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Kamel Oumnia. Cofondateur d’IncubMe : «Très peu d’étudiants pensent à créer une entreprise»

11 septembre 2019 à 9 h 28 min

Kamel Oumnia est le cofondateur d’IncubMe, le premier incubateur panafricain en Algérie. Il est également fondateur et cofondateur de plusieurs sociétés internationales et algériennes.

Il travaille désormais pour soutenir les efforts des jeunes entrepreneurs. Depuis 2008, Kamel s’intéresse aux nouvelles technologies, notamment dans la gestion de données, et a travaillé sur le droit européen pour la protection des données (GDPR). Il nous parle, dans cet entretien, de la convention, la première du genre en Algérie, que son établissement a conclu avec l’incubateur Manufactory de l’université Jean-Moulin Lyon III.

Propos recueillis par Lyes M.

 

Pourquoi avoir fondé IncubMe ?

Nous avons fondé IncubMe avec un groupe d’amis venant tous du monde de l’entrepreneuriat. Il y a beaucoup de jeunes étudiants et de diplômés qui ne trouvent pas une véritable voie leur permettant de s’épanouir professionnellement. Beaucoup de compétences finissent dans une administration sans aucune visibilité pour leur carrière, avec un salaire alimentaire, alors que beaucoup d’entre eux peuvent très bien réaliser leurs projets.

Il y a des profils qui méritent d’être aidés et soutenus. Les programmes d’aide à la création d’entreprises pour les jeunes, initiés par l’Etat, se résument à donner de l’argent sans qu’il y ait une véritable étude du projet et un suivi après sa réalisation. Notre idée est partie de là. Nous avons des compétences et un marché extraordinaire. Nous pouvons leur donner tout, sauf l’argent. Le financement peut être trouvé à travers plusieurs solutions. L’incubateur de start-up a été donc créé avec un espace disposant de toutes les conditions nécessaires, gratuitement, pour développer l’idée d’un projet. Actuellement, nous sommes en train de coacher 10 projets, depuis 6 mois déjà.

Nous allons bientôt organiser un événement pour présenter et lancer officiellement 4 projets, dont l’un a été nominé, il y a quelques jours, meilleur projet digital en Algérie et représentera le pays dans un événement, l’année prochaine, en Autriche. Nous avons établi des partenariats avec l’Ecole supérieure d’informatique (ESI) et l’Ecole des hautes études commerciales d’Alger pour bénéficier de leur soutien et du savoir fourni par leurs enseignants et académiciens. En plus des partenariats conclus avec les contributeurs, en l’occurrence les entreprises, à l’exemple de Sonatrach, Siemens ou TBW, auxquelles nous avons demandé de participer aux projets à travers le financement du fonctionnement.

Comment qualifiez-vous le partenariat universités/incubateurs en Algérie ?

Ce sont moins les administrations des établissements universitaires que les étudiants eux-mêmes qui activent dans le sens de la recherche de partenariat avec les incubateurs de start-up. Beaucoup de clubs et d’associations d’étudiants nous contactent et nous invitent à des événements qu’ils organisent, mais le problème réside dans le fait que ces activités se limitent généralement aux projets de fin d’étude. C’est la raison pour laquelle nous essayons toujours de les inciter à aller sur le terrain pour connaître réellement le monde de l’entrepreneuriat, loin des bancs de la faculté. On peut préparer les étudiants à vivre ce monde, mais personne ne peut le vivre à leur place.

Parlez-nous de la convention établie avec l’incubateur Manufactory de l’université Jean-Moulin Lyon III…

Effectivement, nous avons conclu, cet été, avec l’incubateur de l’université Lyon III une convention très importante. Du fait de la proximité Algérie/France, nous avons constaté une forte demande de porteurs de projets algériens désirant s’implanter en Algérie. Nous leur proposons donc une prise en charge totale, sans financement direct, dans le cadre de cette convention conclue avec l’incubateur de cette université, Manufactory. Pour sa part, celui-ci offre les mêmes services pour nos jeunes qui prétendent pouvoir dupliquer leurs projets en France. En plus, les projets de Français domiciliés à Manufactory désirant s’implanter en Algérie peuvent également bénéficier des mêmes services.

Quel est la part des projets conçus par des étudiants parmi ceux que vous incubez actuellement, et quelle est la nature de leur projet ?

Il y a pas mal d’étudiants, en dernière année, spécialité technologie de l’USTHB, de l’ESI de la polytec ou autres. On avait même deux étudiants qui ont fait l’Ecole vétérinaire, sauf que leur projet a dû être décalé parce qu’il n’était pas encore assez mûr. Nous encourageons tout type de projet, mais ceux versés dans le domaine technologique sont plus faciles à élaborer et à promouvoir.

Nos étudiants sont-ils aujourd’hui branchés entreprise ?

Malheureusement, nous constatons que l’étudiant algérien n’a envie que de terminer son cursus pour commencer à rédiger son CV et le présenter à des employeurs. Nous avons un très faible taux d’étudiants qui réfléchissent, étant toujours à l’université, à créer une entreprise. C’est parce que nous nous contentons uniquement d’enseigner les étudiants sans leur parler de la créativité, de la création de richesse, de l’initiative et de l’innovation.

Avec l’actuel hirak estudiantin, pensez-vous que les choses vont changer ?

L’actuel hirak a suscité chez les étudiants un intérêt intellectuel, en ce sens qu’ils considèrent qu’ils ont un rôle important à jouer dans la conjoncture actuelle. Ils se sont directement impliqués dans l’action, à l’image de ce qu’ont fait les étudiants algériens lors de la Révolution du 1er Novembre 1954.

Aujourd’hui, ils ont mis tout le reste entre parenthèses. Mais j’espère que cette parenthèse ne va pas trop durer et que les têtes de la créativité et de l’innovation va reprendre le dessus. Nous avons beaucoup d’espoir dans ce hirak, parce que nos étudiants entrevoient maintenant leur futur d’une autre façon et d’une manière positive, ce qui permettra à beaucoup d’entre eux de créer des projets extraordinaires, pour peu que ceux qui vont gouverner ce pays réfléchissent de la même manière.


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