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lundi, 13 juillet, 2020
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Formation en psychotraumatisme : Le master «État de stress post-traumatique» s’impose

24 juin 2020 à 9 h 45 min

Praticien dans la wilaya de Blida, psychothérapeute, formateur et titulaire de diplôme en post-graduation spécialisé dans le psychotraumatisme et les techniques de débriefing de l’université d’Alger 2, Abdelkader Lazereg appelle au lancement d’un master en «Etat de stress post traumatique» (ESPT) afin de former des psychologues et spécialistes dans la prise en charge de personnes souffrant de traumatisme dès leur sortie de l’université.

 

Les catastrophes naturelles comme les inondations de Bab El Oued, les séismes ou les virus ces derniers temps engendrent des traumatismes et des souffrances mentales, voire physiques, qui nécessitent un bon suivi de la part des psychologues. «Il y a eu auparavant des formations spécialisées en psychotrauma, mais sous forme de post-graduation spécialisée (PGS), donc destinées aux psychologues en fonction.

En plus, elles sont très rares. Du coup, il serait plus intéressant de proposer cette spécialité à l’université dans le cadre du master.» Une fois le diplôme en main, ils seront appelés à intervenir dans les cas d’urgence dans le cadre d’un plan orsec par exemple. «Dans le plan Orsec, il y a logiquement les sapeurs-pompiers, mais les psychologues spécialisés dans les situations d’urgence doivent figurer parmi l’équipe, afin de prendre en charge, à temps, les personnes victimes d’un traumatisme», souligne le psychothérapeute.

Par ailleurs, à la question de savoir quel serait l’impact du confinement imposé sur les populations durant cette pandémie de la Covid-19 sur l’état psychologique de l’individu, il répond par un «tout dépend».

Il explique : «Tout dépend comment a été vécu le confinement. Il y a ceux qui l’ont accepté comme une mesure préventive, protectrice contre une menace mortelle et invisible qu’est le coronavirus. D’autres ont vu ce «rester chez soi» comme une action de minimiser les contacts et les déplacements sans conséquences sur la limitation de la propagation.»

Et de poursuivre : «Si les premiers ont su s’adapter à une situation exceptionnelle et garder le moral sans tomber dans un état dépressif, la seconde catégorie n’a pu supporter cette situation, ce qui s’est répercuté sur l’état psychologique des individus.»

Repli sur soi, humeur dépressive, anxiété généralisée, ruminations, réactions d’hostilité, insomnies, troubles alimentaires sont, à peu près, «les troubles psychologiques décrits par un grand nombre de personnes obligées de rester chez elles pour une période non déterminée», explique encore le spécialiste. Pour lui, le confinement crée ce sentiment de déséquilibre entre le psychique et la liberté de sortir, d’où le stress développant différents maux psychiques et somatiques.

«Nous pouvons dire ainsi que chaque individu fait appel à ses propres ressources mentales pour s’adapter et aussi surmonter cette preuve qui en est vraiment une pour tout être humain. En d’autres termes, le confinement symbolise deux aspects : la sécurité du refuge et la désolation de la perte de la vie sociale», souligne le psychologue de santé publique.

Concernant sa vision sur la pandémie dans la wilaya où il exerce, en l’occurrence Blida, il rappelle que cette dernière a été le point de départ de la propagation du virus dans tout le territoire nationale. Selon lui, la panique, la peur de la contamination, les premiers décès et le confinement ont été les premiers signes dévastateurs constatés chez la population locale.

Une situation qui ressemble, d’après lui, à tous points de vue à l’état qui régnait au sein de la population lors de la décennie noire et dont la région de Blida a été le théâtre. «Rues désertes après 16h, peur, détresse psychologique, menaces de morts, hôpitaux débordés…

Les personnes ayant vécu un ou des événements traumatiques, comme ceux vécus au début des années 1990 peuvent, si elles ne sont pas prises en charge psychologiquement, développer un état de stress post-traumatique.

Cependant, il faut rester prudent, puisque tout événement traumatique fait, certes, apparaître une détresse psychologique mais celle-ci peut ne pas se transformer en syndrome de stress post traumatique. Or, ce trouble peut apparaître jusqu’à 30 ans après un événement traumatique et s’installer dans la durée.»

Toujours, d’après notre interlocuteur, il y a une énorme souffrance psychique chez la population et une grande anxiété. Elles ne sont pas palpables, mais elles existent quand même. «Dans notre téléconsultation, les personnes nous rapportent des troubles qu’elles vivent depuis peu de temps, comme les insomnies, la peur de sortir et d’être infectées, des signes dépressifs et d’angoisse telles que des palpitations cardiaques, les sensations d’étouffements…

Quant aux femmes, elles se plaignent notamment d’une certaine exagération dans l’utilisation des détergents et de la non maîtrise de la peur de la contamination.» Mais l’autre fait traumatisant est celui de se voir privé d’assister à l’enterrement d’un proche à cause du virus. «C’est une véritable tragédie.

Un deuil dans le deuil que de ne pouvoir assister aux funérailles ou accompagner un proche de la famille ou un ami à sa dernière demeure. Les mesures sanitaires liées à l’épidémie et les conditions d’enterrement qui limitent la présence à quelques membres de la famille du défunt sont une situation insoutenable», insiste-t-il, en expliquant que c’est tout le processus du deuil qui va être compliqué chez les endeuillés, puisque ces derniers sont privés du soutien moral, familial, social et amical, bénéfique en pareilles circonstances, même si la présentation des condoléances peut se faire à travers le téléphone ou les réseaux sociaux. «En effet, rien ne remplace la présence humaine et le contact direct, d’autant que nos traditions ancestrales nous ont appris à s’enquérir régulièrement des nouvelles de ceux qui ont perdu un proche.»

Enfin, le psychologue de santé publique appelle à la création d’un réseau pour lancer un manuel d’intervention des psychologues, lorsqu’il y a apparition d’une pandémie. Le virus est un ennemi invisible.

L’approche de la prise en charge change alors dans ce genre de situation, d’où la nécessité de créer un manuel dédié au travail du psychologue spécialement en temps de crise ou de pandémie. «J’invite les psychologues à visiter la page Ourida psy pour s’échanger nos expériences et établir le manuel en question», conclut-il.



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