été perceptible. «Des enseignants ont fini par nous envoyer par mail des polycopies sur les sites de groupes», reconnaissent des étudiants. En parallèle, il ressort d’une enquête menée par une équipe de chercheurs du Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD) auprès de 2000 enseignants que «les conditions techniques et environnementales du travail des enseignants sont globalement acceptables… deux difficultés ont été signalées, il s’agit, d’une part, de l’absence de contact avec les étudiants et, d’autre part, la qualité de la connexion».

APPRENTISSAGE EN LIGNE

«La stratégie prônée par le MESRS est basée essentiellement sur les technologies de l’information et de la communication comme issue alternative et notamment l’apprentissage en ligne comme nouvelle forme d’enseignement. La finalité est de garantir la continuité pédagogique et d’éviter le décrochage des étudiants. Mais, ce pari a-t-il été remporté ?», est-il soutenu. C’est l’objectif d’ailleurs dudit séminaire. «Lors de la mise en œuvre de ces orientations, des questions attenantes couvraient le champ de réflexion engageant une multitude d’acteurs, associés à l’exploitation des TIC aux fins de l’enseignement et de la formation, avec comme préoccupations majeures : quelle technologie peut répondre à la demande et aux exigences de la situation ? Sinon, comment les sensibiliser ? Que faire avec les apprenants en situation de ‘‘fracture numérique’’ ? Quelle stratégie d’intervention adopter et pour combien de temps ? », argumentent les organisateurs.

La préoccupation majeure actuellement semble être celle de la rentabilisation de l’étudiant sur Internet à l’approche d’une rentrée universitaire qui ne pourra pas s’effectuer sans un enseignement à distance. En apparence et compte tenu des impondérables survenus depuis dix mois, il y a eu des tentatives d’exploitation des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans le cursus de formation, appréciée négativement par la majorité de la communauté.

Or, si cela se réalise dans de bonnes conditions, «les étudiants pourraient développer des compétences complémentaires dans la formation et la recherche», soutiennent certains, puisqu’ailleurs ces pratiques ont prouvé leur rentabilité en la matière. Pour la Coordination nationale des universitaires algériens pour le changement (CNUAC), la communauté universitaire ne peut ni valider ni cautionner un tel fonctionnement.

Elle doit le refuser. «Le télé-enseignement s’est révélé un échec en raison du manque de moyens techniques et humains nécessaires (débit internet, ordinateurs, etc.), accentuant, par la même, les inégalités sociales et territoriales. Il n’est pas nécessaire de rappeler qu’il ne faudra pas espérer l’élaboration d’un bilan transparent et crédible des responsables. Il s’agit tout au plus de maquiller les difficultés et les manquements. Nous devons, enseignants et étudiants, nous impliquer fermement pour coordonner nos actions afin de préserver les normes pédagogiques admises en évaluation présentielle.»

D’ENSEIGNANT À TUTEUR

«Avons-nous suffisamment de tuteurs pour accompagner, orienter les étudiants ? Il est clair que dans une telle situation, nous avons besoin de tuteur et non d’enseignant. Les étudiants sont-ils prédisposés à étudier à distance ? Sinon, comment les sensibiliser ? Que faire avec les apprenants en situation de ‘‘fracture numérique’’ ? Quelle stratégie d’intervention adopter et pour combien de temps ?»

Autant de questions auxquelles les communicants devront répondre. «Certaines universités algériennes ont assuré des formations online aux enseignants pour l’utilisation des plateformes et la création de cours, mais c’était insuffisant. Les enseignants, autant que les étudiants, n’ont bénéficié d’aucune aide matérielle ou financière pour l’acquisition des équipements ou des connexions», relève Mouna B., enseignante chercheure.

À travers ces différentes expériences, c’est le bilan de l’enseignement à distance imposé par une conjonction inédite qu’il faudra dresser. «Les chercheurs universitaires sont invités à contribuer à ce colloque, à partager les expériences afin de dresser le bilan, connaître les incidences d’une telle crise sur l’enseignement supérieur, car nous avons tiré des enseignements et c’est là où réside réellement le point de créativité puisque par manque de stratégie anticipante, chaque acteur s’est démené pour tenter de réussir dans ce nouveau contexte. Les outils sont certes là, mais les procédés et les approches sont personnels et inventifs», concluent les organisateurs.

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