La petite corruption est la conséquence logique de la grande corruption | El Watan
toggle menu
samedi, 07 décembre, 2019
  • thumbnail of elwatan20191207

  • Massage Tunisie



Le phénomène gangrène tous les niveaux hiérarchiques des institutions de l’État

La petite corruption est la conséquence logique de la grande corruption

31 juillet 2019 à 10 h 00 min

Lutter contre la corruption en Algérie est une priorité nationale qui doit émaner d’une volonté politique mais nécessairement accompagnée d’une veille citoyenne.

Crime économique, abus sociaux, dilapidation de biens publics, vices, comportements pervers, conduites déviantes, etc., sont parmi les qualificatifs empruntés à la criminologie et à la psychopathologie économique pour décrire le phénomène de la corruption.

La psychopathologie économique est un champ scientifique récent qui a comme objet : l’étude des conduites économiques tenues pour regrettables, condamnables, dangereuses ou dommageables par la généralité du corps social (Albou, 1984). Nous aspirons, par le biais de cette contribution, à analyser le phénomène de la corruption en Algérie du point de vue psychosociologique.

L’indice de perception de la corruption (IPC) de l’année 2018, publié par Transparency International le 29 janvier 2019, classe l’Algérie au 105e rang sur 180 pays concernés. Cet indice en question permet de classer les pays selon leurs degrés de corruption, du moins corrompu au plus corrompu, à partir des scores obtenus dans les enquêtes menées annuellement par Transparency International sur la corruption dans le monde.

En 2018, le Danemark est considéré comme étant le pays le moins corrompu (1er rang) et la Somalie le pays le plus corrompu (180e rang). Cependant, il est prévisible que le classement de l’Algérie dégringole pour l’année 2019 sur l’indice de perception de la corruption, après l’éclatement, depuis la dynamique populaire du 22 février 2019, d’une série de scandales de corruption incriminant des hommes d’affaires et de hauts responsables de l’Etat.

Définir la corruption n’est pas chose aisée du fait de sa complexité et de ses multiples dimensions, comme l’illustrent les pratiques corruptives suivantes : un arbitre qui reçoit des faveurs d’une équipe de football pour accorder à celle-ci la victoire au détriment de l’équipe adverse. Un douanier qui reçoit des faveurs d’un homme d’affaires et laisse passer sa marchandise en minorant ses frais de douane. Un candidat à une élection qui offre des faveurs à des électeurs contre leurs voix.

Néanmoins, Lenglet (2009) a pu synthétiser le sens de la corruption dans la définition suivante : «La corruption est la perversion ou le détournement d’un processus ou d’une interaction avec une ou plusieurs personnes dans le dessein, pour le corrupteur, d’obtenir des avantages ou des prérogatives particulières ou, pour le corrompu, d’obtenir une rétribution en échange de sa bienveillance.»

La Banque mondiale retient deux types de corruption : la grande corruption : c’est une corruption à haut niveau où les décideurs politiques créant et appliquant les lois utilisent leur position officielle pour promouvoir leur bien-être, leur statut ou leur pouvoir personnel.

La petite corruption : c’est la corruption bureaucratique dans l’administration publique. La petite corruption est la conséquence logique de la grande corruption, une sorte de pandémie, du moment que la grande corruption crée l’environnement juridique qui facilite et encourage la corruption.

Les observations tirées de la vie quotidienne en Algérie nous renseignent de l’étendue du phénomène de la corruption gangrénant tous les niveaux hiérarchiques des institutions de l’Etat et tous les secteurs : éducation, enseignement supérieur, santé, sport, commerce, etc. Dans le même ordre d’idées, Sardan (1996) souligne que la corruption est devenue dans la quasi-totalité des pays africains un élément routinier de fonctionnement des appareils administratifs ou para-administratifs, du sommet à la base.

A ce titre, la corruption n’est ni marginale, ni sectorialisée, ni réprimée, elle est généralisée et banalisée. Certains chercheurs, à l’instar de Zagainova (2012), parlent de «corruption institutionnalisée» lorsqu’elle est généralisée, profondément ancrée et qu’elle est souvent une règle de comportements plus qu’une exception.

La corruption institutionnalisée est un ensemble de pratiques érigées en règles normatives tacites, consistant en une utilisation par des personnes privées ou publiques de positions de pouvoir (autorité, capacités, responsabilités, etc.) dans le but privé d’acquisition de biens, d’actifs, d’avoirs, de statuts, etc., mais surtout de pouvoirs d’influence (capacités d’agir et de faire agir).

La principale caractéristique de la corruption institutionnelle est qu’il s’agit d’un phénomène situé et encastré, c’est-à-dire qu’il est inséparable d’un contexte culturel, social et étatique particulier à une époque donnée, au cours de laquelle il a pu devenir une règle de comportement (Zagainova, 2012).

Il y a lieu de relater également l’aspect de psychopathologie économique du phénomène de la corruption, mentionné par plusieurs chercheurs en évoquant principalement le terme de «perversion». Rakatomalala (2009) souligne que le développement de la corruption est quelquefois attribué partiellement à des perversions de valeurs culturelles, lorsque par exemple la notion de respect ou de soumission à l’autorité est détournée de ses objectifs.

Le respect ou la soumission à l’autorité est un principe organisationnel, mais lorsque les hommes politiques, les élus et les hauts responsables de l’Etat qui ont été investis de l’autorité publique et qui ont la responsabilité de représenter l’intérêt général l’utilisent à des fins d’enrichissement personnel, nous sommes en face d’une perversion d’un principe fondamental qui caractérise les sociétés organisées et ces conduites déviantes conduisent à une situation d’anomie (absence de normes). Il est utile de rappeler que les pratiques corruptives représentent une négation des valeurs telles que : la justice, la transparence, l’équité, l’honnêteté, la loyauté et l’honneur.

Patricia Moreira (2019), directrice du Secrétariat International de Transparency International, a lancé un appel à une mobilisation mondiale contre le phénomène de corruption en disant : «Alors que de nombreuses institutions démocratiques sont menacées à travers le monde, nous devons redoubler d’efforts pour renforcer les freins et contrepoids et protéger les droits des citoyens. La corruption effrite la démocratie et produit un cercle vicieux en sapant les institutions démocratiques.

En effet, plus ces institutions sont faibles, moins elles sont en mesure de contrôler la corruption.» Le degré de corruption est désormais le baromètre de la santé politique et économique d’un pays. Les effets de la corruption sur l’économie, sur le développement et sur la société sont désastreux et menacent sérieusement la stabilité du système social. Lutter contre la corruption en Algérie est une priorité nationale, elle doit émaner d’une volonté politique, mais nécessairement accompagnée d’une veille citoyenne, et tout le monde est interpellé afin de ne pas mettre en péril le présent et l’avenir de notre pays.


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!