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Projet et résultats de la recherche

Le long parcours de la valorisation

30 juin 2021 à 10 h 03 min

En dépit des contraintes causées par les affres de la crise sanitaire sur le fonctionnement des établissements de l’enseignement supérieur, force est de constater qu’en matière de «compétitivité», l’année universitaire 2020/2021 a été particulière.

Plusieurs concours ont été initiés à l’instar de «Projet, brevet», «Ma thèse en 80s», «Label pour un projet innovant», «Label start-up» pour ne citer que ceux-là. Ils ont largement contribué à une émulation sans précédent au sein de la communauté estudiantine.

Toutes les universités de l’ensemble du territoire ont sauté à «pieds joints» dans ces différentes joutes scientifiques dont la plupart n’ont eu à la clé qu’une simple reconnaissance de l’Institution. Cela n’est pas négligeable, et les récipiendaires des distinctions sont fiers de leurs parcours et espèrent des perspectives. Or, pour qu’un projet, c’est-à-dire un savoir se transforme en savoir-faire, la valorisation en est le maillon incontournable.

Un seul organisme

Que signifie au fait une valorisation ? «Dans le cadre d’un projet, la valorisation doit être considérée comme un processus continu. Une stratégie de valorisation est développée dès la planification du projet et sa formulation aide à adopter dès le début une approche qui va au-delà de sa réalisation à proprement parler en évitant que la question de savoir ce que l’on va faire de ses résultats ne soit posée qu’une fois le projet terminé. Cette stratégie inclut tous les objectifs et les mesures qui concernent la mise en valeur, la diffusion et l’utilisation des résultats», est-il vulgarisé.

L’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et du développement technologique (Anvredet) est l’organisme par excellence pour viabiliser un projet. Ses experts ont dispensé, du 20 au 30 juin 2021 en cours, une formation au profit du personnel du centre des énergies renouvelables (CDER). Action qui s’inscrit dans le cadre de la formation en innovation initiée depuis au moins deux ans. Les domaines concernés sont la valorisation des projets de Recherche, la propriété intellectuelle, le management des projets et le marketing.

L’objectif étant «d’offrir un apprentissage de qualité basé sur l’évolution des besoins du marché et de donner une vision transversale, globale du processus d’innovation au sein d’une organisation. Il s’agit aussi d’aboutir à une vision stratégique qui permet de prendre en compte les multiples facettes qui interviennent dans le processus d’innovation comme la valorisation, le marketing adopté, le financement, la protection de l’innovation (propriété intellectuelle), le management», a indiqué l’Agence qui s’appuie «sur une stratégie pédagogique qui permet aux participants d’acquérir quatre blocs de compétences nécessaires, dresser son style d’animation d’équipe et de recruter les bonnes compétences».

L’organisme est ainsi dans son rôle. Cet EPIC (établissement public à caractère industriel), créé en 1998 par décret exécutif et placé sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (MESRS), s’attelle «à identifier des résultats valorisables dans le secteur de la recherche académique pour en faire un produit à valeur ajoutée qui réponde à un besoin socio-économique».

Pour son fonctionnement, l’ANVREDET, autonome financièrement, fait appel, en nombre réduit, au personnel d’encadrement et de maîtrise tout en recourant aux outils et méthodes modernes de gestion offerts par les technologies de l’information (Plan de Développement informatique Evolutif : PDIE). Ce dernier permet de se déployer de façon virtuelle par le biais de son réseau de personnes ressources et expertes que sont notamment les délégués localisés auprès des grands pôles d’activités. Les délégués sont chargés de l’animation locale des observatoires et des réseaux de diffusion technologiques.

Incubateurs

Qu’en est-il du modus opérande ? L’Agence procède en premier lieu à la sélection des produits susceptibles d’être valorisables. Cela pourrait se faire par le truchement des événements thématiques. Un travail de prospection qui soumet les projets retenus aux experts des CTS.

Une fois tous les paramètres réunis, dont l’apport technologique et sa recevabilité, lesdits projets passeront à la phase d’incubation. L’incubateur est une structure d’accueil et d’accompagnement de projets innovants, aidant les porteurs de projet à formaliser leurs idées et à valider leur faisabilité à long terme. Il offre aux porteurs de projet un appui en matière de formation, de conseil, de financement et les héberge jusqu’à la création et l’émergence de leur start up.

Il en existe actuellement au moins six au niveau des universités, dont celles de Annaba, Constantine, Guelma, El Oued et Boumerdès. «Les incubateurs universitaires ont un statut de services communs… Notre objectif est d’implanter des incubateurs dans des entreprises», a affirmé la directrice de l’Agence, Nejoua Mounsi Demmouche, lors de son passage, en décembre dernier, sur les ondes de la radio nationale. Combien de projets ont été valorisés ces dernières années ? Aucune statistique n’est disponible. La plus récente concerne l’année 2014 où il était question de la valorisation d’une cinquantaine de projets.

Indice d’innovation

En 2020, l’Algérie n’a pas été visible en matière d’innovation. Elle a encore perdu du terrain comparativement à 2019. Selon l’indice mondial de l’innovation, traduit de l’anglais «Global innovation index», GII, publié conjointement par l’OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle), INSEAD et l’université de Cornell, l’Algérie est classée à la 121e place sur 131 pays, loin derrière la Tunisie (65e position), le Maroc (75e ) ou encore l’Égypte occupant la 96e place. Elle a reculé de huit places par rapport au classement 2019.

L’indice GII qui peut obtenir un score entre 0 (pour les moins bonnes performances) et 100 (pour les meilleures performances) représente la moyenne de deux sous-indices : le sous-indice des moyens mis en œuvre en matière d’innovation (les inputs) permet de les évaluer autour de cinq piliers.

Le sous-indice des résultats (les outputs) rend compte des preuves manifestes de l’innovation en s’appuyant sur éléments de l’économie nationale favorisant des activités innovantes de deux piliers. En matière d’intrants d’innovation, l’Algérie s’affiche à la 111e place, en recul par rapport à l’année précédente. S’agissant des produits d’innovation, elle occupe le 126e rang et classée à la 130e position quant au «perfectionnement des marchés». En somme, notre pays a été «mieux» apprécié en termes d’intrants d’innovation que de produits d’innovation.

Propriété intellectuelle

Pour que le projet puisse préserver toutes ses chances d’une efficace valorisation, il est recours au brevetage. «Il ne faut pas trop communiquer sur le projet», recommande la directrice de l’Anvredet. Dans les manuels pratiques du brevet, cette précaution est mentionnée dans le chapitre des conditions de brevabilité : «Ne doit pas être divulguée, par les inventeurs ou par des tiers, sous une forme quelconque : publication, communication orale, poster, etc. Si l’invention, générée lors d’un travail de doctorat, amène à prévoir un dépôt de brevet, il y aura lieu d’effectuer la soutenance soit à huis clos, soit partiellement à huis clos. Les rapporteurs pourront avoir connaissance du travail à protéger après avoir signé un accord de confidentialité». À rappeler que l’intérêt du brevet réside dans le fait de garantir à son titulaire la protection de son invention.

Cette protection est octroyée pour une durée de 20 ans. Le brevet d’invention permet à son dépositaire d’avoir l’entière jouissance de son procédé et des intérêts qui en découlent ainsi que d’intenter des actions en justice en cas d’utilisation par un tiers, sans autorisation préalable, entre autres. Dans ce chapitre, l’Algérie fait aussi pâle figure. Experts et organismes universitaires conviennent d’une réalité : La valorisation académique supplante celle économique.

Il est de notoriété publique que les universitaires privilégient la publication. Preuve par les chiffres. En 2020, sur 162 dépôts de brevets de résidents (nationaux), la part des universités se répartie comme suit : 15 pour l’université de M’Sila, 8 pour celle de Sétif. Viennent ensuite ex-æquo les universités de Batna, Oran, Ouargla, USTHB (Alger) et Guelma avec 1 seul dépôt.

Et partant, quelle est la part des projets qui se fondront dans un écosystème ? «À ce jour, l’identification des projets structurants mis en œuvre est notoirement faible. La création de pôles d’excellence, un rassembleur des industriels, des chercheurs et des étudiants, est restée à l’état de promesse, et par voie de conséquence, toute velléité d’évolution en la matière est freinée, faisant en sorte que la mise en place d’incubateurs ou d’accélérateurs de start up ne connaît que des discours creux, sans commune mesure avec les orientations politiques du pays. Les start up créées semblent être une copie carbone du dispositif Ansej qui, on le sait, n’a pas donné les résultats escomptés par manque d’une stratégie définie au préalable, connue sous le nom de business model ou modèle économique indispensable à la rentabilité de tout projet», analyse Kamel Beddari, professeur des universités en physique et mathématiques dans une contribution publiée récemment dans les colonnes de la presse.

Une nouvelle agence

Le salut viendra peut-être d’une autre approche de la valorisation de la recherche. Il s’agit de l’Agence nationale pour l’innovation et la compétitivité dont le dossier de création serait ficelé. Cette structure qui remplacera l’Anvredet sera rattachée au premier ministère et rayonnera sur tous les secteurs.

Elle est présentée telle «la pierre angulaire de l’orientation stratégique en matière de valorisation des idées, des initiatives innovantes et des potentialités nationales de la recherche scientifique, au service du développement de l’économie et de la connaissance». L’Agence est censée donner un meilleur positionnement mondial au pays dans le domaine de l’innovation et de la valorisation des résultats de recherche, soit réussir là où d’autres stratégies ont jusque-là échoué.


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